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Distribution en Guyane : le groupe Hayot poursuit ses courses… aidé par l’Autorité de la concurrence

Distribution en Guyane : le groupe Hayot poursuit ses courses… aidé par l’Autorité de la concurrence

Alors que la vente des deux supermarchés NG Kon Tia est bien en phase 2 d’instruction auprès de l’Autorité de la concurrence, celle ci déclare ne pas être au courant. Après la Martinique, sa décision sera lourde de conséquence.

Bien que l’Autorité de la concurrence soit discrète sur ce sujet, la vente des actifs de la famille NG Kon Tia, les sociétés N Dis pour le supermarché de Cayenne (4000m2) et NG Kon Tia SAS et sa filiale Avenir pour celui de Rémire-Montjoly (2000m2) est bien en phase 2 d’instruction auprès de cette autorité. Pour preuve, l’Autorité a écrit à Système U pour lui demander de prolonger le délais de sortie de son périmètre des supermarchés du groupe NG Kon Tia, le temps qu’elle termine son instruction.

La situation n’est en effet pas banale. L’Autorité de la concurrence a donné à Jan Du, pdg de JKS Finance, l’autorisation de reprendre le Géant de Cayenne à la condition que les supermarchés U du groupe NG Kon Tia perdent cette enseigne au 30 juin 2018, ce qui a été fait, et que Système U n’achète pas ces actifs.

Dès août 2017, le groupe NG Kon Tia a en effet fait savoir à ceux qui pouvait être intéressé, qu’il souhaitait vendre ses deux supermarchés et son activité de gros pour une valeur estimée à 40M€. Avec la décision de l’Autorité du 20 décembre 2017, Système U et son affilié JKS Finance ont donc été de facto mis hors course pour cette reprise. Il reste donc le groupe Bernard Hayot qui a fait un offre. L’offre à 35M€ du groupe Despointes n’a visiblement pas été retenue et le groupe Parfait, adhérent U, ne pouvait pas donner suite.

Approfondir l’instruction

Bien que n’apparaissant pas officiellement comme affaire en cours sur le site de l’Autorité de la concurrence, la phase 1 d’étude a bien été menée puisque les fournisseurs ainsi que les concurrents ont été interrogés par questionnaire interposé, comme le veut l’instruction de ce type de dossier pour des entités dépassant 40M€ de chiffre d’affaires.

Autre élément venant confirmer la phase d’étude auprès de l’Autorité de la concurrence : SCGR, société d’import export mettant sur le marché en Guyane depuis 2014 les produits marque de distributeur Intermarché (Ivoria, Adelie, Chabrior, Fiorini…), a adressé une lettre d’intention pour l’acquisition de la société Avenir au groupe NG Kon Tia qui lui a alors indiqué qu’il ne pouvait donner suite à cette offre, car il était lié juridiquement par celle reçue par le Groupe Bernard Hayot (!), groupe qui nous a confirmé être en phase 2 d’étude. Pourquoi donc ce poker menteur ? L’Autorité de la concurrence nous avait habitué à plus de rectitude…

Quoi qu’il en soit, le dirigeant de la société SCGR insistant, il obtient le 22 août dernier la transmission des éléments financiers pour les société Ndis et Avenir afin qu’il puisse faire une offre globale pour le 4 septembre. Dans les temps, cette offre a été jugée “cohérente et satisfaisante” par le vendeur qui cependant demandait une lettre de confort certifiant que SCGR avait bien la somme proposée sur ses comptes bancaires.

Classiquement, ce genre de document s’obtient des banques par l’acheteur dans deux cas de figure : s’il possède par lui même la surface financière suffisante, ou après la signature d’un compromis de vente, si un ou plusieurs établissements financiers s’engagent auprès de lui pour son achat. La société SCGR ne se trouvant pas dans le premier cas, a donc besoin de signer un compromis de vente pour pouvoir présenter cette lettre de confort réclamée par l’acheteur, et ce, avant le 15 septembre.

Cette attitude paradoxale pourrait être un moyen trouvé pour disqualifier un éventuel acheteur et ainsi boucler l’affaire avec le groupe Hayot qui se retrouverait seul en lice. Si cette transaction se fait en l’état, ce groupe se renforcerait de manière significative dans le paysage de la distribution alimentaire en Guyane, après celui de la Martinique. En effet en Guyane, outre son hypermarché Carrefour à Collery, le groupe possède deux agences de marques : Bamirag et la Somarig. S’il récupère tous les actifs du groupe NG Kon Tia, le nouvel Hyper U de Cayenne se retrouvera pris en sandwich, avec un Hypermarché Carrefour à sa gauche et un grand supermarché Carrefour à sa droite, même si on lui enlève quelques mètres carrés.

En outre, le groupe GBH prendra une option majeure sur l’approvisionnement alimentaire de ses concurrents et du commerce de proximité avec ses deux agences de marques actuelles, dont l’activité sera cumulée avec celle de gros d’NG Kon Tia, fréquentée en majorité par les très petits commerçants. Enfin, l’enseigne Carrefour renforcera sa présence à Rémire-Montjoly qui possède déjà un Carrefour Market exploité par le groupe Safo-Despointes, sur La Matourienne.

Tous les segments se battent entre eux outre-mer

L’Autorité de la concurrence envisagerait d’entériner un tel choix au motif que les hypermarchés ne se concurrencent qu’entre eux, que leur présence n’affecteraient même pas les supermarchés et encore moins le petit commerce comme l’a expliqué sur les ondes de RCI Martinique Etienne Chantrel, responsable des concentrations dans cette organisme. Si cette situation se vérifie sur le continent, elle est exactement l’inverse dans des territoires comme la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane.

Pour preuve, pour le nouveau Euromarché du Robert, le groupe GBH explique lui même qu’il table en semaine sur une fréquentation de proximité venant des habitants des cités voisines, avec un panier moyen faible, une situation qui mettra cet hypermarché en concurrence directe avec le petit commerce et le supermarché avoisinants. Dans ce territoire, depuis l’installation de l’hypermarché Géant, au Robert, les indépendants exploitants des supermarchés dans le coin ont disparu, notamment les Madimarché du Robert, de Trinité et du Gros-Morne, tous devenus des Carrefour Market exploités par le groupe Safo-Despointes, qui, de cette manière, ne disparaissait pas de cette partie de l’île.

Autre exemple, en Guyane, plus précisément à Kourou : durant les huit derniers mois, cinq commerces de proximité tenus par des personnes d’origine asiatique ont fermé, ce qui ne s’était jamais produit jusqu’alors dans ce pays où la distribution alimentaire était principalement réalisée dans ce type de commerce avant l’arrivée des grandes surfaces. Durant les deux dernières années, des supermarchés se sont développés dans le centre de cette commune du littéral où les transports sont peu développés, et où une majorité de personnes vont faire leurs courses à pied. Ce sont notamment un Leader Price et un Super U. Rappelons en outre qu’après les événements de 2009, les représentants de ce commerce de proximité ont batailler pour obtenir de pouvoir bénéficier des produits promotionnels vendus en grandes surfaces, tentant ainsi de desserrer l’étau d’un commerce de gros castrateur et pour conserver une certaine compétitivité face à la vague du commerce organisé.

En matière alimentaire, les décisions récentes de l’Autorité de la concurrence montrent la limite de l’exercice consistant à appliquer des règles continentales à des îles ou à des territoires en phase d’organisation. Ces décisions interpellent d’autant que le gouvernement a demandé en juin dernier à l’Autorité de la Concurrence de se pencher de nouveau sur la vie chère outre-mer pour comprendre son mécanisme qui n’a pas été démonté après les événements de 2009 qui avaient pourtant cette revendication pour socle. En effet, permettre à des opérateurs de demeurer encore présents à la fois en amont et en aval de la distribution, -situation qui a disparu depuis longtemps sur le continent-, en leur demandant juste de s’automodérer dans leurs pratiques, n’est pas le signe d’une juste appréciation de la situation de la distribution alimentaire outre-mer. Tout comme ne l’est pas le fait de créer une illusion de concurrence avec une enseigne sortie du passée, sans stratégie commerciale derrière.

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