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Question à Isabelle Delonnay : “Le temps des régénérateurs est venu !”

Question à Isabelle Delonnay : “Le temps des régénérateurs est venu !”

Pour cet ingénieure agronome, il est temps de respecter les grands cycles de la biodiversité et de la planète. L’économie symbiotique est une économie qui a ses lois qui, quand elles s’agrègent, deviennent hyper-puissantes, hyper-productives.

L’économie symbiotique, qu’est-ce que c’est ?

Je suis ingénieure agronome et je m’intéresse aux questions écologiques depuis une trentaine d’années. En 2009, j’ai participé à l’écriture de “Home”, le film de Yann Arthus Bertrand. Durant cette expérience, j’ai rencontré un grand nombre de grands scientifiques, de chercheurs, de climatologues, de la biodiversité, des océans, qui me disaient alors que nous avions jusqu’en 2020/2025 pour changer nos pratiques et enclencher des changements structurels. Nous nous sommes rendu compte que nous n’avions pas plus de dix ans avant de basculer dans une terre inconnue.

Je me suis alors dit qu’en 10 ans, nous n’avions pas le temps de créer d’autres pratiques, et me suis mise à chercher dans le monde s’il n’existait pas des savoir-faire, des modèles économiques différents qui avaient moins d’impacts sur la nature, voire qui restauraient le vivant. Et là, immense découverte : il y en a des millions, partout dans les territoires, dans tous les pays, riches, pauvres, dans les démocraties ou dans les pays plus autoritaires, dans les territoires urbains comme ruraux, partout !

J’ai alors repéré qu’ils fonctionnent de la même manière, en symbiose.

Mais encore… 

Ce sont des systèmes de production qui fonctionnent en réseau, en coopération, etc. Les personnes s’agrègent autour de valeurs pour répondre à des besoins identifiés. Elles travaillent en open source, autour d’une gouvernance en consensus, autour des biens communs. Et elles sont nombreuses ! Cela veut dire qu’une économie complète, globale est née, dans tous les secteurs d’activité, dans les énergies, les biens d’équipement, l’agriculture, les usages, la consommation, etc., basés sur une autre gouvernance et sur la redistribution de la valeur. Toutes ces pratiques se considèrent de la même famille, mais ne considèrent pas encore qu’elles relèvent d’une nouvelle économie.

L’économie symbiotique n’est pas une économie du pansement, c’est une économie qui a ses lois de puissance, des principes de fonctionnement. Quand elles s’agrègent, elles deviennent hyper-puissantes, hyper-productives. Elles parviennent à avoir le même service en diminuant au moins de 10 fois le volume de la matière extraite. Et avec des synergies, on tombe à des valeurs de moins 30, moins 60.

Cette économie a-t-elle besoin d’autant de capitaux ?

L’économie symbiotique a besoin de capitaux, mais elle est nettement moins capitalistique que l’économie libérale. Elle est accessible à tous, et plus elle se développe, plus elle redistribue la valeur. D’ailleurs, elle a besoin de redistribuer la valeur pour se développer. Ce qui veut dire que la coopération est le moteur de sa compétitivité. Elle fonctionne exactement à l’inverse de l’économie actuelle.

De quelle manière ?

L’économie actuelle extrait sur les écosystèmes vivants, l’économie symbiotique les régénère. C’est une économie très entrepreneuriale, qui demande l’action des citoyens. Les endroits où cela marche, j’observe que ce sont les lieux où des collectivités se sont associées avec des entreprises, avec des citoyens autour de leurs besoins.

Donnez un exemple… 

En Bretagne, un entrepreneur passionné par l’hydrogène vert déclaré non rentable a pu intéresser une petite commune dont la charge la plus importante de son budget est le carburant, parce qu’elle fait beaucoup de transport à la demande pour ses seniors, en grand nombre, pour les personnes éloignées de l’emploi à cause de difficultés de mobilité, etc. Ils se sont associés à une start-up automobile qui a conçu un véhicule assemblé sur place, donc moins cher que ceux venant de Chine ou d’Europe centrale parce que pensé interopérable, modulaire, avec peu de composants, équipé de batteries hydrogène. Il se trouve en outre que si l’on met les électrodes d’hydrogène dans des eaux de pluie, ou issues d’usines agroalimentaires ou autres, elles peuvent donner d’autres produits tels des engrais azotés et un tas d’autres produits utilisables dans l’agriculture, dans les parcs de loisir, etc. L’université y a été associée pour la formation des personnes, ainsi que la Région pour les transports. Aujourd’hui, toute cette chaîne d’association va se retrouver dans une société de territoire qui redistribuera la valeur. Et ils ont mis au point un logiciel qui valide la consommation d’hydrogène pour chaque bénéficiaire et qui contrôle que l’hydrogène consommé est bien de source renouvelable. Résultat : la rentabilité a été atteinte en trois ans.

Qu’est-ce qui fait la force de l’économie symbiotique ?

C’est la diversité de ses éléments. Une forêt en bonne santé rassemble aussi bien de grands arbres que de l’herbe, qui est l’élément régénérateur. De même, les petites entreprises sont celles qui portent l’innovation : les grandes peuvent accélérer leur diffusion mais présentent l’inconvénient de capter la valeur parce qu’elles ont trop de charges de structure. L’économie symbiotique incite les différents éléments de l’écosystème à se challenger et non pas à se driver.

Quels sont les éléments indispensables pour la bonne marche de l’économie symbiotique ?

Les éléments indispensables sont au nombre de six. Le premier est le respect de l’intégrité de chacun, la culture de la diversité. Le second est l’accès égal à la ressource. Le troisième est la coopération directe de l’ensemble des acteurs. Le quatrième est l’utilisation des services rendus par l’éco-système. Le cinquième est la recherche de l’efficience maximale, l’efficience n’est pas l’efficacité. Enfin, le sixième indispensable est le respect des grands cycles de la biodiversité et de la planète.

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