Entretien

Ronan Peron et Gilles Ferranti : “Pour les investisseurs, nos marchés ne sont plus atypiques !”

Ronan Peron et Gilles Ferranti : “Pour les investisseurs, nos marchés ne sont plus atypiques !”

Le tandem de MC3 a transformé une entreprise locale en leader incontesté de la distribution des produits informatiques dans les DOM-COM et 40 pays émergents.

Qui est MC3 ?

Gilles Ferranti : MC3 est un distributeur de référence en matière de produits des technologies de l’information dans plus de 40 pays. Nous avons débuté aux Antilles françaises voilà 25 ans et nous vendons aujourd’hui à travers nos vingt agences locales qui animent un réseau de 3700 revendeurs qui peuvent être de grosses SS2I, la distribution, etc. Nous ne sommes jamais en contact direct avec le client final. Notre ADN est d’être au plus près de nos clients revendeurs dans tous les territoires où nous sommes implantés, principalement des pays émergents où les grandes plates-formes internationales ne distribuent pas.

 

Comment se porte vos marchés ?

Gilles Ferranti : Nos marchés vivent de grandes révolutions. Par exemple, celui de l’impression est en train de changer radicalement de business model. Jusqu’alors, le matériel ne coûtait pas cher à l’achat et les fabricants se rattrapaient sur le prix des cartouches. Depuis deux ans sont apparus les EcoTank lancés par Epson, des imprimantes ayant des réserves qui donnent jusqu’à deux ans d’autonomie. Ce segment ne représente aujourd’hui que 5 à 8 % du marché : il va progresser parce que les produits sont plus écologiques, plus économes. Nous devons nous y préparer.

 

Ronan Peron : En matière de logiciels, les grands éditeurs que sont Microsoft, Adobe, Symantec sont en train d’abandonner le principe de la licence perpétuelle avec des mises à jour. Depuis deux ans, le concept de commercialisation a complètement changé : désormais, vous achetez des souscriptions pour des usages, pour un nombre d’utilisateurs et pour un certain nombre d’options, et tout cela dans le cloud. Nous, distributeurs, avons dû changer nos manières de faire : fini le stockage, nous sommes passés à de la vente complètement dématérialisée, à de la communication directe, de la facturation à l’usage, etc.

Cette vente transfrontalière fait que nous pouvons nous retrouver en concurrence avec des sociétés américaines, européennes ou autres. C’est notre omniprésence sur le terrain qui fait la différence.

Cette dématérialisation du business va s’intensifiant : par exemple, en 2021, 100 % de la commercialisation chez Microsoft se fera à partir du cloud. Pour accompagner ce mouvement, nous avons créé MC3 Cloud que nous avons installé à Maurice, parce que l’île Maurice a déjà passé un certain nombre de conventions fiscales avec beaucoup de pays où nous exerçons, notamment sur l’Afrique, ce qui lui permet de récupérer l’équivalent de la TVA sur ces produits dématérialisés. Cette filiale va ainsi s’occuper de la commercialisation et de la facturation pour l’ensemble de nos implantations.

 

Gilles Ferranti : Tous nos produits se retrouvent donc sur une marketplace qui est en capacité de délivrer de manière instantanée les produits souhaités par nos clients revendeurs. Nous avons des spécialistes derrière cette marketplace multipays, multidevise, multilingue. En outre, le suivi téléphonique de nos clients se fera sur une large amplitude horaire grâce à nos implantations dans de nombreux fuseaux horaires.

 

Comment MC3 a-t-il vécu le premier confinement ?

Ronan Peron : La crise sanitaire nous concerne dans beaucoup de territoires. Nous avons dû nous adapter et, avec le confinement, c’était particulièrement compliqué. En revanche, dans les DOM-COM, avec le développement du télétravail, notre activité a progressé de 20 % car il fallait équiper en ordinateurs portables, en tablettes, etc., les collaborateurs qui devaient travailler à la maison.

 

Vous venez de procéder à un LBO au sein de MC3, pourquoi l’avoir fait ?

Ronan Peron : En 25 ans, c’est notre troisième augmentation de capital et notre deuxième LBO avec intervention d’un fonds. Les deux premières opérations étaient destinées à accompagner notre croissance : elle a été soutenue pendant toutes ces années.

 

Gilles Ferranti : Cette fois, ce LBO doit nous permettre d’obtenir les moyens pour financer notre changement d’échelle : c’est maintenant qu’il faut prendre des parts de marché sur ces secteurs émergents. Le fonds Siparex nous aide dans cette phase de croissance.

Il nous a en outre séduits parce qu’il a en son sein un collège d’experts, en particulier en économie numérique, ce qui peut nous être fort utile.

Ce LBO est également particulier parce que Ronan et moi avons tous les deux 55 ans, nous voulons préparer la transmission capitalistique et opérationnelle du groupe.

Nous menons ainsi deux actions parallèles : d’un côté, nous faisons monter au capital de la holding du groupe, à hauteur de 20 %, des managers qui étaient jusqu’alors actionnaires dans les filiales dont ils avaient la charge.

De l’autre, nous simplifions notre organisation en créant une holding de tête appelée MC3 Holding et nous “faisons un peu de ménage” dans l’actionnariat de nos filiales. Auparavant, leur capital était ouvert : nous nous sommes rendu compte que cette approche est un handicap dans une démarche industrielle. Désormais, la holding détient 100 % du capital de nos vingt filiales.

 

Comment avez vous choisi Siparex ?

Gilles Ferranti : Nous avons été accompagnés par Adviso Partner, notre banquier d’affaires. Il nous a permis de sélectionner les fonds, de négocier avec les banques, de rencontrer les fonds, etc., et donc de choisir Siparex.

 

Vous venez donc de boucler votre troisième augmentation de capital avec intervention d’un fonds. Les fonds ont des méthodes d’investigation qui déshabillent littéralement les comptes et les process : est-ce un mal nécessaire que vous maîtrisez ou une opportunité ?

Gilles Ferranti : Honnêtement, c’est une épreuve à chaque fois ! On apprend à chaque fois ! Cela s’explique peut être par le fait que les tickets sont chaque fois plus importants, cette fois, plus de 10 M€. Même si KPMG certifie nos comptes, nous avons en plus fait effectuer un audit très normé par le cabinet Grant Thornton. De son côté, le fonds a effectué lui aussi plusieurs audits très approfondis, juridiques, stratégiques, sur nos marchés, sans que nous le sachions. C’est comme ça !

Ces différentes levées de fonds nous ont conduits à nous structurer : nous avons désormais une équipe de quatre contrôleurs de gestion, animée par un directeur financier, qui nous produit des états financiers mensuels, trimestriels que nous envoyons à nos banquiers, à nos partenaires financiers, aux constructeurs avec lesquels nous travaillons, etc. Nous nous astreignons à les sortir dans les mêmes formats que ceux fournis par les entreprises du CAC 40 : c’est une discipline. Malgré cela, un LBO est tout de même une épreuve pour le chef d’entreprise, jusqu’à la signature finale !

 

Ronan Peron : C’était d’autant plus une épreuve que notre opération se passait durant la période de la crise sanitaire. Pendant tout ce temps, les banques n’ont fait que du prêt garanti par l’État (PGE) bien garanti. Un dossier tel que le nôtre au milieu de tout cela leur a certes apporté un peu d’air frais. Mais pour prendre le moins de risques, elles ont demandé encore plus d’information. Donc, oui, c’était difficile !

 

Gilles Ferranti : Il y a aussi le fait qu’une entreprise née aux Antilles, qui réalise 80 % de son chiffre d’affaires à l’export dans des pays émergents, dans les territoires ultra-marins, ne rentre jamais dans les bonnes cases.

Il y a comme une étiquette collée dans le dos qui rend difficile les discussions et donc la vente d’une telle entreprise. C’est pour cette raison que nous avons choisi d’anticiper, de nous y prendre à l’avance, quand nous avons encore de l’énergie et de la fougue pour le préparer.

 

Ronan Peron : Ce que nous constatons en revanche, c’est que nous ne faisons plus peur aux financiers. Aujourd’hui, pour un fonds, investir dans une entreprise qui réalise 70 % de son business dans les DOM-COM est possible. Nos marchés ne sont plus jugés comme atypiques !

 

Gilles Ferranti : C’est le pari que nous faisons. Dans les métiers de l’informatique, les grandes consolidations ont déjà eu lieu aux États-Unis, en Europe, elles sont en train de se faire en Asie. Elles n’ont pas encore eu lieu en Afrique. L’Afrique plus les DOM-COM, cela représente un ensemble qui peut intéresser de grands opérateurs dans les années à venir. Nous voulons que le jour où cela se produira, que nous soyons prêts.

 

MC3 : chiffres clés

Création : 1995

Activité : leader de la distribution de supports de technologie de l’information, matériel (imprimantes, consommables et fournitures, PC, tablettes), logiciels, cloud marketplace, infrastructures, serveurs, stockage, services (développement marketing et opérationnel, maintenance, gestion documentaire, etc.).

Marques : HP, Microsoft, IBM, Lenovo, Lexmark, Epson, Fujitsu, Symantec, Acronis, Veritas, etc.

Distribution : 40 pays dont Dom-Com (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Mayotte, Polynésie française, La Réunion, Nouvelle-Calédonie), Caraïbe (République dominicaine, Jamaïque, Costa Rica, Puerto Rico, Trinité-et-Tobago, États-Unis, océan Indien (Madagascar, Maurice), Afrique du Nord, de l’Ouest, Afrique centrale, Algérie, Côte d’Ivoire, Cameroun, Sénégal et 19 pays africains via MC3 Logistique, à savoir le Bénin, le Burkina Faso, les Comores, le Niger, le Togo, le Burundi, le Gabon, la République du Congo, le Tchad, le Mali, la Mauritanie, la Guinée Conakry, la Guinée-Bissau, le Cap Vert, le Gabon, le Rwanda, Djibouti, le Congo, la Gambie), la France.

Nombre d’agences commerciales : 24

Nombre de revendeurs : 3700

Nombre de collaborateurs : 270

Nombre de plates-formes logistiques : deux, MC3 Logistique à Roissy Charles-de-Gaulle et MC3 Florida aux États-Unis

CA 2019 : 153 M€

 

Les hommes clés

> Gilles Debert, directeur régional océan Indien, actionnaire MC3 Madagascar.

> Luc Détry, directeur régional DOM-COM, actionnaire de MC3 Guyane et MC3 Tahiti.

> Jacques Bonnet, directeur régional Afrique, actionnaire MC3 Algérie.

 

MC3 : le groupe

> La holding : MC3 Holding

> Trois sociétés : IS2 Villepinte, MC3 Logistique, Duavento

> Vingt agences locales : 8 dans les DOM-Com, 5 en Afrique, 5 dans la Caraïbe, 2 dans l’océan Indien.

Partenaires de la LBO

> le Groupe Siparex

Siparex Intermezzo II est le fonds de financement mezzanine de deuxième génération du groupe Siparex. Spécialiste français du capital investissement dans les PME et ETI, Siparex détient 2,2 Md€ d’actifs. Le fonds Siparex Intermezzo intervient sur le segment des PME et petites ETI pour des opérations de transmission et de développement. C’est Siparex qui a monté un schéma de financement sponsorless structuré qui a permis la montée en capital à hauteur de 20 % de Luc Détry, Jacques Bonnet et Gilles Debert, managers historiques du groupe.

> Adviso partners

Adviso Partners est une société de conseil financier indépendante dont le rôle est de créer de la valeur pour les entreprises et leurs dirigeants actionnaires. Elle intervient sur des opérations de haut de bilan : cession, acquisition, transmission d’entreprise, levée de fonds, évaluation, recomposition de capital. Adviso Partners emploie 35 collaborateurs au sein de ses cinq bureaux (Paris, Lille, Lyon, Nantes et Bordeaux).

> Les banques

BRED Banque Populaire, banque historique de MC3, BNP Paribas, LCL arrangeur de cet LBO, CIC.

 

MC3 : le développement

– 1995 : création de MC3 Guadeloupe-Martinique.

– 1996 : création de MC3 Guyane.

– 1997 : création de MC3 océan Indien et île de la Réunion.

– 1998 : création d’IS2 (maintenance, assistance et SAV).

– 1999 : création de la plate-forme à Roissy et création de MC3 Polynésie.

– 2001 : création de IS2 Nouvelle-Calédonie.

– 2002 : création de MC3 Logistique, début des opérations en Afrique, ouverture d’une agence au Sénégal.

– 2003 : Création de MC3 Trade pour les marchés africains.

– 2004 : début d’activité à Mayotte, ouverture de MC3 Trinité-et-Tobago.

– 2005 : création de MC3 Algérie, lancement de IS2 Cameroun.

– 2008 : création de MC3 Puerto Rico.

– 2009 : création de MC3 Jamaïque et d’une agence en Côte d’Ivoire pour couvrir l’Afrique de l’Ouest.

– 2014 : création de MC3 Costa Rica, agence de référence pour la Caraïbe.

– 2016 : création de MC3 Madagascar, de MC3 Florida, plate-forme pour la Caraïbe.

– 2017 : lancement de MC3 Cloud marketplace & Electronic Software Distribution.

– 2019 : création de MC3 République dominicaine ; fusion de MC3 logistique et MC3 Trade.

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