Stratégie

Les travaux de Guadeloupe Pôle Caraïbes montent en puissance

Les travaux de Guadeloupe Pôle Caraïbes montent en puissance

Après une phase d’études, des tranches importantes vont débuter en 2019. La plate-forme aéroportuaire vise les 3 millions de passagers en 2025.

Nous savions depuis plusieurs jours que Norwegian envisageait de suspendre ses rotations entre les Antilles-Guyane françaises et les États-Unis. Nous avons réagi immédiatement” : pour Alain Bièvre, président du directoire de Guadeloupe Pôle Caraïbes, la nouvelle est prise au sérieux. “Si nous ne parvenons pas à retrouver ce trafic, nous perdrons 1,5 % de croissance en 2019 et 2020”, précise-t-il. Norwegian a en effet transporté 67 000 des 148 000 passagers venus d’Amérique du Nord ayant fréquenté la plate-forme, le solde étant apporté par Air Canada et Air Transat. “Avec la région et le Comité du tourisme des îles de Guadeloupe, nous avons immédiatement déployé un plan de bataille pour démarcher des compagnies nord-américaines qui peuvent être intéressées par un marché de plus 100 000 passagers quand nous groupons nos chiffres avec ceux de la Martinique.” Des tractations ont eu lieu à Route Americas, le plus important forum de développement aérien des Amériques, qui s’est tenu pour la première fois au Canada mi-février. Dommage que l’approche n’ait pas été concertée avec la Martinique et la Guyane qui ont très exactement le même problème avec l’arrêt des liaisons de la Norwegian. “Nous sommes condamnés à faire ensemble si nous voulons exister et préserver nos marchés…”

2018, une année record

En termes de trafic, 2018 a été une nouvelle année record pour Guadeloupe Pôle Caraïbes. “Nous sommes à la limite des capacités de la plate-forme aéroportuaire ! Nous avons progressé de 3,4 % sur l’ensemble du trafic et de 4,6 % pour le trafic local, hors transit. Si nous faisons une progression de 2,35 % de croissance en 2019, nous dépasserons la capacité de l’aéroport, avec un fort risque de dégradation de la qualité des opérations. Cette situation vient confirmer la pertinence du plan d’investissement validé par le conseil de surveillance en juin 2018”, explique Alain Bievre, visiblement heureux de la cohérence de sa vision par rapport à la réalité du marché.

Objectif 3 millions de passagers

À l’horizon 2025, Guadeloupe Pôle Caraïbes envisage d’opérer 3 millions de passagers. “Durant cette première année, nous avons surtout réalisé les études et publié les appels d’offres afin de lancer effectivement, ce début 2019, les grands travaux. Nous venons ainsi d’attribuer le marché à la société Thyssen pour changer les cinq passerelles. Le concours d’architectes est en train d’être lancé, l’appel d’offres concernant la réfection de la piste le sera d’ici deux mois, ainsi que la maîtrise d’œuvre pour le tri bagage : la machine est en route !

L’aérogare régionale est également concernée par les travaux : “En décembre, nous avons démarré le chantier pour l’agrandissement et la modernisation de ce terminal, notamment pour y installer davantage de postes de sûreté et pour réimplanter la zone duty free et améliorer les liaisons entre les terminaux 1 et 2”, précise-t-il. En 2018, Guadeloupe Pôle Caraïbes a investi 50 M€ : 50 M€ supplémentaires seront lancés en 2019, soit un total de 100 M€, dont 34 M€ pour la piste. “En 2025, nous aurons investi 173 M€ : nous avons une équipe de neuf personnes pour suivre ce chantier.

Pour ce qui est des compagnies, Air Caraïbes demeure la première compagnie desservant Guadeloupe Pôle Caraïbes sur l’ensemble du trafic, Air France étant la première compagnie sur le tronçon transatlantique. “Sur le transatlantique, nous avons fait de très bons chiffres : c’est l’effet Route du Rhum !” se réjouit le président du directoire. L’effet devrait être encore visible dans les chiffres de 2019. “En cinq ans, l’aéroport a reçu 400 000 passagers de plus, dont 250 000 venus de la Métropole et 100 000 des États-Unis.

La plate-forme est dans une stratégie globale de routes : “Outre les États-Unis, nous travaillons pour accroître le trafic avec le Canada et avec le reste de l’Europe : pour amortir nos 247 M€ d’investissement sur les cinq dernières années, nous devons parvenir à 4 % de croissance par an, soit 2 % grâce au développement du trafic et 2 % grâce à l’offre de services.” Pour attirer les compagnies, Guadeloupe Pôle Caraïbes table sur la grille tarifaire qui est 12 % inférieure à celle pratiquée en Martinique.

Par ailleurs, la gouvernance attend avec intérêt les suites des Assises des transports de juillet, qui devraient permettre d’assouplir les droits de trafic avec des pays limitrophes. “Cependant, immédiatement après les Assises, avec les collègues des autres aéroports d’outre-mer, nous avons fait une visioconférence avec les ministères de tutelle pour exprimer nos besoins : c’était la première fois. De même, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a mené une étude spécifique sur les tarifs pratiqués par les aéroports limitrophes des plates-formes outre-mer, comme elle l’avait fait pour les aéroports européens.” Attendues pour décembre, une feuille de route devrait intervenir ce début mars, preuve que l’État veut une meilleure gestion et un retour sur investissement pour ces infrastructures où il injecte des millions depuis de nombreuses années.

Rénovation de l’ancienne aérogare

Le chantier de démolition de l’ancienne aérogare du Raizet est en train d’être relancé : une solution est en phase finale de validation pour le stockage, voire pour la réutilisation des déchets chargés d’amiante contenus dans ces bâtiments. L’appel à projets pour la réutilisation des 4 hectares ainsi dégagés devrait être relancé en 2019. À cause de manque de solutions pour la démolition, il avait été jusqu’alors infructueux.

De même, sur la partie Aéropôle, la zone de services à l’entrée de Guadeloupe Pôle Caraïbes, la tranche devant voir l’implantation d’un hôtel est toujours en suspens : la Sensamar, qui possède la concession, n’a toujours pas trouvé d’exploitant.

Trafic : nouveau record en 2018 

En 2018, Guadeloupe Pôle Caraïbes a vu son trafic augmenter de 3,43 % pour atteindre le chiffre record de 2,4 millions de passagers. C’est le trafic transatlantique qui dope cette croissance avec 9,4 % de passagers en plus sur ce tronçon. L’arrivée de la compagnie Level est la source de cette croissance.

Les liaisons vers l’Amérique du Nord ont également contribué à la performance de Guadeloupe Pôle Caraïbes : 12,9 % de passagers supplémentaires enregistrés en 2018.

Sur le transatlantique, le trafic a augmenté de 9,5 % et de plus de 10 % pour les seuls mois d’octobre, de novembre et de décembre.

80 % de l’accroissement est porté par la Métropole et 20 % par le reste du monde, dont deux tiers par les États-Unis et un tiers par le reste de l’Europe.

Les premiers chiffres de 2019 confirment ces excellentes tendances : pour le mois de janvier 2019, le trafic sur Guadeloupe Pôle Caraïbes a progressé de 3,24 % par rapport à la même période en 2018. C’est le tronçon Amérique du Nord (Montréal et New York) qui s’est montré le plus dynamique avec une progression de 37,3 %.

Les liaisons transatlantiques progressent de 2,1 % : Air Caraïbes et Corsair demeurent stables en volume, tandis que XL Airways et Level progressent fortement. Air France, en revanche, marque le pas (-14,8 %) et les liaisons dans la Caraïbe, hors Antilles françaises, reculent de 11 %. Vers la Martinique et la Guyane, respectivement, le trafic diminue de 8,8 % et augmente de 26,6 %. Le fret est, lui, en recul après une année stable en 2018.

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