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Questions à Jean-Stéphane Roul, Directeur général de Karibs Link : ”Un nouvel armateur de la Caraïbe”

Questions à Jean-Stéphane Roul, Directeur général de Karibs Link : ”Un nouvel armateur de la Caraïbe”

Karibs Link veut faire du cabotage multi-marchandise entre les îles de la Caraïbe.

Vous envisagez de lancer Karibs Link, qu’est-ce que c’est ?

Karibs Link est un nouvel armateur qui va opérer dans la Caraïbe avec un navire polyvalent. Aujourd’hui, chaque type de marchandises est transporté dans des bateaux dédiés : les containers par CMA CGM et Marfret, le pétrole dans des tankers par Rubis et Sol qui livrent la Sara ; les colis lourds ou engins exceptionnels, ou encore le transport de l’eau en bouteille.

L’équipement que nous allons mettre en œuvre sera polyvalent. Il permettra de transporter simultanément ou alternativement tous ces types de marchandises.

Quelles en sont les caractéristiques techniques ?

C’est un navire de nouvelle génération faisant entre 60 m et 80 m de long et 15 m à 29 m de large, avec un faible tirant d’eau, 3 m maximum, lui permettant d’opérer aisément dans la région Caraïbe. À propulsion Diesel classique dans un premier temps jusqu’à 14 nœuds, il évoluera vers du Diesel électrique. Il a une autonomie allant jusqu’à 2000 miles. Il pourra transporter 1000 tonnes de marchandises, jusqu’à 200 équivalents vingt pieds (EVP) dont 60 reefers, des engins de toutes tailles, notamment de BTP.

En matière d’hydrocarbures, nous pourrons transporter aussi bien des liquides que du gaz de type jet, de l’essence, du gasoil, du butane, du propane, des lubrifiants ainsi que des déchets.

En matière d’eau, jusqu’ici, elle est transportée en bouteilles, ce qui est volumineux et cher. Le navire sera équipé d’une citerne pouvant transporter jusqu’à 600 m³ d’eau douce.

A quel point en êtes-vous ?

C’est donc un bateau de nouvelle génération particulièrement adapté à la zone caraïbe. Avec nos experts et concepteurs, nous attendons la certification réglementaire du navire par la société de classification. Nous sommes dans cette phase où nous nous assurons que les pièces détachées nécessaires à l’exploitation du navire seront bien disponibles dans la zone. Nous attendons également les décisions en ce qui concerne les financements. Notre objectif est de lancer la construction en 2021 et l’exploitation en 2022.

Vous envisagez d’opérer dans un secteur où les chasses sont bien gardées…

La zone caraïbe est surtout un espace où l’offre de transport de marchandises en cabotage entre les îles doit être construite. Aujourd’hui y opèrent des bateaux qui ont tous au moins 30 ans d’âge : ce sera la première fois que des caboteurs neufs spécifiques pour la zone seront mis en service, permettant de les relier dans de bonnes conditions techniques.

Nous sommes en outre très sensibles à la problématique humanitaire dans la zone. Par exemple, quand un cyclone frappe, nous pouvons au mieux attendre une réponse de l’État en mer dans un délai d’un mois, le temps que les ministères déploient les moyens et que ceux-ci traversent l’Atlantique par bateau. Avec des unités telles que les nôtres, nous pouvons déployer rapidement de l’aide humanitaire ou des containers médicalisés sur des zones peu accessibles. Nous avons présenté notre projet aux services de l’action de l’État en mer dans la zone, qui lui a fait bon accueil.

Pourquoi vous intéressez-vous autant à la zone caraïbe ?

Parce que je suis né à Fort-de-France, en Martinique, dans une famille modeste à Schœlcher, élevé par ma mère qui travaillait dans une coopérative de pêche. Après mes classes préparatoires et l’École nationale supérieure maritime, j’ai suivi une formation en ingénierie du CNAM qui m’a permis d’entamer mon parcours professionnel comme Officier de la marine marchande puis de grimper les échelons jusqu’à atteindre le grade de capitaine, en naviguant principalement à bord de supertankers au long cours.

J’ai alors rejoint le groupe Total en salle de trading à Genève. J’ai officié au département shipping CSSA où je coordonnais des flottes de navires avant d’être nommé à Houston, aux États-Unis, en tant que directeur des opérations shipping pour le continent américain de la division trading shipping.

Je me considère comme un marin, doublé d’un professionnel de la mer des Caraïbes, ayant des contacts dans toute cette zone. J’espère intéresser des investisseurs de la zone afin que Karibs Link devienne l’armement de la zone caraïbe.

En vitesse de croisière, combien de bateaux souhaitez-vous opérer ?

Notre objectif est de disposer d’une flotte de cinq bateaux.

Vous développez également un autre projet en mode start-up : de quoi s’agit-il ?

Il s’agit de Karibs Sarg. C’est une entité chargée de concevoir puis de construire des modules spécialisés adaptables sur nos navires pour effectuer le ramassage, non seulement de sargasses, mais aussi d’autres polluants tels que les plastiques, et ce en très grandes quantités. C’est une innovation que nous avons brevetée. La sargasse est un matériau très intéressant, qui peut être utilisé notamment pour la fabrication d’équipements divers, tels que des chaussures, des briques, du papier, ou encore des biocarburants avec des pistes pour produire de l’ammoniac ou de l’hydrogène.

Nous récolterons alors les sargasses en mer, évitant les échouages et le pourrissement qui produit des dégagements d’hydrogène sulfuré et d’ammoniac très toxiques. Nous pourrons ainsi fournir aux industriels cette matière première non souillée, comme ils le souhaitent.

À quel point en êtes-vous ?

Nous sommes au stade de la levée de fonds et espérons intéresser Bpifrance.

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