Editorial

Toute l’équité !

Toute l’équité !

La partie outre-mer du projet de loi de finance pour 2022 manque cruellement d’ambition par rapport aux enjeux.

Dans son discours, l’État se déclare “bienveillant et soutenant” vis-à-vis de l’outre-mer. On serait porté à le croire. Malheureusement, cette empathie ne se traduit pas dans les budgets.

Plusieurs exemples le démontrent dans la partie outre-mer du projet de loi de finance pour 2022 (PLF2022). Le premier concerne le traitement des sargasses. Voilà un problème qui est désormais reconnu comme récurrent, qui perturbe la vie quotidienne des habitants de l’archipel Guadeloupe, de la Martinique, de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. Dans le PLF2022, le gouvernement a créé une nouvelle ligne budgétaire pour aider les communes concernées à financer le ramassage à terre 48 heures au maximum après l’échouage, pour éviter les dégagements de gaz toxiques. On s’en réjouit. Le montant : 2,5 M€ ! C’est certes une somme, mais elle est insignifiante eu égard à l’ampleur du phénomène et à la situation déjà exsangue des budgets des communes face à ces nouvelles dépenses qu’elles supportent quasi seules.

Un plan Sargasses 2 est attendu pour la fin de l’année. Son périmètre financier n’est pas encore connu. Espérons qu’il sera plus ambitieux que les 13 M€ dépensés dans le plan 1 entre les années 2018 et 2020 et que les pistes de la collecte en haute mer avec suivi des arrivées par satellites et valorisation industrielle seront véritablement explorées (p. 20, p. 46).

Deuxième exemple : l’octroi de 20 M€ d’aide à la collectivité de Guyane afin qu’elle retrouve des marges de manœuvre. On ne peut que le saluer. Cependant, il est de notoriété publique que la majorité des collectivités des outre-mer ont leurs comptes dans le rouge vif, entraînant la dégradation des délais de paiement aux entreprises. A quand un vrai plan Marschall sur le sujet qui, lui seul, pourrait amorcer une véritable relance économique de ces territoires ?

Un autre exemple ? La ligne budgétaire unique. Elle est en augmentation pour la troisième année consécutive pour atteindre 234M€ en 2022, contre 224M€ en 2021, ce qui peut paraître pas mal. Mais ici aussi, il faut changer d’échelle pour éradiquer vraiment les bidonvilles qui pullulent encore dans ces territoires.

Quant aux dérogations ou tolérances diverses accordées à des acteurs économiques peu regardants qui ont provoqué une dégradation durable de la santé des Antillo-Guyanais notamment, elles expliquent les défiances d’aujourd’hui (p. 41).

Quand on claironne que c’est grâce à l’outre-mer que la France possède le second domaine maritime mondial (p. 34), il serait temps de passer des déclarations de bienveillance et de soutenance à de l’équité tout simplement.

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