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Simon Vainqueur : “L’économie du pays, c’est nous !”

Simon Vainqueur : “L’économie du pays, c’est nous !”

Pour Simon Vainqueur, avec le tourisme, l’artisanat est un secteur majeur pour faire face à l’écroulement des secteurs historiques que sont la canne et la banane.

Nous avons voulu réhabiliter l’artisanat et ses métiers en Guadeloupe. Nous y travaillons depuis un an et nous avons les premiers résultats” : pour Simon Vainqueur, président de la Chambre des métiers de Guadeloupe, il fallait remettre de l’ordre dans la Maison des métiers en Guadeloupe pour lui redonner toutes ses lettres de noblesse. Cet artisan boucher, qui n’avait jusqu’alors jamais tâté à une élection, vivait mal dérives, recours et autres pagailles organisationnelles. Sa liste Les Artisans du Changement a remporté 17 des 25 sièges lors des dernières élections. Les recours épuisés, Simon Vainqueur a été élu à la présidente en mars 2018.

Les premières actions ont été de lancer des audits financier, organisationnel et social, ce dernier étant encore en cours. “La Chambre des métiers de Guadeloupe avait un déficit total de 5,4 M, constitué de 3,4 M de déficit de trésorerie, de 1,5 M de dettes sociales et de 500 000 de dettes auprès des fournisseurs. En un an, nous avons régularisé 2,5 M de déficit.”

Pour ce faire, la Chambre des métiers s’est lancée dans une restructuration drastique : “À notre arrivée, la Chambre comptait 120 collaborateurs. Par le jeu des départs à la retraite non remplacés, nous sommes aujourd’hui 91 salariés. Au regard des deux implantations de la Chambre et de son volume d’activité, l’objectif est d’atteindre 75 à 80 personnes au plus tard en fin de mandature, en 2021”, explique-t-il.

Payer les dettes sociales

L’autre démarche importante a été la signature d’un moratoire pour les dettes sociales avec la Sécurité sociale voilà sept mois. “C’est une étape importante parce que, depuis trois ans, la Chambre était dans l’incapacité de fournir l’attestation pour répondre aux marchés publics, handicapant grandement son action.” Quant aux dettes fournisseurs, elles s’élèvent aujourd’hui à 200 000.

La nouvelle équipe s’est ensuite penchée sur l’organisation administrative de la Chambre : “Entre nos sites des Abymes et de Basse-Terre, il y avait deux camps, ce qui était complètement inefficace pour être efficaces pour les artisans ! Pour la première fois, nous avons rassemblé tous les collaborateurs afin qu’ils se connaissent, et les avons invités à l’assemblée générale, ce qui ne s’était jamais fait. La fusion des équipes est en train de prendre !

La nouvelle équipe a également simplifié l’organigramme pour plus de lisibilité : “Nous sommes passés de cinq à deux directions, et nous nous attachons à rétablir tous les personnels dans leur juste droit et en y faisant correspondre un revenu avant la fin de l’année.” Ce qui veut dire que de nombreux collaborateurs de longue date de la Chambre n’ont jamais eu ne serait-ce qu’une revalorisation de travail, ni aucune évaluation annuelle pourtant obligatoire tous les deux ans…

Atteindre 1000 apprentis !

Le socle de l’organisation de la Chambre en cours de consolidation, Simon Vainqueur et ses colistiers se sont attaqués à la structuration des métiers pour que l’artisanat prenne toute sa place dans le développement économique : “L’économie du pays, c’est nous ! Nous sommes plus de 16 000 artisans en Guadeloupe générant 45 000 emplois. Les deux filières historiques que sont la canne et la banane connaissent des difficultés, quels secteurs reste-t-il pour développer le pays ? Le tourisme et l’artisanat !” déclare-t-il fièrement !

Pour jouer pleinement son rôle face aux transformations voulues par le gouvernement, notamment en ce qui concerne la formation professionnelle, la nouvelle gouvernance de la Chambre des métiers s’est attelée à faire émerger des organisations professionnelles (voir encadré). “Désormais, ce sont les organisations professionnelles organisées en branche qui vont décider des formations à mettre en place dans les territoires : si nous ne sommes pas organisés, nos besoins ne seront pas pris en compte”, précise-t-il

En corollaire, Simon Vainqueur nourrit de grandes ambitions en matière d’apprentissage : “Notre objectif est d’atteindre 800, voire 1000 apprentis à court terme, alors qu’il n’y en a que 550 aujourd’hui. Il faut savoir que la Guadeloupe a compté jusqu’à 1200 apprentis voilà 10 ans”, précise celui qui a été pendant de nombreuses années enseignant au Centre de formation des apprentis (CFA) du Raizet, aux Abymes. Pour ce faire, six développeurs de la formation professionnelle sillonnent depuis deux mois la Guadeloupe pour aider les artisans dans leur structuration et encourager à prendre des apprentis.

Les développeurs ont également pour mission de les informer sur les aides disponibles, notamment le nouveau dispositif pour la rénovation de l’habitat insalubre : “La procédure a été simplifiée : pour accéder à ces marchés, l’artisan n’a désormais besoin que d’un agrément délivré par la Région au lieu d’être dans un processus d’appel d’offres. L’enveloppe par maison rénovée a été relevée de 15 000 à 20 000 €, voire 24 000 si elle se situe à Marie-Galante, et l’artisan est en discussion directe avec le client, il n’y a plus d’intermédiaire.” La Chambre des métiers est en outre en train de signer des conventions avec les communes, par exemple Baillif, Goyave, Petit Canal, pour créer des synergies favorables aux entreprises artisanales. Pour Simon Vainqueur, être artisan est un métier d’avenir !

Un plan d’investissement de 14M

La Chambre des métiers de Guadeloupe est en train de renégocier la convention quinquennale avec le Conseil régional. La précédente arrive à échéance le 30 juin prochain. Ce nouveau plan d’investissement se veut axé vers la compétence en maximisant les mutualisations avec les installations avec le Conseil régional. Un plan d’investissement de 14 M est prévu. Ainsi, sur le site de Desmarais à Saint-Claude, baptisé La Cité des Métiers, seront installés l’École de la 2e Chance et l’Institut de formation en soins infirmiers, tandis que le développement de la formation continue, jusqu’alors principalement au Raizet, y sera localisé. Un self-service sera créé pour la restauration des étudiants, ainsi qu’un observatoire des métiers. De même, pour disposer de logements pour les apprentis, des discussions sont en cours avec le Crous.

Nouvelles organisations professionnelles

Depuis ce début 2019, plusieurs organisations professionnelles ont été portées sur les fonts baptismaux en Guadeloupe. Il s’agit notamment :

– de la Confédération nationale des charcutiers traiteurs ;
– de la Confédération nationale des artisans des travaux publics et des paysagistes.

Certaines, en sommeil, ont été redynamisées, tels :

– le Syndicat des installateurs frigoristes de Guadeloupe ;
– le Syndicat des artisans bouchers de Guadeloupe ;
– l’Union nationale des taxis de Guadeloupe :
– l’Union nationale des coiffeurs de Guadeloupe ;
– la Fédération des artisans boulangers-pâtissiers de la Guadeloupe :
– le Syndicat des ambulanciers privés de la Guadeloupe ;
– l’Union des réparateurs auto Guadeloupe.

D’autres sont en cours de formation, comme le Syndicat des couturiers et de la mode.

Partenariat avec la MAAF

La Chambre des métiers de Guadeloupe vient de signer un partenariat renforcé avec l’assureur MAAF. L’objectif est d’une part d’informer les artisans sur leurs obligations en termes d’assurance, notamment les nouveaux créateurs, lors des stages obligatoires de préparation à l’installation ; d’autre part de leur proposer des tarifs préférentiels et un traitement privilégié de leur dossier.

Ce partenariat couvre tous les types d’assurance : les risques professionnels jusqu’à l’assurance décennale et les risques personnels de l’artisan, comme la prévoyance, la préparation à la retraite…

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