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Stratégie

Safo aura son hyper en Guyane

Safo aura son hyper en Guyane

Après une rude bataille, l’Autorité de la concurrence valide l’achat des actifs de la famille NG Kon Tia, mais oblige à des cessions. Le groupe Safo devra vendre l’activité de gros.

Depuis la perte de l’enseigne U, c’était le feuilleton du premier semestre 2019 en Guyane : qui parviendra à racheter les actifs du groupe NG Kon Tia, situés dans une zone stratégique à l’entrée de Cayenne, à savoir un hyper de 3000 m², une activité de gros sur 5000 m², un terrain constructible de 10 hectares auxquels s’ajoutent 30 hectares non constructibles et un bâtiment de 8000 m². Le groupe Bernard Hayot a essayé, le groupe Parfait a regardé, ainsi que le groupe Safo et quelques indépendants. L’Autorité de la concurrence a choisi : ce sera le groupe Safo, mais à la condition expresse qu’il cède l’activité de gros du groupe NG Kon Tia, car, depuis 1966, il possède Sofrigu, une activité de gros en Guyane. Avec celle du groupe NG Kon Tia, l’Autorité de la concurrence a en effet estimé qu’il y avait un risque de position dominante sur ce secteur d’activité.

Safo, en Guyane depuis 53 ans

Le groupe Safo, contrôlé par la famille Huyghues-Despointes, exerce en effet dans la distribution alimentaire aux Antilles-Guyane et en métropole. C’est un franchisé du groupe Carrefour. En Guyane, ce groupe exploite un supermarché Carrefour Market à Rémire-Montjoly, non loin de Cayenne, et travaille avec un affilié sous l’enseigne Proxi et onze 8 à Huit en franchise. Par ailleurs, le groupe Safo possède des activités de gros et demi-gros de produits alimentaires et non alimentaires avec ses filiales Sofrigu et Rémidis.

De son côté, la société NDIS, contrôlée par la famille NG Kon Tia, exploite un hypermarché sous l’enseigne Super NKT et une filiale NG Kon Tia qui distribue en gros également des produits alimentaires et non alimentaires.

Ainsi, les deux groupes vendent à d’autres, singulièrement au petit commerce de proximité, des produits frais (yaourts, beurres, crèmes desserts, fruits, légumes…) et des surgelés. Ils sont les deux principaux grossistes-importateurs pour ces catégories de produits en Guyane. De ce fait, l’Autorité de la concurrence a conditionné l’achat par le groupe Safo de tous les autres actifs du groupe NG Kon Tia à la vente de la totalité des activités de gros de NDIS, sec et froids compris. Pour entériner la vente, le groupe Safo devra en outre obtenir l’agrément de son repreneur par l’Autorité de la concurrence, qui veut de cette manière s’assurer que le repreneur sera apte à maintenir une concurrence suffisante au niveau du gros en Guyane.

C’est la première fois que l’Autorité met en place ce type de décision outre-mer, c’est-à-dire de conditionner une vente à une cession d’actifs en s’assurant de la qualité du repreneur. C’est la technique de vente dite du “up-front buyer”.

Le groupe Safo vend l’activité de gros 500 000. Il a un délai d’un an pour finaliser cette opération. Plusieurs opérateurs de Martinique, de Guadeloupe et de Guyane ont d’ores et déjà montré des signes d’intérêt. Entre-temps, c’est le groupe NG Kon Tia qui poursuivra l’exploitation de l’hypermarché NKT.

La décision du Robert dupliquée

Autre particularité de cette cession, l’Autorité de la concurrence renouvelle l’accord donné au groupe Bernard Hayot, lors de l’achat au groupe Ho Hio Hen de l’hypermarché installé sur la commune du Robert, en Martinique. Ainsi, le groupe Safo s’est engagé à ne pas exploiter l’hypermarché sous une enseigne Carrefour et le groupe ne sais pour l’heure pas quelle enseigne sera sur le fronton.

Les contrats qui seront conclus entre Safo et le groupe Carrefour devront conférer à l’hypermarché une autonomie commerciale, que ce soit en termes d’assortiment de produits ou de politique tarifaire”, précise l’Autorité de la concurrence dans son communiqué. Selon elle, ces dispositions permettront au groupe Safo d’exercer une réelle concurrence au groupe Carrefour en Guyane dans la mesure où il pourra librement déterminer sa stratégie commerciale vis-à-vis de son master-franchiseur. Elle pense en outre que “cet engagement permettra au groupe Safo de concurrencer par les prix, la qualité et la variété des produits offerts les hypermarchés Carrefour et Hyper U présents dans la zone de chalandise, et plus généralement l’ensemble des enseignes concurrentes de distribution au détail à dominante alimentaire en Guyane”.

Sauf que si ces accords et engagements sont parfaits sur le papier, la réalité est tout autre : c’est de la concurrence en trompe-l’œil. Par exemple, bien que le groupe Bernard Hayot ait pris les mêmes engagements pour son Euromarché du Robert, une enseigne du groupe Carrefour sortie du fin fond de l’histoire, les rayons sont garnis avec des produits Carrefour. C’est comme si l’Autorité de la concurrence méconnaissait le processus industriel de la grande distribution en termes de gammes de produits, et surtout n’était pas informée des profonds bouleversements qui traversent la distribution alimentaire en France continentale, avec des répercussions aux Antilles-Guyane. Ainsi, le nombre d’enseignes disponibles s’est considérablement réduit ces dernières années.

La décision de l’Autorité de la concurrence montre en outre les limites outre-mer de l’étude des dossiers sous le seul regard des enseignes nationales sans tenir compte de la réalité des groupes locaux. Ainsi, pour apprécier la puissance d’une enseigne, l’Autorité additionne les affiliés, des franchisés différents qui n’appliquent pas forcément les mêmes politiques commerciales.

Cette décision peut faire l’objet de recours.

 

 

Et les Ecomax ?   

Au plus fort des vacances, le groupe Ho Hio Hen branche alimentaire a annoncé à son personnel son intention de vendre le réseau des Ecomax aux Antilles-Guyane. 60 magasins de proximité se retrouvent ainsi en vente dont 30 en Guadeloupe, 21 en Martinique et 10 en Guyane. Ils en veulent 50 Me. Ces magasins peuvent être vendus en un bloc : c’est une opération qui pourrait intéresser le groupe Safo, fortifiant ainsi sa présence dans le segment de la proximité et son activité de grossiste. La reprise en cours des actifs du groupe NG Kon Tia en Guyane pour un total de 30 M est de nature à réorienter les stratégies, tant ce rachat n’a pas été un long fleuve tranquille.

Le Guyanais Yan Du pourrait aussi se montrer intéresser par les Ecomax : appuyé par Système U et sa communauté d’affaires, il pourrait reprendre ces magasins en même temps que le dernier hyper du groupe Ho Hio Hen encore en vente en Martinique, ainsi massifier l’activité et la rendre plus viable. L’achat par le groupe Safo des actifs du groupe NG Kon Tia, à quelques encablures de son Hyper U à Cayenne, l’oblige, ici aussi, à revoir ses plans s’il ne veut pas se retrouver coincé entre un groupe Hayot ayant la capacité financière de faire mal, et le groupe Safo très ambitieux.

Une troisième offre est née du grossiste guyanais SCGR. Il propose la reprise des 60 magasins par une myriade d’indépendants qui deviendraient propriétaires ou actionnaires. Les supérettes pourraient passer sous enseigne Lid’l. L’idée trouve un certain écho, d’autant que le gouvernement et l’Autorité de la concurrence ont en ce moment les yeux braqués sur la concurrence et la vie chère dans les outre-mer. Ils sont d’autant en veille avec l’achat en cours à la Réunion de Vindemia, filiale du groupe Casino, par le groupe GBH qui est loin d’être là-bas non plus une formalité. Si cet achat est conclu, le groupe GBH deviendra le numéro un de la grande distribution dans ce territoire, ce qui est dénoncé par des élus réunionnais et combattu par les concurrents, Leader Price, Leclerc et Super U en tête.

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