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ÉVENEMENT

Colloque économique Rémy Nainsouta : c’est possible de débloquer les trésors des territoires !

Colloque économique Rémy Nainsouta : c’est possible de débloquer les trésors des territoires !

Avec les étudiants de l’IUT de Saint-Claude, les réponses du secteur économique.

Le 18 octobre dernier, très précisément 73 ans jour pour jour après que Rémy Nainsouta ait prononcé sa “causerie” sur Radio Guadeloupe sur les “Trésors bloqués de la Guadeloupe”, les acteurs économiques des Antilles-Guyane ont revisité les thèmes qu’il avait abordés. La qualité de l’air, l’énergie, l’eau, le tourisme, la connectivité par le ciel et par la mer, etc., tous ont joué le jeu de mettre en perspective leurs actions d’aujourd’hui avec la pensée économique de ce grand homme mort voilà 50 ans.

Les étudiants de l’IUT de Saint-Claude ont également pris très au sérieux l’exercice de redire, avec leurs mots, la pensée de Rémy Nainsouta sous forme de minisketches avant chaque panel. Ils sont ensuite demeurés attentifs tout au long de la journée pour restituer les idées-forces à Élie Califer, vice-président du Conseil départemental. Ce texte, véritable vision du secteur privé pour un meilleur développement de la Guadeloupe, fera l’objet d’une remise officielle de la présidente du Conseil départemental avec les étudiants lors du prochain Congrès des élus de la Guadeloupe.

Pour tous les intervenants, cet exercice a été salutaire, tant ils sont principalement dans l’urgence de l’action immédiate. Prendre le temps de la réflexion dans un temps contraint (15 minutes), et entendre les préoccupations d’autres secteurs d’activité, ce qui n’est pas fréquent, tant les uns et les autres ne parlent qu’entre eux, a été à leur dire, une expérience intéressante de nature à élargir leur vision.

C’était en effet cela l’objectif second de ce premier Colloque économique Rémy Nainsouta : créer un espace où, loin des passions et des bagarres d’ego, les acteurs peuvent imaginer ensemble un destin commun. Ici aussi, objectif atteint.

Voilà le fruit de ces échanges. À continuer !

 

> Débloquer les Trésors dans le domaine de la qualité l’air est possible :

– Le principe : tout le monde doit pouvoir respirer un air de qualité et chacun est responsable de cette qualité.

– Les sources qui polluent l’air sont naturelles : les brumes de sable qui viennent d’Afrique, désormais tout au long de l’année ; les cendres volcaniques du volcan et des îles voisines ; les sargasses produisant de l’hydrogène sulfuré et de l’ammoniac). Elles sont aussi humaines : pollutions énergétiques, du trafic routier.

La diminution de la pollution de l’air passe :

– par des actions individuelles, en faisant des gestes simples : éteindre la télé, les pièces en sortant, les matériels électroniques non utilisés, en favorisant les déplacements par des moyens de transport propres, en gérant les déchets verts (bannir les boucans), en respectant les limitations de vitesse, etc. Pour les industriels, en arrosant les carrières pour éviter la propagation des poussières, en bâchant les camions transportant des matériaux, en équipant leur cheminée de filtres retenant les particules.

– par des actions collectives : par le déploiement de plans de protection de l’atmosphère comportant des actions pour les entreprises et les collectivités, comme l’installation d’aires de livraison dans les centres-villes.

  

> Débloquer les Trésors dans le domaine de la connectivité dans la Caraïbe est possible :

– Que l’aviation civile accompagne de manière plus active les compagnies aériennes régionales, singulièrement Caire (Air Antilles Express, Air Guyane Express), dans leurs discussions avec les aviations civiles de la zone caraïbe pour favoriser le déploiement harmonieux de lignes. Que ses services centraux nationaux mettent à leur agenda la négociation d’accords avec les États voisins.

– Que l’ambassadeur français à Sainte-Lucie poursuive son action d’introduction dans le Caricom, l’OECS et l’AEC afin que les relations d’État nouées aboutissent à des accords techniques durables et sûrs pour les passagers et équitables pour les opérateurs aériens.

– Que le dossier des droits de trafic dans la zone soit porté au niveau de l’Union européenne et des instances américaines afin que le ciel de cette partie du monde soit enfin ouvert.

– Que nos jeunes soient formés dans tous les métiers de l’aéronautique (techniciens aéronautiques, pilotes…) parce que le trafic se développe dans la zone et tout faire pour les garder en favorisant de développement de lignes.

– Que soient mis en œuvre de véritables plans d’action internationaux pour avoir un contrôle technique conjoint sur les compagnies aériennes régionales, et avec les USA afin que nos compagnies locales soient traitées sur un pied d’égalité, aussi bien en matière de sécurité que de sûreté.

– Que les collectivités locales majeures accompagnent de manière concertée ce mouvement de coopération aérienne. L’objectif doit être la pérennité.

– Avoir une politique volontariste pour aller chercher des compagnies et des opérateurs.

 

> Débloquer les Trésors dans le domaine de l’énergie est possible :

– L’énergie est la pierre angulaire pour atteindre le 0 carbone.

– Les territoires doivent mieux assurer leur transition énergétique en maîtrisant leur consommation d’électricité (chaque geste compte), en développant les énergies renouvelables dans le mix énergétique, et d’autres formes de mobilité non liée au fuel.

– Les décideurs politiques doivent mener un lobbying actif auprès des instances françaises (Bercy, Direction générale de l’énergie et du climat, Commission de régulation de l’énergie…) pour être informés avant les prises de décision, afin qu’elles tiennent compte des réels besoins des territoires.

– Les aides de l’État pour accompagner le déploiement des énergies renouvelables dans ces territoires, nécessaires pour l’équilibre des projets, soient sanctuarisés.

 

> Débloquer les Trésors dans le BTP est possible :

– Revisiter les normes européennes pour les rendre moins vulnérables, créer des normes de construction tropicales pour la zone caraïbe (projet Batisolid).

– Créer une filière de matériaux spécifiques.

– Prendre en compte de la sinistralité récurrente dans la zone (vieillissement plus rapide) et exceptionnelle (événements climatiques).

– Prendre conscience de l’impact sur la structure sociale des événements climatiques (perte massive d’habitants et de PIB).

– Tirer les leçons des expériences climatiques précédentes, faire un diagnostic du bâti actuel (activer véritablement le plan séisme), être réaliste quant aux surcoûts, que chaque acteur de la chaîne de valeur fasse preuve de responsabilité (que chaque acteur accepte la règle et l’enjeu de la montée en gamme de nos territoires à des coûts raisonnables), la prise de conscience de chacun des enjeux de coûts contraints, d’entretien et de confort pour les occupants.

– Travailler avec les instances techniques (CSTB) pour réévaluer les vitesses de vent, ainsi qu’avec les assureurs.

– Déployer une feuille de route dont l’objectif est de protéger les populations : sa vitesse d’exécution dépend de l’engagement des collectivités et des acteurs ressources.

– Dans la zone, sortir du principe d’entraide pour entrer dans ceux de la coopération et de l’anticipation.

 

> Débloquer les Trésors dans le domaine de l’eau est possible :

– Le principe : tout le monde doit disposer d’une eau de qualité. C’est une mission de service public central.

– Que tous les acteurs fassent preuve d’intelligence collective.

– Que la transparence soit totale sur les coûts de production, de gestion et de distribution et d’assainissement de l’eau afin que chacun en connaisse les enjeux.

– Rétablir la confiance avec les usagers

– Créer une structure vraiment unique de la gestion au 1er janvier 2020.

– Tendre vers un prix unique de l’eau

– Que chacun paye ses factures.

– Que l’équité territoriale soit respectée en prenant en compte la situation des îles.

 

> Débloquer les Trésors dans le domaine du thermalisme est possible :

– Le thermalisme peut se décliner de trois manières : un établissement conventionné proposant des soins remboursés par la Sécurité sociale, un établissement non conventionné, ou encore un centre de remise en forme/spa qui propose des soins individuels et récréatifs.

– Matouba dispose d’eaux chaudes très soufrées bénéfiques en rhumatologie, dermatologie, pour les maladies des voies respiratoires. Recréer un établissement de soin sur la commune de Saint-Claude est donc possible grâce à cette eau naturellement sulfatée, à son débit de 40 à 60 /minute en fonction de la pluviométrie et à sa température de 59 °C, des caractéristiques idéales pour ces soins.

– Pour que cette création soit rentable, il faut tenir compte des contraintes : l’obtention d’un agrément (la procédure administrative est longue et coûteuse, mais c’est possible), disposer d’un environnement de qualité (aménagement paysagé labélisé centre thermal, transports publics, de tri des déchets, maîtrise de l’assainissement…), disposer d’une structure d’hébergement touristique, d’animations culturelles, sportives, commerciales…

– Pour qu’un tel projet voie le jour, prévoir un pilotage administratif, financier et technique ainsi qu’une gestion du personnel qui doit être compétent et bien formé.

 

> Débloquer les Trésors dans le domaine des sols et des sous-sols est possible :

– Que les territoires d’outre-mer ne soient plus des territoires d’exportation pour les surplus des productions européennes : sans aides et tarifs spéciaux, il est économiquement impossible que des productions sorties abattoirs à 0,90 en France, en Belgique et aux Pays-Bas se vendent à 0,99 le kilo en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane alors qu’elles doivent supporter des coûts de logistique et les marges des intermédiaires ! Si pour la viande fraîche, la production locale couvre les besoins à quasiment 90 % quelles que soient les viandes tout en ne représentant que 20 à 30 % de la consommation locale totale, les marchés du surgelé et des produits transformés sont dominés par l’importation de produits de piètre qualité vendus par la grande distribution. Résultat : les Antillo-Guyanais sont aujourd’hui des mangeurs de poulet (35 kg/an) au même rang que les Américains (45 kg/an) alors que la consommation moyenne nationale est de 25 kg/an. Cet apport massif de viande de volaille à bas prix empêche la vente des autres viandes.

– La souveraineté alimentaire doit devenir un enjeu politique : pour produire, il faut des débouchés, c’est-à-dire des contrats avec les collectivités, la distribution, les bouchers, la restauration collective…

Comme dit le Dr Henri Joseph, il faut :

– Tout produire localement – il est possible de ne rien importer.

– Développer les actifs puisés dans la biodiversité (3827 espèces de plantes ne demandent qu’à être utilisées).

– Revenir à la tradition en innovant et en la modernisant.

– Produire des produits phytosymbiothiques, c’est-à-dire en symbiose avec le cycle de la vie en se basant sur les principes naturels pour épurer, régénérer, fertiliser et produire.         

 

> Débloquer les Trésors dans le tourisme est possible :

– Internet a mis nos territoires à la portée du monde : le choix se fait en un clic. Le client a repris la main et il n’y a plus d’intermédiaires entre la destination et lui.

– Grâce à la data et l’intelligence artificielle, l’intérêt des clients pour les territoires est visible et poussent les opérateurs (compagnies aériennes, hôteliers, Airbnb…) à se positionner.

– Pour être choisies, les destinations doivent faire rêver et respecter le contrat (rapport qualité/prestations/prix) proposé au client (vol, hébergement, locations diverses…).

Aujourd’hui, la Guadeloupe récolte les fruits d’une politique menée depuis 10 ans qu’il faut poursuivre, à savoir :

– Développer l’attention au client : 69 % d’entre eux reviennent en Guadeloupe (ils étaient 54 % en 2011).

– Développer les trésors culturels : 20 % des touristes ont visité en 2018 de Mémorial Acte et 17 % visitent la Basse-Terre contre 13 % en 2017.

– Que chacun réalise que le tourisme est un destin commun.

– Que chacun apporte sa pierre à l’édifice avec sincérité : nous sortons du monde des choses fausses.

 

> Débloquer les Trésors dans le domaine des transports maritimes est possible :

– En arrêtant la stratégie séparatiste historiquement voulue : coordonner les investissements en travaillant sur les forces des Grands ports maritimes (GPM) de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane.

– En coordonnant le développement en matière de trafic conteneurs, de cabotage, pour la croisière et la réparation de yachts.

– En déployant des stratégies promotionnelles, voire commerciales, communes entre les GPM à travers une marque commune. L’objectif est d’avoir des stratégies communes vers les compagnies maritimes, pour être moins tributaires de leurs uniques choix.

– En mettant en réseau les métiers portuaires, à savoir la mutualisation des dépenses générales, ceux en matière de règlement général sur la protection des données (RGPD), de qualité, etc.

– En créant un observatoire économique commun avec les autres ports de la Caraïbe.

 

> Débloquer les Trésors dans le domaine de la coopération est possible :

– En ayant une action volontariste d’intégration des territoires dans leur environnement, même si les contraintes ne peuvent être ignorées. Elles sont en effet multiples. Trois organisations regroupent les pays de la Caraïbe : AEC et OECO, dont la Guadeloupe et la Martinique sont membres associés, et le Caricom, dont la Guadeloupe et la Martinique de sont pas membres. Les négociations débutées en 2012 n’ont toujours pas abouti. Le Caricom est l’équivalent de l’Union européenne pour la Caraïbe : c’est dans cette instance que les stratégies et décisions se prennent. Autre contrainte : la fragmentation politique où des monarchies, des républiques et des départements se côtoient. La multiplicité des langues : l’anglais, l’espagnol, le créole, le français. Des différences de niveau de développement : des émergents comme la République dominicaine, des pays pauvres (Haïti…). Des difficultés de connectivité aérienne, maritime (absence de cabotage). Les atouts : 11 millions de personnes qui parlent français et une envie de France depuis que la France a porté les problématiques des îles face aux problèmes climatiques à la Cop 21.

– Faire revenir la France au capital de la Banque de développement des Caraïbes : sans ce retour, les dossiers des opérateurs français de la Caraïbe ne sont même pas ouverts lors des appels d’offres.

– Imaginer un cadre afin que les grands groupes français fassent appel aux entreprises françaises locales quand ils remportent des marchés dans la zone.

– Déployez les outils financiers spécifiques (Interreg Caraïbe, Fonds de coopération régionale, fonds AFD…) et les axes (risques naturels, santé, environnement, capital humain, plus spécifiquement sur les thématiques de mobilité et langues).

> Débloquer les Trésors de la Guadeloupe dans le domaine du financement, c’est possible :

– La Caisse des Dépôts et la Banque des Territoires peuvent accompagner, mais elles ne prendront aucun risque question conformité et l’emprunteur devra avoir des capacités de remboursement.

– Elles prendront des participations minoritaires au capital des entreprises privées à la condition que ces dernières soient transparentes quand à l’origine des fonds et sur leur gestion.

 

 

UDE-MEdef : s’engager !

“Les entreprises se veulent coresponsables du développement de la Guadeloupe. Elles considèrent que l’économie n’est pas une fin en soi, mais un moyen incontournable pour assurer le bien-être de

“l’homo économicus guadeloupéen”. Nous avons des atouts que nous négligeons trop. Nous avons des réussites que nous ignorons trop. Pour être de vrais bâtisseurs d’avenir, nous devons lever les blocages par trois maîtres mots : Rupture, Autonomie, Union. (…)

Rupture avec une attitude, sans doute issue de la période coloniale, qui nous conduit à considérer que tout est dû par la métropole, que l’État est responsable de toutes choses, que seul le gouvernement peut résoudre nos problèmes dont nous ne sommes en rien responsables. (…)

Autonomie : Il nous appartient, à chacun et tous, de réaliser notre destinée individuelle et commune. (…)

Union : seul, le secteur des entreprises ne peut tout faire. (…)

C’est ensemble, tous ensemble que nous réussirons pour le bien commun, le bien de chacun. (….)

Il ne peut exister de développement durable sans gouvernance locale responsable et performante.”

 

 

 

INSEE : vigilance !

En 2018, le produit intérieur brut de la Guadeloupe est de 24 077 par habitant (+1,5 %/2017). Malgré une baisse de la population (0,5 %/an), la consommation des ménages progresse (+2 %) mais le taux de chômage demeure élevé (23 %). L’investissement public et privé a été soutenu (+6,4 %). L’embellie a donc été réelle en 2018. Sur le premier semestre 2019, les mises en chantier (-4,7 %) et la fréquentation touristique (-10 %) marquent le pas. La vigilance est donc indispensable.

 

 

Navi Radjou

Grand de cette journée de travaux, Navi Radjou a animé une conférence sur l’innovation frugale. Grâce aux moyens technique d’Orange Caraïbes pour la transmission et des Cinémas Elysé(Madiana en Martinique, Agora en Guyane), elle a été retransmise simultanément dans ces deux territoires.

En prenant des exemples concrets, Navi Radjou à fait la démonstration que la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane sont des territoires créatifs, qu’ils peuvent faire mieux avec moins et qu’ils peuvent faire beaucoup avec ce qu’ils ont. une pensée en droite file avec celle de Rémy Nainsouta.

Toutes les présentations sont disponibles sur www.interentreprises.com

 

 

 

Nos partenaires

Avec le Comité commémoratif Rémy Nainsouta, remerciements sincères à : Conseil Départemental de Guadeloupe, Orange Caraïbes, CDC/Banque des territoires,  Conseil régional de Guadeloupe, Matouba, VolcanoPark.

Remerciement également à nos prestataires : Coralie Plantis (assistance, Zeste de Com), Guillaume Aricique (photographe, Happy Shine), Renée BTR (traiteur), Optimum (hôtesses), Chapitente (mobilier).

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