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Chambre de commerce et d'Industrie

L’Association des CCI des outre-mer tire la sonnette d’alarme

L’Association des CCI des outre-mer tire la sonnette d’alarme

Pour elle, cette crise là n’est vraiment pas comme les autres. Il faudra 10 ans pour s’en remettre.

Fini les argumentations non chiffrées : la crise du Covid-19 a fait basculer les CCI et autres organisations patronales d’outre-mer dans le monde de la précision ! Pour étayer ses impressions et ses propos, l’Association des chambres de commerce des outre-mer (ACCIOM) a confié au cabinet DME le soin de modéliser l’impact de la crise sanitaire dans ses territoires. Le cabinet DME est connu, travaille depuis 1986, entre autres sur les outre-mer, et ses productions sont qualifiées de sérieuses. Pour cette étude, il a utilisé le Modèle universel de simulations économiques (MUSE), modèle multisectoriel de type Keynes-Léontief permettant d’évaluer, entre autres, l’impact de chocs exogènes (positifs ou négatifs) sur les économies.

Son enquête démontre que, certes à des degrés divers, toutes les activités ont été touchées : très durement, à savoir entre 90 et 95 % selon les territoires, l’hébergement, la restauration ; moyennement, à savoir au moins 50 %, le transport, la construction, les services aux entreprises ; et enfin, faiblement, entre 1 % et 10 %, l’agriculture, l’industrie agroalimentaire, les banques (voir tableaux).

L’impact du confinement est donc terrible sur l’activité : l’étude du cabinet DME estime qu’avec un recul de 29 % de l’activité durant ces deux mois, la Martinique a perdu 600 M€ de chiffre d’affaires ; pour la Guadeloupe, le recul est estimé à 34 % et la perte à 650 M€ ; pour la Guyane, il est de 29 % pour une perte de 270 M€ ! 1,5Md€ en tout pour ces économies interdépendantes !

Ecroulement des PIB

Pour Carine Sinaï-Bossou, présidente de l’ACCIOM et de la CCI de Guyane, cette étude était indispensable afin que chacun prenne bien conscience de la situation dans laquelle seront les économies des outre-mer si l’engagement et les réponses ne sont pas à la hauteur des enjeux. “Le confinement va entraîner une baisse de 5 % du produit intérieur brut (PIB) des outre-mer et une perte de 7 % de la valeur ajoutée des entreprises de ces territoires. Et plus la reprise sera tardive, plus l’impact sera fort et le nombre de fermetures d’entreprises important !

ACCIOM

Patrick Vial-Collet, président de la CCI de Guadeloupe et PDG du groupe Leader Hôtels, est encore plus précis : “Selon des calculs effectués par Atout France, et selon les dires de sa directrice Caroline Leboucher, la crise du Covid-19 dans le secteur du tourisme en Guadeloupe, Martinique, Guyane et à La Réunion pourrait causer la perte de 12 000 emplois et de 2,3 Md€ si la reprise a lieu dès cet été. Cet impact pourra aller jusqu’à 18 000 emplois et 3,4 Md€ perdus si la reprise est effectuée à partir de l’automne.

Perte d’emplois marchands

Dans tous les cas, le séisme sur l’emploi marchand sera important : l’étude du cabinet DME estime la perte à 35 000 personnes au 1er septembre dans tous les DOM, dont 20 000 aux Antilles-Guyane, soit 11 % de l’emploi marchand !

Pour les présidents de chambre de commerce, ce futur quasi certain doit permettre à l’État et aux présidents des collectivités de bien construire leur plan de relance pour l’outre-mer. “Si la réponse d’urgence de l’État, à savoir le fonds d’urgence phase 1 et 2, les PGE, les reports de charges diverses ont permis d’amortir cet arrêt brutal d’activité, nous n’avons aucune visibilité en matière de plan de relance, d’où notre inquiétude”, déclare Philippe Jock, président de la CCI de la Martinique.

ACCIOM

Relance par le BTP

L’État a réuni le Haut conseil de la commande publique des outre-mer. Chacun y a présenté ses projets qui pourraient bénéficier de financements publics. La relance qui se profile passerait donc par le BTP, mais en évitant quelques erreurs, notamment de faire du béton pour faire du béton.

La première est le coût de la construction : la généralisation de la maquette numérique devrait aider à la maîtrise de cette donnée outre-mer. La seconde est une meilleure prise en compte des professionnels de ce secteur de la santé de ceux qui construisent leurs bâtiments : les difficultés rencontrées sur les chantiers ces dernières semaines ont montré qu’il y a quelque chose qui ne va pas. La troisième est que ce que l’on construit ou rénove le soit véritablement en pensant aux personnes qui vont y habiter. Outre que le télétravail va se développer, maximiser les capacités des plans locaux d’urbanisme (PLU) ne devrait plus être la règle, tout comme construire loin des centres sans prévoir les moyens de transport, la connectivité, etc.

ACCIOM

Vitesse d’exécution

La relance peut aussi passer par l’amélioration des réseaux d’eau, de l’assainissement et du traitement des déchets, etc. : dans les outre-mer, ce sont de vrais chantiers, et chacun doit jouer son rôle, collectivement pour une fois, sans se défausser sur le voisin.

L’étude du cabinet DME souligne la nécessité de la vitesse d’exécution pour éviter l’écroulement, mais aussi la nécessité d’éradiquer la vie chère quasi institutionnalisée outre-mer, ainsi que les inégalités.

 

 

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