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Shiva Vencat, “Les déchets agricoles, dont ceux de la canne, sont un apport non négligeable à la transition énergétique !”

Shiva Vencat, “Les déchets agricoles, dont ceux de la canne, sont un apport non  négligeable à la transition énergétique !”

Pour Shiva Vencat, la transition énergétique doit résoudre deux problèmes : la production d’énergie et le stockage.

Qui est Verde Visions ?

Verde Visions est un producteur de Diesel à bas taux de soufre à partir de déchets agricoles. C’est une société internationale née en Asie, précisément aux Philippines, voilà cinq ans autour d’un projet basé sur la canne à sucre. Depuis deux ans, nous avons une filiale à New York qui porte des projets en Floride, en Louisiane et en Californie, également autour de la production de carburant bas carbone à partir de la canne à sucre et des coquilles d’amandes. Nous avons enfin une filiale en France depuis 2020 qui porte un projet au Maroc, également de production de Diesel, cette fois autour des bois de taille des oliviers. Par an, 500 000 tonnes de bois peuvent ainsi servir à la production de carburant bas carbone. .

En ce qui concerne la canne à sucre, qu’est-ce qui peut produire du Diesel bas carbonne ?

Il y a bien sûr la bagasse. Elle est essentielle, mais aujourd’hui elle est mal valorisée. Elle est brûlée dans des fourneaux pour produire du sucre. Or, son efficacité énergétique est faible. De plus, il y a trop de bagasse pour produire du sucre.

La partie verte de la canne est aujourd’hui un problème : elle ne peut être laissée sur le sol, sinon elle étouffe la terre. Elle est donc déblayée et jetée. Or, si elle est rajoutée à la bagasse, elle améliore considérablement son rendement énergétique.

 

Comment procédez-vous ?

Depuis 2005, nous avons fait de la recherche et développé des techniques qui permettent de traiter toutes sortes de déchets agricoles et c’est de cette manière que nous avons pu déterminer le potentiel énergétique d’un grand nombre d’entre eux. Par exemple, avec 1 tonne de bois d’olivier, nous sortons 412 litres de Diesel. Avec 1 tonne de sciure de bois, nous obtenons 400 litres de Diesel, ou encore 397 litres avec 1 tonne de coquilles d’amandes.

La canne à sucre a donc un fort potentiel pour la production de carburant bas carbone. Pour le prouver, nous avons créé un démonstrateur aux Baléares, en Espagne, une usine qui a la capacité de produire 1000 tonnes de Diesel à partir de ce déchet agricole.

 

Et vous avez intéressé Mearsk, la première compagnie maritime mondiale…

En effet, le transport maritime a un vrai problème de pollution avec le soufre. Depuis 2020, la teneur limite en soufre dans les carburants marins a été abaissée de 3,5 % à 0,5 % au niveau mondial, et il doit encore être réduit à 0,3 % à court terme. Toutes les compagnies maritimes recherchent des solutions.

Nous sommes entrés en discussion avec la compagnie maritime Maersk et avons signé après trois mois de discussions l’implantation d’une usine au Maroc d’ici fin 2022. Elle produira au départ 4000 tonnes de Diesel propre avec une capacité de monter à 12 000 tonnes. Le carburant produit sera mélangé au Diesel classique et fera ainsi baisser le taux de soufre.

Quel est le niveau d’investissement pour une telle usine ?

Une telle usine nécessite un investissement de 15 M€.

 

En tant que spécialiste des énergies propres, comment appréciez-vous les options prises en matière de transition énergétique ?

La transition énergétique doit résoudre deux problèmes. Le premier est la production d’énergie, le second est le stockage.

En matière de production d’énergie. Il y a quatre sources possibles : le solaire, l’éolien, la biomasse et dans une moindre mesure l’énergie marine. Ces sources sont confrontées à un problème commun : celui de l’intermittence, dont la clé est le stockage.

Aujourd’hui, en matière de stockage, il y a trois possibilités : la batterie lithium-ion, le sel fondu et le métal fondu. Chaque technologie a ses avantages et ses inconvénients.

 

Quels sont ceux des batteries lithium-ion ?

Ces batteries ont l’avantage incontestable de pouvoir stocker l’énergie qui est directement utilisable. Ce sont les batteries de ce type qui concentrent la majorité du stockage aujourd’hui. Elles présentent deux inconvénients. Le premier est leur perte de capacité dans le temps. Au bout de cinq ans, elles sont à 50 % de leur capacité et au bout de 10 à 12 ans, il faut les changer. Leur second inconvénient est qu’elles prennent feu et qu’il est difficile à éteindre. Un récent incendie en Australie dans le site de stockage géant construit par Tesla et l’énergéticien français Neoen n’a pu être éteint qu’au bout de trois jours. Donc, c’est un problème. Et le recyclage de batteries à grande échelle est encore à inventer.

 

Et la technique du sel fondu ?

C’est une technique qui peut supporter des températures jusqu’à 600 °C. Pour créer de l’énergie, il faut un circuit constitué d’un réservoir, d’une chaudière qui créera de la vapeur qui passera ensuite dans une turbine pour produire de l’énergie.

Le sel a l’inconvénient d’être corrosif et, pour obtenir l’énergie, il faut plusieurs étapes qui peuvent être contraignantes.

 

Et le métal fondu ?

Le métal fondu a une capacité énergétique de 88 %, c’est-à-dire que la déperdition n’est que de 12 % sur la durée. Il permet d’obtenir plusieurs produits : 40 % d’électricité et 48 % constitués par trois autres produits : de l’eau réfrigérée qui peut permettre de refroidir des installations, de l’eau pure qui peut être buvable, obtenue par distillation, et enfin de l’eau chaude.

Aujourd’hui, la plupart des investissements concernent les batteries lithium-ion, mais d’autres solutions existent.

 

Que pensez-vous des stratégies autour de l’hydrogène ?

L’hydrogène est un sous-produit du pétrole. Il n’est pas une énergie en soi : c’est un gaz inerte. L’hydrogène est partout : par exemple, il y en a dans l’eau, précisément deux atomes d’oxygène et un atome d’hydrogène.

L’hydrogène sert à stocker l’énergie, qu’elle soit d’origine solaire, éolienne, biomasse ou de la mer. L’hydrogène n’est pas une énergie d’avenir, mais un moyen de stockage de l’énergie.

L’hydrogène permet de produire de l’énergie à partir d’autres sources d’énergie. Par exemple, à partir du fuel, avec une pile à combustion, on parvient à produire de l’électricité. Une pile à combustion 100 % hydrogène ne fournit qu’une capacité théorique de 70 % d’électricité, 30 % de la capacité étant déjà englobée dans le processus même. Des 70 % restants, 30 % servent au stockage, ce qui revient à une capacité réelle de production électrique de 40 % !

L’utilisation de l’hydrogène dans l’industrie automobile serait une hérésie car le coût des infrastructures serait plus élevé que pour les véhicules électriques. Il faut en effet capturer ce gaz inerte, le compresser et le rendre dans une forme utilisable : très cher !

 

La revue Energy Science & Engineering et des chercheurs des universités de Corneil et de Stanford qualifient l’hydrogène bleu de “distraction” destinée à reporter les actions nécessaires pour véritablement décarboner l’économie mondiale : qu’en pensez-vous ?

Je partage cet avis. L’hydrogène est classé par couleur : le gris, le bleu et le vert. L’hydrogène bleu n’apporte effectivement aucun bénéfice en matière de décarbonation. Le seul hydrogène propre est celui produit à partir de l’énergie solaire et de l’énergie éolienne. Voir que des montants importants d’argent public sont fléchés vers cette technologie est un problème. La transition énergétique ne devrait pas être l’occasion de faire n’importe quoi.

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