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Guadeloupe

Questions à Ary Chalus, Président du Conseil régional de Guadeloupe : “Nous pouvons parvenir à une autonomie alimentaire en Guadeloupe !”

Questions à Ary Chalus, Président du Conseil régional de Guadeloupe : “Nous pouvons parvenir à une autonomie alimentaire en Guadeloupe !”

Pour le président du Conseil régional, il est temps de construire le nouveau modèle économique de la Guadeloupe.

Dès que le confinement a été annoncé, qu’avez-vous ressenti et décidé ?

J’ai ressenti une grande appréhension et compris que la situation était grave. Le confinement était la mesure décidée pour protéger la population. Rapidement, nous avons tenu une réunion avec les services de l’État, le Département, l’ARS, le CHU, l’Association des maires, les responsables des EPCI, demandant notamment d’éviter que les avions atterrissent en Guadeloupe.

J’ai également organisé une première conférence territoriale de l’action publique avec l’État et le Département afin que des mesures soient prises vers la population. Par exemple, j’ai demandé aux conseillers régionaux de diffuser dans leur commune, à l’aide de voitures sono, l’information aux habitants qu’il fallait qu’ils restent chez eux. Nous avons également très rapidement demandé l’instauration d’un couvre-feu, qui a été étendu à l’ensemble des communes. Toutes ces mesures ont porté leurs fruits parce que la population les a respectées, ce dont je me réjouis.

 

Quelles décisions avez-vous prises au niveau du Conseil régional ?

Lors de la plénière de janvier, nous avions voté d’expérimenter le télétravail ainsi que nous le permet la loi, parce que de nombreux agents habitent en Grande-Terre et se retrouvent coincés dans les embouteillages à Sainte-Marie. Sur les 1000 agents, une centaine ont très vite basculé en télétravail. Les agents présents dans les services au Moule, au Raizet et à Basse-Terre n’ont travaillé que le matin et nous avons pris le parti de basculer le standard téléphonique au domicile d’un agent.

De même, avec toutes les directions, les élus et les techniciens, nous avons fonctionné par visioconférence. Je tiens ici à féliciter l’ensemble des agents parce qu’ils ont tous assuré leurs tâches, notamment la direction des services financiers qui a payé 50 M€ de facture pour le seul mois de mars et 145 M€ entre janvier et avril. Résultat : le délai de paiement de la collectivité est tombé à moins de 30 jours !

Nous avons aussi décidé de porter l’avance pour les subventions de 40 à 80 % pour les dispositifs d’Aide régionale au démarrage et au développement d’activité (ARDDA) ou encore d’Aide régionale à l’investissement et à la création d’emploi (ARICE). Et grâce à la réorientation de subventions sur des opérations qui n’auront pas lieu, nous avons pu aider les agriculteurs, les marins-pêcheurs, etc.

En matière de transport, les bus interurbains sont gratuits jusqu’à la fin juin et nous soutenons les dessertes aériennes vers Marie-Galante et les Saintes avec deux vols par semaine effectués par Air Caraïbe et Air Antilles Express, et cela jusqu’à la fin de l’année.

 

Comment se passent vos discussions avec l’État ?

Elles sont soutenues. Par exemple, nous avons obtenu que le volet 2 du fonds de solidarité soit accessible aux entreprises sans salariés et nous avons obtenu l’annulation de la convention de Cahors, dispositif de maîtrise des dépenses signé avec l’État et les collectivités comme la nôtre ainsi que celles de la Martinique et de la Guyane, dont les dépenses de fonctionnement sont supérieures à 60 M€. Nous nous étions engagés à ne pas dépasser une augmentation de 1,2 % de nos dépenses. Avec la crise du Covid-19, c’était intenable. Cette annulation nous a redonné des marges de manœuvre et nous avons obtenu de l’État qu’il nous garantisse nos recettes parce que les taxes sur les carburants, de séjour et l’octroi de mer vont fortement diminuer. Le Premier ministre a d’ailleurs annoncé une enveloppe de 110 M€ pour les communes des outre-mer. Nous devons maintenir la clé de répartition. La Guadeloupe aura une perte de 45 M€ de taxes non perçues.

 

Comment jugez-vous les réponses apportées aux entreprises dans cette phase d’urgence ?

D’aucuns jugeront toujours qu’elle n’est pas suffisante. Moi, je dirais qu’il y a eu une réponse. Nous sommes face à une crise sans précédent et l’État a mis le paquet pour amortir la crise sociale qui vient, parce qu’il y aura une crise sociale !

 

Prévoyez-vous un plan de relance ?

Nous y travaillons. Nous relançons nos chantiers, notamment sur l’eau, ceux au Gosier, à Bourbeyre, à Capesterre, à Baillif, à Vieux-Habitants notamment.

Nous sommes en train de discuter avec l’Union européenne pour assouplir l’utilisation des fonds, notamment le Féamp. Notre objectif est de récupérer 3,5 M€ que nous pourrons injecter dans l’économie. Nous allons également continuer à déprogrammer des subventions qui avaient été préalablement fléchées sur des opérations qui ne se tiendront pas. Nous continuerons à accompagner les filières, comme les fleuristes. D’une part, nous octroyons à cette filière une aide de 80 000€ pour faire venir des fleurs, parce que nous sommes en pénurie, et nous ferons livrer 4000 bouquets aux mamans par les associations dans toutes les communes. Nous préparons également des dossiers pour pouvoir émarger au milliard d’euros que vient de débloquer l’Agence française de développement (AFD). Par exemple, nous avons un dossier de financement pour le pôle formation des infirmiers et médecins et nous en préparons plusieurs sur l’eau et l’assainissement.

 

Que retirez-vous de cette expérience ?

Elle a confirmé la solidarité des Guadeloupéens : beaucoup d’associations, certains élus ont fait de belles actions, et ont bravé le virus. Le peuple a été discipliné même si nous constatons un certain relâchement avec le déconfinement.

Et au niveau économique ?

Je sors conforté dans l’idée qu’il faut un nouveau modèle économique. Nous sommes en capacité de créer de la richesse et des emplois en Guadeloupe. Nous avons vu émerger de nouvelles activités, comme le drive légumes, le drive poissons, des livraisons, des fleuristes dont leur commerce était fermé vendre leurs compositions chez les boulangers qui, eux, pouvaient travailler. Les commerces et les activités se sont mélangés pour continuer à exister.

Nous avons vu des entreprises produire de la solution hydroalcoolique, des masques, des experts aider les TPE à monter leurs dossiers. Nous pouvons parvenir à une autonomie alimentaire et économique en Guadeloupe.

Nous avons fait aussi la démonstration de l’intérêt de travailler ensemble, avec la CCI, avec les organisations professionnelles de chaque filière, avec le Medef. C’est ensemble que nous avons trouvé des solutions afin que tout le monde avance.

 

Et pour demain ?

Le Guadeloupéen s’est montré courageux et nous avons montré l’intérêt que les élus soient proches de la population.

Nous avons également vu la Guadeloupe souffler : il y a eu moins d’accidents de la route, d’actes de délinquance, de vols. Cela donne des idées pour demain.

Les gens ont eu très peur : nous avons eu de la chance parce que nous vivons dans un pays chaud, la chaleur n’étant pas favorable à la circulation du virus. Nous rentrons dans la saison des pluies, nous devrons faire attention parce que le virus est toujours là.

 

Pourquoi avez-vous si peu d’actions en inter-régions ?

Avec la Guyane, la situation sanitaire nous oblige à la prudence. En revanche, avec la Martinique, à travers la conférence des régions notamment, nous faisons des propositions. L’équipe de la collectivité a visiblement d’autres orientations.

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