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Système bancaire en Guadeloupe et en Martinique : le roi est nu !

Système bancaire en Guadeloupe et en Martinique : le roi est nu !

L’Institut d’émission explique pour la première fois les causes et les conséquences de la fragilité.

L’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) vient de sortir une note qui jette un éclairage sur un système bancaire de Martinique et de Guadeloupe qui, jusqu’alors, préférait le clair-obscur. En 1999, dans l’un des premiers numéros d’Inter-Entreprises, nous avions souhaité faire une enquête sur la conséquence des 55 jours de grève qui avaient paralysé le système bancaire de Martinique en 1995 : une fin de non-recevoir nous avait été opposée, considérant qu’il n’y avait rien à voir ! Aucune conséquence donc, même pas mal après cet arrêt historique d’activité de longue durée ! Eh bien, à la lecture de cette note, on comprend que le déclin a débuté ces années-là.

Ainsi, cette note révèle que les banques locales sont soumises aux mêmes conditions juridiques et de marché que leurs consœurs de France continentale. À savoir, avoir des ratios prudentiels aussi remarquables que ceux de leurs collègues sur le continent : l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) veille, et son bras ne tremble pas. Être implanté outre-mer n’entraîne aucun passe-droit ! Cette position stricte explique la disparition de nombreuses mutuelles et de récents rapprochements (voir encadré).

 

Contraintes particulières

La seconde contrainte commune avec leurs collègues continentaux : les taux d’intérêt historiquement bas depuis 2018. Du jamais-vu sur une telle durée et, avec la crise sanitaire, rien ne laisse présager un début de remontée. Un contributeur important du produit net bancaire (PNB) des établissements financiers a donc quasi disparu. Parallèlement, les banques ne peuvent plus se “refaire” avec les taux de commission appliqués à leurs services : le législateur les a eux aussi restreints depuis 2014, notamment pour les particuliers en situation de fragilité financière qui sont le véritable fonds de commerce des banques.

Les banques antillaises ont en plus des contraintes particulières : étroitesse des marchés, une poignée d’acteurs dominants, ce qui entraîne une “bagarre de chiens” entre elles pour capter leurs flux et dégrade l’activité en raison d’une clientèle fragile importante, d’une population vieillissante et du nombre de foyers vivant avec les minimas sociaux, etc. Résultat : sur 19 établissements financiers, les trois premiers concentrent plus de 38 % des crédits sur la Martinique et la Guadeloupe. Plus précisément, les trois premiers établissements concentrent 48 % des crédits en Guadeloupe et 46 % en Martinique. Par ricochet, huit établissements détiennent des parts de marché inférieures à 3 % : trop peu pour faire face durablement aux charges fixes.

 

Restructuration en chaîne

Au niveau de la collecte des flux financiers, la concentration est encore plus forte : les trois premiers établissements totalisent 46 % des dépôts dans les deux territoires. En distinguant les deux marchés, la part de marché des trois majors atteint 56 % tant en Martinique qu’en Guadeloupe !

Conséquence : durant les six dernières années, des restructurations, fusions, rachats, absorptions et intégrations se sont produits. Le mouvement n’est pas achevé : il s’entend de manière de plus en plus audible qu’il y a trop de banques aux Antilles pour des marchés si étroits, et que celles qui s’en sortent le mieux sont celles qui ont une vision interrégionale, alors que jusqu’alors chaque territoire avait son organisation propre, ne voulant absolument pas mutualiser avec le territoire voisin et rien ne l’incitait à le faire. Or, aujourd’hui, les banques locales qui se portent le mieux en Guadeloupe et en Martinique sont celles qui ont mutualisé leur back-office entre les territoires français d’Amérique, voire qui l’ont fait remonter au national et qui ont des implantations en Guyane, qui est le marché moteur du moment.

Celles qui se portent le mieux sont aussi celles qui ont rationalisé leur réseau d’agences en trouvant un mix gagnant entre libre-service bancaire, présentiel et banque en ligne ; ce sont celles qui ont réduit leurs effectifs et qui diversifient leurs ressources avec de nouveaux métiers (assurance, gestion de patrimoine…) et la vente de nouveaux produits (télésurveillance, téléphonie mobile, fixe, Internet, télévision…). La “banque à la grand-papa” est définitivement morte en Martinique et en Guadeloupe !

 

Les rapprochements

– 2014 : fusion Somafi-Soguafi.

– 2015 : absorption de BFC par LCL ; rachat de la BDAF par la Cepac ; absorption du Crédit maritime par la Bred.

– 2016 : absorption de la BDAF par la Cepac ; fusion des filiales BNP Paribas Martinique, Guadeloupe, Guyane.

– 2019 : intégration du Crédit mutuel Antilles-Guyane au Crédit mutuel Alliance fédérale.

– 2020 : rachat de Société générale Antilles par My Money Bank.

 

L’échantillon de l’Iedom

Banque française commerciale des Antilles-Guyane (BFC-AG), filiale de LCI, Banque des Antilles françaises (BDAF), BNP Paribas AG, BNP Paribas Guadeloupe, BRED, CEPAC, Caisse régionale du Crédit Agricole Mutuel Guadeloupe (CRCAMG), Caisse régionale du Crédit agricole mutuel Martinique-Guyane (CRCAMMG), Caisse régionale de crédit maritime mutuel d’outre mer (CRCMMOM), Caisse fédérale du Crédit Mutuel Antilles-Guyane (FCMAG), LCL, Banque des Caraïbes.

 

 

 

 

 

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