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Questions à Emmanuel Lise, président du cluster de Martinique : “Mettre en place une vraie stratégie régionale !”

Questions à Emmanuel Lise, président du cluster de Martinique : “Mettre en place une vraie stratégie régionale !”

Le président du cluster de Martinique milite pour qu’une vision maritime soit portée et partagée par la CTM et les EPCI.

Comment se porte le cluster maritime de Martinique ?

La crise sanitaire met à mal nos adhérents ! Le cluster de la Martinique existe depuis 2013. Il regroupe tous les types de professions maritimes, des transitaires aux compagnies maritimes en passant par les clubs de plongée, les constructeurs de bateaux, le grand port, les activités nautiques, les marins-pêcheurs, etc. Avant la crise, le cluster comptait une cinquantaine d’adhérents : deux ans après la crise, nous n’en comptons plus qu’une trentaine.

De même, avant la crise sanitaire, précisément en 2019, le chiffre d’affaires des activités nautiques s’élevait à 86 M€ en Martinique. En 2020, il est tombé à 53 M€ et nous l’estimons à 36 M€ pour l’année 2021. La crise sanitaire met le secteur en grande difficulté.

Comment faites-vous face ?

Après discussion avec le préfet de Martinique, nous avons obtenu que le nautisme et les activités annexes soient inclus dans les listes S1 et S1Bis ouvrant droit aux indemnisations. Et dans toutes les instances où nous sommes représentés, nous portons la voix des activités maritimes afin qu’elles ne soient pas oubliées.

Pour relancer ce secteur malmené par la crise sanitaire, qu’attendez-vous ?

Nous souhaitons qu’il y ait enfin une vraie stratégie régionale mise en place avec la collectivité territoriale de la Martinique et tous les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Par exemple que l’agrandissement de la marina du François devienne effective après toutes ces années, que celle du Robert soit également agrandie, qu’une zone d’activité maritime soit installée au Diamant… De même, la Martinique ne possède que 3500 anneaux pour amarrer les bateaux. Or, pour que cette activité soit viable, il faudrait en doter l’île de plus de 6000. La demande est en outre là : sur les 100 anneaux supplémentaires dont s’équipe la marina de l’Étang Z’Abricot, 70 sont déjà réservés !

En résumé, nous souhaitons qu’il y ait un développement maritime concerté et intelligent des activités maritimes tout autour de la Martinique.

Pensez-vous que la population est prête à cela ?

Je pense que oui. En Martinique, 14 000 bateaux à moteur et plus de 10 000 bateaux de plaisance à voile sont en circulation : un parc qui ne demande qu’à se développer. Pour preuve : à la première édition du Martinique Boat Show en 2019, nous avons fait plus de 3500 entrées et les bateaux à vendre ont tous trouvé preneurs. Nous renouvellerons ce salon nautique en 2022 et souhaitons le pérenniser.

Le Fontenoy du maritime vient de se tenir : qu’en pensez-vous ? 

C’est une réflexion qui concerne davantage le commerce maritime : la France veut regagner des parts de marché. Selon moi, les réflexions doivent porter aussi sur le pavillon français, sur les équipages, sur la réserve stratégique, etc. À la fin du mandat de François Hollande, le député Arnaud Leroy avait amorcé ces réflexions.

Par exemple, aucun des navires français qui croisent dans la zone n’a d’équipage français, comme ceux de CMA CGM. Comment dans ce cas faire naviguer nos jeunes qui seraient intéressés par les métiers maritimes ?

Comment appréciez-vous la formation aux métiers de la mer en Martinique ? 

Il n’y a pas de lycée maritime en Martinique, mais l’École de formation professionnelle maritime et aquacole (EFPM) implantée à Trinité qui propose des formations de niveaux V de type matelot, capitaine 200, etc., et des formations polyvalentes radio, mécanique, soudure, etc. L’EFPM n’est pas une école d’officiers, ce qui manque cruellement.

Le premier Campus des métiers et des qualifications de la mer d’outre-mer vient d’être implanté en Martinique : qu’en pensez-vous ?

C’est une bonne chose : l’EFPM en fait partie avec le lycée Raymond Néris du Marin qui proposera un baccalauréat professionnel gestion des pollutions, protection de l’environnement et un baccalauréat professionnel logistique. C’est un bon début, mais il faudra aller plus loin et organiser les temps de navigation nécessaires pour valider les diplômes. La formation complète d’un marin dure six ans.

 

Comment connaît-on aujourd’hui les offres d’emplois dans le maritime ?

C’est un vrai sujet ! Nous avions lancé une Bourse à l’emploi maritime qui mettait en relation les entreprises et les demandeurs d’emploi. Elle a fonctionné pendant deux années et répondait à une vraie attente. Nous l’avons arrêtée par manque de subventions. Ce type d’outil devrait être développé parce qu’avec la reprise de l’activité, les besoins en main-d’œuvre sont réels.

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