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Véhicules électriques : seule la Guadeloupe quantifie ses ambitions

Véhicules électriques : seule la Guadeloupe quantifie ses ambitions

Le déploiement de véhicules électriques fait partie de la stratégie de sortie du fossile : les régions françaises d’Amérique n’avancent pas au même pas.La Guadeloupe vise 30% du parc électrique en 2023 !

Les programmations pluriannuelles de l’énergie de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique ont été adoptées dans leur première mouture pour la période 2016-2018. Celles de Guadeloupe et de Guyane ont été révisées pour la période allant jusqu’en 2023. Ces trois documents abordent la problématique de la mobilité, que chacun des territoires déclare la vouloir la plus décarbonnée possible.

La mobilité dite durable est en outre promue au niveau national, depuis le 2 avril 2019, par la Loi d’orientation des mobilités (LOM). Elle pose en particulier le cadre du déploiement de schémas de développement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques et véhicules hybrides rechargeables.

Ainsi, dans sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour la période de 2016 à 2023, la Guadeloupe est ambitieuse dans le déploiement des véhicules électriques. Elle note que le secteur du transport est le premier poste de consommation d’énergie avec 68 % des dépenses et le premier vecteur d’émission de gaz à effet de serre. En conséquence, la collectivité territoriale et l’État, qui ont élaboré la PPE de Guadeloupe, se donnent comme objectif que 30 % des véhicules roulant en Guadeloupe en 2023 soient des véhicules électriques, soit 80 000 unités ! Aujourd’hui, il en roule que quelques dizaines.

Objectif volontariste

Cet objectif volontariste paraît accessible puisque la Guadeloupe est sur une trajectoire de 60 % d’énergie renouvelable produite en 2022, voire 100 % en 2030 ; que dans ce territoire, les trajets de moins de 100 km sont les plus importants, les rendant compatibles avec l’autonomie moyenne des véhicules électriques estimée à 150 km ; que le développement de l’habitat individuel rend aisé le déploiement de prises de recharge à domicile.

Cependant, cet objectif de 80 000 véhicules sur les routes de Guadeloupe en 2023 rend indispensable le déploiement d’un réseau significatif de bornes de recharge. Il pourra être atteint à trois conditions. Tout d’abord avec le déploiement d’équipements pour les particuliers, à savoir l’installation de “wall box” ou bornes de recharge à domicile de 3,7 à 7,4 kW, ou encore de “Smart Wall box”, bornes de recharge plus performantes permettant le pilotage de la recharge par EDF en zone non interconnectée.

Un réseau dense de bornes de recharge

Ensuite, avec le déploiement d’un réseau public de bornes à accès public d’une puissance de 22 à 50 kW, dans les parkings des entreprises, les administrations, les centres commerciaux, etc. La PPE de Guadeloupe prévoit l’installation de 80 bornes de ce type.

Enfin, le troisième réseau est celui des e-stations mettant à disposition une puissance de 100 à 350 kW permettant une recharge ultrarapide de 25 à 75 % en 15 minutes.

Cet objectif de 80 000 véhicules électriques sur les routes de Guadeloupe en 2023 se heurte à plusieurs contraintes. La première est le surcoût des modèles électriques par rapport aux modèles thermiques, estimé à 15 000. La seconde est le niveau d’octroi de mer (7 %) sur ce type de véhicules en plus de l’octroi de mer régional (2,5 %). Pour favoriser la transformation de leur parc de véhicules, la Guyane et la Réunion exonèrent ces véhicules d’octroi de mer. La troisième contrainte est la compensation de la perte de la taxe sur les carburants consécutive au déploiement des 80 000 véhicules qui correspondent à 25 % du volume annuel de cette taxe.

Cette stratégie volontariste positionnera la Guadeloupe comme une île “verte” en termes de mobilité. Elle devrait être créatrice d’emplois, aussi bien pour l’ingénierie que pour l’installation, et les véhicules électriques pourront stocker de l’énergie qui pourrait, si nécessaire, être réinjectée sur le réseau.

Sur ce sujet, la Martinique et la Guyane sont encore au stade des études. Les stratégies devraient être posées en 2020.

 

 

Martinique : une stratégie encore à affiner 

Dans sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), dans sa version 2016-2018, la Martinique pose les grands principes du déploiement des véhicules dans ce territoire. Ainsi, elle annonce la rédaction d’un schéma de déploiement du véhicule électrique qui devrait être finalisé en 2018, pour l’heure non diffusé. Elle prévoit l’expérimentation de solutions de recharge propres en démarches volontaires sur des flottes captives telles celles de la commune du prêcheur, de la collectivité territoriale, de la Déal, de la préfecture, d’EDF, etc. Aucune donnée n’est pour l’instant collationnée. Enfin, la PPE prévoyait une sensibilisation des particuliers faisant l’acquisition de véhicules électriques aux modalités de recharge responsables et renouvelables.

L’Ademe a cependant réalisé une projection du nombre de véhicules électriques sur les routes de Martinique en fonction des prévisions du plan national. En 2020, ce seraient quelque 10 300 véhicules électriques qui seraient utilisés en Martinique, ce qui représenterait 5 % du parc automobile. En 2025, on devrait atteindre 30 800 véhicules, soit 15 % du parc. Le nombre de bornes nécessaires serait de 308 à charge rapide si 5 % du parc est électrique, à 900 recharges rapides pour 15 % du parc. Parallèlement, il faudrait respectivement 10 200 et 30 800 recharges lentes implantées à domicile ou au travail.

Pour entamer le sujet, l’Ademe a lancé en janvier dernier un appel à projets pour financer des solutions de recharge pour des flottes captives, du transport collectif, les établissements recevant le public de type stade, marina, zones commerciales, hôtels, etc., du résidentiel collectif et les parcs de stationnement. Clôturé mi-mai, les projets retenus sont attendus pour la fin de l’année.

En Martinique, les véhicules électriques supportent une taxe d’octroi de mer de 7 %, plus un taux d’octroi de mer régional de 2,5 %.

 

 

Guyane : une stratégie encore à travailler 

Dans la version première de sa programmation pluriannuelle de l’énergie, la Guyane n’a pas véritablement abordé la question du développement du véhicule électrique. Cinq bornes de recharge, alimentées par des énergies renouvelables pour des véhicules hybrides rechargeables ou électriques étaient prévues par EDF et les rédacteurs ont insisté sur le fait qu’au regard du mix énergétique actuel, la promotion du véhicule électrique doit se faire uniquement si la recharge des batteries est réalisée avec une énergie renouvelable ou, qu’en cas d’utilisation du réseau, cette charge soit pilotée de façon à ce qu’elle ne s’opère pas durant les heures de pointe

Une étude est en cours de finalisation pour définir la stratégie en matière de véhicules électriques, proposer un maillage régional, et plus largement pour poser la mobilité décarbonée en Guyane. L’objectif à l’horizon 2023 pourra alors être défini sur ces bases concrètes.

La PPE préconise d’établir un schéma régional des infrastructures de recharge de véhicules électriques ou hybrides rechargeables ainsi qu’une étude déterminant les conditions de déploiement des infrastructures de recharge.

En Guyane aussi, l’Ademe a lancé en janvier dernier un appel à projets afin de financer des solutions de recharge pour des flottes captives, du transport collectif, les établissements recevant le public de type stade, marina, zone commerciale, hôtel, etc., du résidentiel collectif et les parcs de stationnement. Clôturé mi-mai, les projets retenus sont attendus pour pour la fin de l’année.

En Guyane, l’importation de véhicules électriques ne supporte pas d’octroi de mer.

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