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L’innovation enfin en marche aux Antilles et en Guyane !

L’innovation enfin en marche aux Antilles et en Guyane !

Avec ou sans plan France Relance, les opérateurs privés tracent de nouveaux chemins. À partir de 2022, ces territoires en sortiront gagnants.

La Martinique, la Guadeloupe, la Guyane sont encore ballottées par la crise sanitaire : depuis deux ans, elle leur paraît sans fin. Et pourtant, sous cette atonie apparente, les projets foisonnent. Les porteurs de projet prennent leurs risques, investissent pour être prêts quand la reprise sera là. Il est vrai que le plan France Relance, sur son volet accélération des investissements dans les territoires, a souvent aidé à franchir le pas avec un peu moins de peur au ventre : 50 % de l’investissement subventionné, voire 70 % en y ajoutant un crédit d’impôt possible à hauteur de 20 %.

 

Accélérer les investissements

Ainsi, ce sont 36 projets d’investissement qui ont été aidés en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane sur les 60 lauréats soutenus par ce fonds d’accélération outre-mer (voir encadrés).

Si certains projets sont de classiques modernisations d’outils existants, d’autres sont en revanche de vraies pépites, comme Guyane Spiruline. “Sur 10 hectares, sur la commune de Sinnamary, nous allons entamer au premier trimestre 2022 la première phase de production de spiruline, un complément alimentaire qui booste les défenses immunitaires. Nous produirons à partir de bioréacteurs sonorisés dont les sons accélèrent la croissance de cette algue millénaire à l’origine de la vie sur Terre. Les bioréacteurs fonctionneront en circuit fermé et nous permettront de produire en année pleine 15 tonnes de spiruline par an”, explique Patricia Genoux, membre fondatrice de Guyane Spiruline, chargée du marketing et de la communication. La spiruline enrobée de phycocyanine sera vendue sous forme de brindilles, de comprimés ou d’élixir dans les officines, les magasins bio et les salles de sport.

Cette première phase a nécessité un investissement de 1,7 M€ aidé à 70 % en additionnant la subvention France Relance et un crédit d’impôt. Dans deux ans, la seconde phase du projet nécessitera un investissement de 7 M€ pour créer un site dédié à la production de phycocyanine qui sera vendue sous forme d’ampoules. La production sera alors de 100 tonnes de spiruline par an. La phycocyanine est une molécule qui renferme tout ce dont l’organisme a besoin, sauf de la vitamine C. Ce produit est recherché par les organismes mondiaux qui luttent contre la malnutrition.

De même, Cann’Elie en Martinique ouvre des perspectives : “Notre société propose depuis quatre ans du jus de canne dans des restaurants et hôtels à Paris, en Belgique, au Portugal, au Luxembourg, etc. Ce jus est considéré comme un produit de luxe. Or, chez nous, il est regardé comme un produit banal alors qu’il a de nombreuses propriétés”, explique Elie Gomba, président de Cann’Elie. Après un investissement de 1,2 M€ aidé à hauteur de 45 %, la société va implanter une ligne de production et de conditionnement de jus de canne avec une date limite de consommation jusqu’à 28 jours. Le produit sera présenté en contenants en fibre de canne en 40 cl ou de 1 l. Le site, implanté sur le territoire de Cap Nord, devrait entrer en production mi-2022.

 

Réhabiliter des filières

Certains investissements réhabilitent des filières quasi disparues. C’est le cas de Bois d’ici en Guadeloupe. “Sur la commune de Saint-Claude, nous sommes dans une démarche de reconstitution de la filière bois, de la cueillette à la fabrication de meubles”, explique Daniel Marzana, président de Bois d’ici. La société travaille le mahogany, l’acajou, le poirier pays ainsi que le résolu, bois très dur avec lequel était fabriqué le bardage des cases créoles. “Dans les années 1970, beaucoup de mahogany ont été plantés : selon l’Office national des forêts, il y a plus de 53 000 m3 qui peuvent être exploités. Nous sommes en outre sur une propriété de 43 hectares plantée d’acajou où nous pourrons prélever et replanter. Il y a en outre les propriétaires privés ou agricoles qui ont de magnifiques spécimens que nous pourrons également récupérer au lieu qu’ils finissent en rondins au bord des routes ou en déchetteries”, explique-t-il. La matière première ne manque donc pas.

Pour la construction, Bois d’ici propose des bardages traditionnels, des voliges à placer sous les toitures ainsi qu’une ligne de meubles. “Ce sont des canapés, des lits, des armoires, des bancs, des tables et de petits objets que nous avons prototypés avec un designer pour que leurs lignes soient plus contemporaines.” Pour moderniser son installation, Bois d’ici a investi 200 000€ aidés à 50 % dans le cadre du plan France Relance.

En Guyane, Sciage des Bois Tropicaux est aussi une revitalisation de filière, cette fois à Saint-Laurent-du-Maroni. “En mars 2020, le même mois du  début du confinement, nous avons installé une petite scierie sur le site de l’unique scierie de Saint-Laurent-du-Maroni qui avait été liquidée. Elle a une capacité de production de 100 m3 de grumes par mois, soit l’équivalent de 50 m3 de planches. Grâce au plan France Relance, nous investissons 600 000€ dans les installations et en matériel, ce qui nous permet de multiplier par deux la production”, explique Jacques Simonnet, président de Sciage des Bois Tropicaux.

Outre d’approvisionner le marché local en bois pour la construction, en pleine charge, Jacques Simonnet caresse le rêve de réapprovisionner les Antilles en bois de Guyane, un produit qui a disparu de ces marchés depuis plus de dix ans. Il pourra le faire par fret retour du navire qui approvisionne en fer le site de Biométal Guyane installé à Saint-Laurent-du-Maroni. Aujourd’hui, le navire repart à vide.

Par ailleurs, la scierie stocke ses sciures dans des bigbags, en attendant l’installation d’une chaudière qui lui permettra de produire de l’énergie. Sciage des Bois Tropicaux participe à l’impulsion d’une dynamique dans cette partie de la Guyane. L’investissement de la scierie a été aidé à 70 %, crédit d’impôt compris.

 

Electricité renouvelable

De son côté, toujours en Guyane, Gov’Environnement est une première. Il s’agit de la production d’énergie à partir de déchets ménagers. “Gov’Environnement intervient dans la collecte de déchets depuis 25 ans. Depuis cinq ans, nous sommes entrés dans un processus de production d’électricité à partir de biogaz issu du méthane produit par les déchets. À la fin de notre cycle, nous disposerons de trois casiers renfermant 250 000 m3 de déchets qui, reliés à des moteurs, produiront 8000 GWh pendant huit ans”, explique Pascal Govindin, directeur de Gov’Environnement. L’électricité sera revendue à EDF. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) est en train de déterminer le prix de rachat. Transformer la montagne de déchets en énergie est une idée neuve en Guyane.

Hors plan de relance, des projets sont également en phase finale, comme Bio With You. Cette usine est implantée dans la zone de Jaula, au Lamentin, en Guadeloupe. Elle va produire des contenants en bioplastique, biodégradables à partir de bagasse de canne à sucre. Son objectif est de remplacer les contenants en plastique et le verre. “Nos productions nécessitent moins d’énergie pour les produire. Elles pourront contenir des aliments, des boissons, de l’eau. Après utilisation, elles seront valorisés par compostage ou par méthanisation : nous sommes au cœur de l’économie circulaire”, explique Arnold Bouton, Pdg de Bio With You. La société va commencer ses productions fin premier semestre 2022.

De son côté, All Mol Technology, société guadeloupéenne spécialisée jusqu’alors dans la vente de tickets pour l’événementiel, met sur le marché début 2022 un outil de vente et de logistique pour les PE. “Notre produit permet la vente en ligne, la gestion des sotcks, la mise à disposition d’espaces de stockage et un service de livraison par camionette ou scooter”, explique Sebastien Celestine, Pdg d’All Mol Technology. La société a imaginé cette diversification, son métier historique étant à l’arrêt.

C’est encore Flying Whales qui vient de signer avec la Collectivité territoriale de Guyane (CTG) un patenariat d’étude pour positionner dans ce territoire de dirigeables cargos de 200 m de long sur 50 m de diamètre pouvant transporter dans leur soute longue de 96 m jusqu’à 60 tonnes de marchandises et les décharger en vol stationnaire à 50 m. “Nous travaillons sur la mise au point de nos dirigeables depuis 2017. Nous effectuerons notre premier vol test en métropole en 2024. Il sera suivi de 18 mois de certification. Le premier vol commercial aura lieu en 2026. En plus de notre site en France, nous implanterons une usine en Asie, une autre au Québec. C’est de cette dernière unité que viendront les trois dirigeables que nous positionnerons pour les Antilles et la Guyane”, explique Michèle Renaud, directrice marketing, vente et communication de Flying Whales. Elle travailler sur les flux et les conditions économiques avec la CTG. L’Office national des forêts est d’ores et déjà intéressé par le projet qui lui permettra d’intervenir plus aisément dans la forêt guyanaise. La société, qui deviendra une compagnie aérienne, a comme objectif d’opérer 150 appareils dans le monde d’ici à 2030. Chaque dirigeable nécessite un investissement de 25 M€.

Un foisonnement de projets qui ouvrent des perspectives et qui démontrent que, malgré la crise, la vie continue.

 

 

Guadeloupe : les innovations attendues en 2022

> Agroalimentaire

– Distillerie Longueteau : construction d’une nouvelle distillerie pour fabriquer du rhum agricole.

– Distillerie Papa Rouyo : création d’une distillerie et un projet d’agrotourisme.

– Matouba Source Roudelette : modernisation de la ligne de production de produits destinés aux cafés, hôtels et restaurants.

– Compagnie Rizicole Antilles françaises : modernisation de l’outil destiné au traitement du riz.

> Bois

– Bois d’ici : développement des capacités de production de matériaux de construction et de meubles en bois.

> Chimie et matériaux

– Chlorex Industrie : acquisition de machines pour fabriquer de nouveaux produits d’hygiène et de nettoyage.

– Prim : achat d’une nouvelle presse plus respectueuse de l’environnement.

> Industrie pour la construction

– Sablière Guadeloupe Exploitation : achat de nouvelles machines pour exploiter une carrière de sable et gravier.

> Industries des nouveaux systèmes énergétiques

– Institut Formelec : diversification des offres de formation dans l’installation d’énergies renouvelables.

> Industries électroniques

– All Mol Technology : outil de vente et de logistique pour TPE.

> Mines et métallurgie

> Arcelormital Construction Caraïbes : achat de nouveaux matériels pour la production d’acier destiné au secteur de la construction.

 

Guyane : innovations attendues en 2022

> Bois

– Sciage de bois tropicaux : relance d’une scierie sur un ancien site industriel.

– Charpente Bois Évolutive : modernisation de la production de charpentes en bois.

– ProBois : création d’une unité de production de charpentes en bois.

> Industries des nouveaux systèmes énergétiques

– Gov’Environnement : valorisation des déchets pour produire de l’énergie.

– Solamaz : nouveau bâtiment de production de lampadaires solaires photovoltaïques.

> Industries agroalimentaires

– Yana Wassai : acquisition de machines supplémentaires pour améliorer la qualité du maïs avant commercialisation.

– Bio Stratège Guyane : passage à la commercialisation de produits innovants biosourcés.

– Société laitière de Macouria : développement d’une ligne de production et de distribution de crème fraîche.

– Dilo Guyane : optimisation des capacités de stockage agroalimentaire.

– Guyane Spiruline : création d’un site de production et de transformation de la spiruline.

– Brasserie Guyanaise : développement d’une unité de production d’un nouveau spiritueux.

– Délices de Guyane : diversification de la gamme de produits destinés à l’exportation.

> Industries et Technologies de santé

– Solicaz : construction d’une unité industrielle et commercialisation de biostimulants spécifiques au milieu tropical.

> Industries pour la construction

– La Brique de Guyane : création d’un site de production de briques de haute qualité.

> Cro Système : construction d’une chaîne de fabrication de menuiseries aluminium.

 

Martinique : Innovations attendues en 2022

 > Chimie et matériaux

– Samir industrie : acquisition d’un centre d’usinage de pièces en aluminium.

> Industries des nouveaux systèmes énergétiques

– Gaz Dom : acquisition d’une usine de production et conditionnement de gaz industriels.

– SARA : mise en place d’une unité de traitement des eaux usées.

> Industrie pour la construction

– Sablière de Fonds Canonville : modernisation des outils d’exploitation de carrières de sable.

– ST2M : acquisition d’un entrepôt logistique.

> Industrie agricole

– Le Moulin : création d’une usine d’aliments pour le bétail.

> Industrie électronique

– CFA Digital, Numérique, Domotique, Communication : création d’un centre de formation centré sur les nouvelles technologies.

> Industries agro-alimentaires

– Cann’Elie : construction d’une chaîne d’extraction et d’embouteillage de jus de canne écoresponsable.

– SMPA : installation d’une unité de froid complémentaire pour la production de pains précuits.

Société martiniquaise des eaux de source : exploitation d’une source d’eau naturelle.

 

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