Stratégie

Commission interportuaire : la feuille de route est enfin née

Commission interportuaire : la feuille de route est enfin née

Elle définit quatre axes opérationnels de travail applicables dès 2020.

Depuis la première réunion du conseil de coordination interportuaire Antilles Guyane (CCIAG) en 2016, une traduction opérationnelle d’une stratégie concertée des trois Grands ports maritimes de Guadeloupe, de Guyane et de Martinique était très attendue. Emmanuel Berthier, directeur général des outre-mer au ministère des Outre-mer, qui préside le CCIAG, avait demandé aux trois présidents de directoire de produire, pour le dernier trimestre 2019, un document de coordination qui soit le plus fouillé possible. Il est fin prêt. Ce document de coordination pose les axes stratégiques du développement portuaire des Antilles-Guyane. Le document définitif a été validé par les conseils de surveillance des Grands ports maritimes de Martinique et de Guyane. La validation par celui de la Guadeloupe est reportée du fait du départ précipité du président du directoire de ce grand port. Il devrait l’être tout début 2020 pour la tenue d’un nouveau conseil de coordination interportuaire lançant cette stratégie en février 2020.

Une stratégie en trois axes

Le document validé s’articule autour de trois axes. Le premier concerne la coordination du développement en matière de trafic conteneurs, de cabotage, pour la croisière et la réparation de yachts. En effet, si chacun des grands ports va continuer à développer sa stratégie d’investissement au regard des besoins de son territoire, il est expressément acté que les investissements concernant les domaines précités devront se faire en coordination, c’est-à-dire qu’il n’est plus question que les ports rentrent en compétition pour obtenir des infrastructures identiques : les trois ports doivent désormais se spécialiser à partir de leurs points forts, afin de construire une offre complémentaire pour leurs clients qui, souvent, sont les mêmes.

Le deuxième axe, complémentaire au premier, concerne la coopération dans le déploiement des stratégies promotionnelles, voire commerciales. Une marque commune va être créée pour les offres concernant la croisière et le transbordement entre les ports de la Martinique et celui de la Guadeloupe. C’est cette marque commune qui sera mise en avant lors des salons et dans la relation avec les clients. L’étape suivante sera de définir une stratégie commerciale commune.

Réponses communes

Le troisième axe est d’apporter une réponse cohérente commune sur les grands sujets tels la transition énergétique, la pollution marine, la gestion des fonds marins, les problèmes climatiques, etc. Ici aussi, il s’agit de travailler sur les forces de chacun : chaque sujet sera porté par les équipes des ports qui seront les plus en pointe.

Le quatrième axe, et non des moindres, est la mise en réseau des métiers. L’objectif est clairement la mutualisation en matière de dépenses et une réponse commune en matière de règlement général sur la protection des données (RGPD), de qualité, d’achats, etc. Auparavant, cette approche était évoquée ; maintenant, à travers ce document de coordination validé, elle devient opérationnelle.

Un travail commun est même porté avec les autorités portuaires de la Caraïbe, notamment le Caribbean Shipping Association, la Port Management Association of the Caribbean (PMAC), pour la création d’un observatoire économique. Ce projet, financé par les fonds Interreg Caraïbe, vise à partager les données sur le trafic et à suivre le business dans la zone.

Feuille de route opérationnelle

L’objectif est donc clairement d’aligner les pratiques, de faire vivre ce fameux marché commun des Antilles et de la Guyane avec des résultats visibles.

Avec cette feuille de route opérationnelle, l’État veut que les trois ports des Antilles-Guyane, et singulièrement ceux de la Martinique et de la Guadeloupe, sortent de la guerre fratricide à laquelle ils se livrent depuis de nombreuses années. L’heure est aujourd’hui à la construction d’une stratégie commune pour rendre rentables les investissements colossaux réalisés qui, pour l’heure, servent principalement à l’approvisionnement des populations locales. Or, seule celle de la Guyane augmente, la Martinique et la Guadeloupe étant clairement en perte d’habitants.

Les deux sources de revenus potentiels pour rentabiliser les investissements sont la croisière et le transbordement. Dans les deux cas, les Antilles françaises ambitionnent de se positionner sur des routes maritimes afin de devenir des points de passage appréciés de leurs clients pour la qualité de leurs infrastructures et du service rendu, notamment en termes de foncier aménagé disponible dans les arrière-ports pour densifier le business.

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