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Question à Jean-Rémy Villageois, président du directoire du GPM de la Martinique : “Se tourner vers la mer !”

Question à Jean-Rémy Villageois, président du directoire du GPM de la Martinique : “Se tourner vers la mer !”

Pour le président du directoire du GPM de la Martinique, la croissance grâce à la mer est à portée à condition d’être à l’écoute du pouls du monde.

Quelles évolutions ont touché le transport maritime depuis ces dernières années ?

Le secteur maritime est en adaptation constante soit par rapport aux zones de production, soit par rapport aux zones de consommation, voire les deux. Ces dernières années, le maritime s’est organisé autour de l’éveil de la Chine en tant que zone de production, puis de zone de consommation, de l’Europe et des États-Unis comme zones de consommation. Les navires et les flux se sont orientés par rapport à ces deux pôles.

Ni la Martinique, ni la Guadeloupe, ni la Guyane ne sont zones de consommation ou de production…

C’est pour cela que nous regardons les bateaux passer au large ! Pour participer à ce concert, nous devons vendre un service. La croisière en est un bon exemple : nous pouvons être une destination où il y a quelque chose à faire.

Quand la France a décidé d’implanter la Sara en Martinique, il y a eu des flux industriels, import de brut, export de raffiné vers la Guadeloupe et la Guyane. La Martinique a alors joué un rôle structurant sur le trafic maritime. La Sara et EDF ont représenté plus du tiers du trafic du port et du Produit intérieur brut de la Martinique. Avec la transition énergétique, ces flux ont déjà baissé de 30 % depuis deux ans.

De même, tant que nous étions sur de petits bateaux, dans des liaisons transatlantiques, nos marchés ont été protégés : nous importions des biens de consommation, nous exportions un peu de banane avec peu d’acteurs. Nous étions à l’abri des turbulences du transport maritime, qui sont violentes : les flux sont très volatils.

Le fait d’être protégés ne nous a pas aidés à saisir les opportunités comme l’ont fait Sainte-Lucie, la Dominique, Barbade, qui se sont invitées dans le concert maritime parce qu’elles n’avaient pas le choix.

Sommes-nous toujours protégés ?

Non. Les évolutions du trafic se rapprochent de nos côtes. Par exemple, en 2016, nous avons eu plus d’évolution en un an que sur les dix dernières années : augmentation de la taille des bateaux, du nombre de désertes, prises de risque des armateurs, et ce du jour en lendemain. Sur les paquebots, c’est le même phénomène.

Qu’est-ce que cela entraîne ?

Nous sommes plus exposés. La zone Caraïbe bouge, comme celles d’Amérique du Nord et Latine. Soit nous demeurons à l’abri mais nous serons balayés, soit nous entrons dans la danse en faisant valoir nos atouts.

Par exemple, nous pouvons imaginer une zone export, définir un plan de développement portuaire avec les collectivités, l’État, l’Europe, etc., avoir une vision propre, et proposer nos services. Nous devons analyser ce que font les bateaux, les flux et proposer des services sur lesquels nous sommes bons. Nous ne serons alors plus à la remorque du secteur.

La croisière tête de ligne en est un bon exemple : nous avons des aéroports et des compagnies qui mettent des flux de passagers européens et américains à portée, des services terrestres qui fonctionnent. Cela explique que depuis 2012 ce trafic s’est développé, qu’il est pérenne et qu’il y a des opportunités parce qu’il n’y a pas de ports tête de ligne dans la Caraïbe Sud.

Et l’offre Caraïbe française ?

Effectivement, ces dernières années, une évolution importante a été la transformation des ports en grands ports maritimes. L’État a créé des établissements en leur donnant l’obligation de “jouer” dans le concert maritime en obtenant des résultats : ça change tout !

Quant à l’offre Caraïbe française, elle progresse, mais nous sommes encore loin d’une convergence intelligente totale : ce sont les clients qui nous poussent à nous organiser.

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