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Questions à Patrice Martin, président délégué du Medef : “Au Medef, nous ne croyons pas à la dette perpétuelle !”

Questions à Patrice Martin, président délégué du Medef : “Au Medef, nous ne croyons pas à la dette perpétuelle !”

Pour le président délégué du Medef, avec les entreprises, l’État doit imaginer des plans de remboursement de longue durée. Il s’agit de ne pas se dérober pour diminuer la montagne de dette accumulée.

Vous venez d’achever un tour des représentants du Medef de Guyane, de Martinique et de Guadeloupe : dans quel état d’esprit les avez-vous trouvés ?

Dans la situation actuelle, et compte tenu des incertitudes et des annonces gouvernementales qui peuvent remettre tout en question, je les ai trouvés combatifs. Il y a certes des tempéraments différents, une qualité d’écoute différente, mais globalement nos représentants sont associés à l’application des stratégies et ils remontent efficacement les difficultés des entreprises.

 

Dans cette période particulière, comment se porte le dialogue social de votre point de vue ?

Le dialogue social est de qualité. Cela n’a pas été suffisamment soulevé, mais en trois semaines, après le 8 mars 2020, nous avons signé deux accords majeurs avec cinq syndicats des salariés. Il s’agit d’un accord sur le télétravail.

Il est équilibré et, depuis, personne ne l’a contesté. Le gouvernement vient de nous demander de l’approfondir : nous le ferons dans le même état d’esprit.

Quel est le second accord ?

Il concerne la santé au travail. Nous l’avons rendue plus efficace, nous avons renforcé la prévention, la formation et nous avons posé des principes pérennes d’une gouvernance partagée.

Comment expliquez-vous qu’avec les partenaires sociaux, vous soyez parvenus à signer aussi rapidement sur ces sujets majeurs alors que d’habitude vos discussions traînent en longueur sans forcément aboutir ?

Je pense qu’il y a une prise de conscience et un sens des responsabilités partagés. Le Medef n’est pas chef de file dans ces discussions. En outre, je pense qu’au regard de la situation que nous traversons, les syndicats de salariés ont compris que la période n’était pas à la crispation, qu’il ne fallait pas mettre de l’huile sur le feu. Il y a un niveau d’inquiétude et d’angoisse dans la population.

Le jour reviendra où, si vous me permettez, on se mettra sur la g… de nouveau, on reviendra dans les jeux de rôle. Aujourd’hui, dans cette période critique que nous traversons, nous avons tous compris que nous devions parvenir à des consensus, et nous y sommes arrivés.

Vous devez entamer des discussions : la transformation de l’assurance chômage et le dossier des retraites. L’État d’esprit est-il le même ?

Ce sont deux dossiers importants. Sur la retraite, je rappelle que le Medef n’était pas preneur de ce régime universel auquel veut arriver le gouvernement. Nous abordons les discussions pour ces deux dossiers majeurs dans un esprit constructif. Nous sommes prêts à reprendre les discussions, sans précipitation.

 

Les difficultés économiques sont amorties par les prêts garantis par l’État. Il se dit cependant qu’il y a un grand nombre d’entreprises qui risquent de s’effondrer dans les prochains mois. Comment une organisation telle que la vôtre se prépare-t-elle à un tel événement ?

Oui, il y a des secteurs d’activité qui sont en grande difficulté, mais ils sont minoritaires. Il est communément accepté que 5 à 10 % des 640 000 entreprises qui ont obtenu un prêt garanti par l’État (PGE) ne pourront pas le rembourser. Avec le gouvernement, nous allons focaliser notre attention pour régler ces situations. Il faudra des efforts financiers et de l’accompagnement social de ces entreprises. Plus généralement, nous pensons au Medef que les entreprises parviendront, dans la durée, à rembourser leurs dettes.

Il faut bien comprendre que cette crise ne vient pas des entreprises. La crise de 2008 était financière : celle-là est née parce que le gouvernement a volontairement arrêté l’activité économique sur fond de crise sanitaire. C’est donc à l’État, en bonne coopération avec le Medef, d’imaginer et de mettre en œuvre ces mesures de soutien. Personnellement, je pense que c’est possible.

Comment appréciez-vous les conséquences sur le niveau de dette de l’État ?

Nous sommes effectivement inquiets sur la situation générale des finances publiques. Au Medef, nous ne croyons pas à la dette perpétuelle ou à l’effacement de la dette. Nous savons ce que cela veut dire : c’est simplement gravissime. Nous avons donc devant nous un énorme chantier qui va prendre des décennies pour effacer ces dettes.

Au Medef, nous ne sommes pas favorables à ce que cela passe par des augmentations d’impôts, ni pour les entreprises, ni pour les particuliers. Nous avons vu en 2012 et 2013 que cela accentuait la crise. Notre objectif est de retrouver une dynamique de production, de création de richesse, de création d’emplois pour faire face à cette dette. C’est une affaire de longue haleine, et il faudra du courage.

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