Transport

Reprise de Corsair : l’outre-mer se ménage une ouverture vers l’extérieur

Reprise de Corsair : l’outre-mer se ménage une ouverture vers l’extérieur

Corsair reprise par un consortium d’investisseurs privés et publics d’outre-mer.

L’annonce a animé un ciel morose parce que le transport aérien est véritablement percuté par la crise sanitaire : la compagnie aérienne Corsair, en redressement judiciaire auprès du tribunal de commerce de Créteil, est reprise par un consortium regroupant une quinzaine d’investisseurs privés et publics d’outre-mer, dont des collectivités de ces régions, pour un montant auquel s’ajoutent des aides de l’État afin d’atteindre les 300 M€ nécessaires pour racheter la totalité des parts de la compagnie à Intro Aviation et au groupe TUI. La compagnie risquait en effet d’être liquidée parce que ses fonds propres étaient négatifs, son propriétaire n’ayant aucune intention de remettre au pot, sabrant plutôt dans ses programmes et ses effectifs pour passer l’hiver. En outre, en tant que compagnie étrangère puisque son capital est détenu par un groupe allemand, Corsair ne pouvait prétendre à aucune aide de l’État français, dont un prêt garanti par l’État (PGE).

Éric Koury, PDG de Care (Air Guyane, Air Antilles Express), et Patrick Vial-Collet, fondateur de Leader Hôtels (1400 lits entre la Guadeloupe, Marie-Galante et un 5 étoiles à construire en Martinique) sont à l’origine de cette reprise. Ces opérateurs, dont les activités se sont confortées durant les quinze dernières années, redoutaient de se retrouver dans un duopôle avec Air France d’un côté et ses propres soucis de retour à l’équilibre, et de l’autre Air Caraïbes qui, depuis octobre dernier, s’est adossée à CMA CGM, compagnie maritime en situation de monopole sur les îles. C’est comme si après que le coronavirus avait été comme un chien dans un jeu de quilles, l’écosystème se reformait autour de nouvelles situations monopolistiques : pas très bon pour la concurrence et le juste prix.

Que des opérateurs, autres que les historiques, soient en mesure de proposer des alternatives crédibles est une vraie nouveauté dans le paysage. Ils ont émergé en Guadeloupe ou à La Réunion par exemple. Que des collectivités comprennent la nécessité de ce lien avec l’extérieur et se positionnent malgré les échecs passés, tels le conseil régional de Guadeloupe, le département de Mayotte, est aussi une bonne chose. En revanche, il y a de grands absents pour l’instant : les collectivités de Martinique et de Guyane qui réfléchissent encore, mais surtout un acteur historique qui pourtant a des intérêts dans tous les territoires touchés par Corsair. Ses intérêts plus personnels sont sans doute ailleurs.

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