Vision

Assister les proches aidants aux Antilles et en Guyane : Anaais propose une solution

Assister les proches aidants aux Antilles et en Guyane : Anaais propose une solution

Une expérimentation en Guadeloupe qui intéresse au-delà des frontières.

Cette expérimentation a débuté en Guadeloupe : “Il existe plus de 100 associations tournées vers l’accompagnement des personnes malades dans le territoire, mais aucune ne propose de solution pour aider les personnes aidantes à prendre un peu de repos. Or, l’épuisement des aidants n’est pas une vue de l’esprit”, explique Jean Sabin, président de l’Association Aidons nos Aînés et nos Aidants (A3A). A3A propose un service innovant de répit de courte durée à domicile aux proches aidants et aux personnes en perte d’autonomie. Ce service s’inspire du modèle du baluchonnage créé en 1999 au Québec. Le “baluchonage” est un dispositif permettant aux proches aidants de prendre quelques jours de répit. Ils sont ainsi relayés par des professionnels, les baluchonneurs, qui viennent au domicile avec leur propre baluchon.

En France, 54 départements expérimentent ce type de service grâce à la loi pour un État au service d’une société de confiance (ESSOC), pour permettre à des personnes de demeurer de trois à six jours à domicile en répit de longue durée”, détaille Jean Sabin. Mais pour le répit de courte durée, aucune offre n’existe : “La difficulté vient du fait que la plupart des associations qui proposent l’accompagnement aux familles fonctionnent avec des salariés en insertion pour lesquels elles touchent des subventions et qui ont des horaires de travail. Or, les proches aidants ne peuvent pas planifier leur épuisement. D’où l’idée de nous appuyer sur des autoentrepreneurs reliés à une structure connue et ayant un capital confiance de 99 % de la population, à savoir les pompiers volontaires”, précise-t-il. Selon lui, être face à des personnes en perte d’autonomie à aider ou en fin de vie à assister demande des capacités à gérer les émotions, à être créatif, imaginatif, réactif, proactif pour trouver des solutions en cas de problème : les pompiers volontaires ont toutes ces compétences.

Les pompiers volontaires dans la boucle

Nous avons alors conventionné avec le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) afin que les pompiers volontaires intéressés puissent devenir des autoentrepreneurs-relayeurs partenaires occasionnels et intervenir à la demande des familles inscrites sur notre plate-forme. Nous nous chargeons de la partie administrative pour la création de leur entreprise en tant qu’autoentrepreneurs. Ils ont ainsi la capacité de se positionner s’ils le souhaitent sur des prestations d’aide de courte durée et ils peuvent éditer leurs factures à destination des familles.”

L’association A3A a ensuite fait référencer son service par l’Agence régionale de santé (ARS) et la Sécurité sociale. Début 2018, la plate-forme Anaais, pour Aidons nos aînés et nos aidants avec l’Internet social, a été déployée par SiaanaTech, une société canadienne, ainsi qu’une application. “Dans notre application, les familles référencées peuvent définir leurs besoins de répit, l’horaire, les services annexes, etc. Dès validation, la demande arrive sur les portables de tous les relayeurs qui peuvent ainsi se positionner. Ils sont alors payés 18€ de l’heure.

Le service a été testé sur la communauté d’agglomération Grand Nord Basse-Terre en Guadeloupe pendant six mois : “Nous avons fait la preuve de l’utilité de notre service puisque nous avons généré 861 heures de répit en 285 missions.”

Droit au répit

Aujourd’hui, le système est en phase de développement : “Avec le Centre communal d’action sociale (CCAS) du Moule, Anaais est mis à disposition des familles, qui reçoivent un crédit d’heures d’une valeur de 500€ pour bénéficier de 28 heures de répit. Nous souhaitons maintenant proposer notre service adossé aux 1200 pompiers volontaires de Guadeloupe à toutes les associations, mutuelles, etc., qui ont des familles à aider. Par exemple, ce sont les associations Air Service, Garde et Ménage ou La Providence en Guadeloupe.” Ces associations peuvent souscrire des licences auprès de SiaanaTech et signer un contrat d’aide à la gestion avec A3A.

La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie gère en outre un droit au répit pour les proches aidants institué en décembre 2015 sous forme d’une aide d’un montant de 509,76€ par famille pour les personnes percevant l’allocation personnalisée d’autonomie (APA). Cette prestation devrait être reversée par les collectivités territoriales ou les conseils départementaux qui, jusqu’alors, n’avaient aucune solution à leur disposition. En Guadeloupe, 8000 personnes ont droit à cette aide. En Martinique, l’Insee estime que 13 530 personnes âgées de 75 ans et plus seraient en situation de dépendance et donc pourraient percevoir cette aide. Elles sont au moins 3000 en Guyane.

Une expérimentation suivie au Québec

Le dispositif Anaais a été évalué par des chercheurs de l’université de Sherbrooke. Il s’agit de Véronique Provencher, chercheuse au centre de recherche sur le vieillissement du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie-CHUS, professeure à l’école de réadaptation de l’université de Sherbrooke, et de Maude Viens, candidate au doctorat recherche en sciences de la santé à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’université de Sherbrooke, Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie. Cette évaluation doit faire l’objet d’un prochain article scientifique dans la revue Gérontologie et Société de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) avec comme titre “Répit à la demande pour proches aidants en Guadeloupe”.
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