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Roberto Osseux : “Cessons de tourner en rond, faisons-le !”

Roberto Osseux : “Cessons de tourner en rond, faisons-le !”

Les comptes assainis, la Chambre des métiers de Guyane a des projets. Pour le président de la Chambre des métiers de Guyane, l’heure est à se retrousser les manches afin que les artisans puissent prendre toute leur part au Plan de relance de la Guyane.

Roberto Osseux, gérant de TechnoSoud, est à la tête de la chambre des métiers de Guyane depuis tout juste un an et pourtant ce temps semble s’être démultiplié tant cette une empreinte semble déjà forte en un an. “Je suis arrivée à la tête de la chambre des métiers en janvier 2018 après deux annulations d’élections. Pour apaiser toutes ces tensions, nous avons monté une liste sans étiquette autour de l’association Cœur d’artisans et, une fois élus, nous nous sommes attachés à mettre en œuvre notre programme de campagne en tenant nos engagements”, explique celui qui a reçu le Prix Inter-Entreprises de l’innovation en 2011.

Son premier engagement a été “la fin des privilèges” : “Aucun élu ne touche d’indemnité, n’a de voiture de fonction, et quand nous voyageons, c’est en classe intermédiaire”, détaille-t-il. À son arrivée, les comptes de la chambre présentaient un déficit de 3,8 M, dont 1,8 M de dette. “La DRFIP nous a refusé un audit financier et organisationnel par manque de personnel : nous l’avons réalisé nous-mêmes grâce à un élu, Stéphane Lambert, qui possède un cabinet d’expertise comptable. En descendant les comptes, nous avons constaté de grandes négligences, comme le paiement de la taxe foncière alors que la chambre des métiers a déménagé, le paiement d’abonnements au Minitel qui n’existe plus depuis longtemps, ou encore 17 portables répertoriés, etc. Ce genre de négligences coûtait à la chambre 200 000 € par an !” regrette-t-il. La dette définitive a été ramenée à 1,8 M, dont 1,3 M de dette sociale. “Nous sommes parvenus à un abandon de la taxe sur les salaires, nous négocions encore la taxe foncière concernant notre ancien siège, ainsi qu’un nouveau moratoire avec la Caisse générale de sécurité sociale.” Ce nettoyage des comptes, l’étalement de la dette et un premier exercice bénéficiaire de 200 000e font que la chambre de métiers a de nouveau la perspective d’être éligible aux fonds européens. “Cela fait 20 ans que nous ne le pouvions pas car la chambre était incapable d’apporter sa contrepartie.

Renforcer la gouvernance

Le staff de la chambre a également été renforcé et professionnalisé : “Depuis juillet 2018, nous avons une nouvelle directrice en la personne de Valérie Colas, et depuis le 1er janvier 2019 Brunot Pénichon est notre secrétaire général ; c’est lui qui avait aidé voilà quelques années au redressement de la chambre. 2018 a été l’année de la restructuration des finances et de l’organisation. Nous avons enfin un navire avec le personnel qu’il faut à sa direction pour le mener à bon port !

Le second axe de travail a été la mise en place d’une cellule d’appui à la gestion, à la fiscalité, à l’organisation pour les artisans. “Auparavant, c’était la femme de l’artisan qui assumait toutes ces fonctions. Aujourd’hui, l’artisan a besoin d’un vrai appui-conseil. Nous avons mis en place des permanences sociales et fiscales. En 2019, nous allons déployer un outil de diagnostic d’activité, d’organisation et nous allons commencer les travaux préparatoires à la mise en place d’une politique en faveur des métiers d’art.

La nouvelle équipe à la tête de la chambre des métiers de Guyane veut également restructurer les branches professionnelles : “Il existe désormais les syndicats de plombiers, des entreprises de froid, de la coiffure, et bientôt de la ferronnerie.” La Guyane sera en outre prochainement dotée d’un observatoire territorial de l’artisanat. “Nous cherchons des partenariats pour le faire.

Un axe très important est la refonte de la formation professionnelle, non seulement en formation continue pour nos artisans mais aussi en formation initiale pour les apprentis. Nous voulons développer de nouvelles filières adaptées aux besoins du territoire, comme les énergies renouvelables, le numérique, la dématérialisation, l’Écodéfi, etc., tout en refaisant décoller les filières de base telles que la maçonnerie, le bois, la bijouterie, la ferronnerie, etc. Par ailleurs, la collectivité territoriale devrait nous accorder une subvention pour refaire le plateau technique du CFA pour les filières électricité, coiffure, la vente, la petite enfance”, détaille Roberto Osseux.

Coopérative d’artisans

Enfin, pour que les artisans de Guyane soient en mesure de répondre aux appels d’offres dans le cadre du plan de relance de 1,1 Md, la chambre des métiers est en train de mettre sur pied une coopérative d’artisans. “Elle sera multisectorielle. Elle répondra aux appels d’offres et les répartira auprès des artisans adhérents. Une trentaine d’artisans sont d’ores et déjà inscrits.

Avec toutes ces actions, Roberto Osseux et son équipe font la démonstration de leur slogan de campagne : “Il faut cesser de tourner en rond, faisons-le !” “Notre nouveau slogan est : seuls nous allons vite, mais ensemble nous allons plus loin ! Ne plus être les employés de grands groupes dépend de nous !

 

 

Trouver de nouvelles ressources

Les chambres des métiers sont financées par une taxe pour frais de chambre de métiers versée par l’État. Durant le premier semestre 2018, la nouvelle équipe autour de Roberto Osseux s’est attelée à croiser le fichier du répertoire des métiers (RM) avec celui des services fiscaux. Il est apparu les écarts suivants : 2536 entreprises inscrites au RM et inconnues à la DRFIP et 229 entreprises connues à la DRFIP et inconnues au RM. La chambre est en attente des conclusions de la DRFIP quant à l’impact sur la ressource fiscale de la chambre, soit l’équivalent de 840 000. 6063 artisans sont inscrits au répertoire des métiers.

 

 

La maison des entreprises

Depuis début février, l’ancienne chambre de commerce et d’industrie de Guyane (CCIG) a été rebaptisée Maison des Entreprises CCIG & CM. À l’entrée, un accueil unique oriente vers l’une ou l’autre chambre consulaire. Ce regroupement administratif s’est accompagné également d’un regroupement au niveau des Centres de formation des apprentis (CFA). Les apprentis de la CCI et les étudiants de l’École de commerce EGC ont rejoint les apprentis de la CM au CFA de la zone de Galmot, à l’entrée de Cayenne. Cette mutualisation de moyens a permis à la CCIG de substantielles économies de loyers et les échanges de mètres carrés lui demandent de verser une soulte à la CM, les salles de classe nécessitant plus d’espace que des bureaux. Cette soulte permet à la CM d’améliorer son budget d’environ 66 000 par an qui devraient servir entre autres au remboursement de la dette sociale : tout le monde y gagne, donc. Le CFA de Galmot accueille 300 apprentis de la CM et une centaine de la CCI. La CM ambitionne 400 apprentis à elle seule.

 

 

Les animations

En 2018, l’Agence pour le développement et la maîtrise de l’énergie (Ademe) a cofinancé la semaine de la réparation 2018, une opération et un partenariat qui sera renouvelé en 2019. De même que l’Écodéfi pour inciter les artisans à passer aux ampoules LED.

2018 a également vu la première édition de YanArtisanat, le salon des artisans, qui a reçu plus de 4530 visiteurs. L’édition 2019 devrait se dérouler à Saint-Laurent-du-Maroni.

2019, sera l’année du développement de la présence de la CM dans l’Ouest guyanais. Depuis ce début de l’année, un chargé de développement économique est présent deux jours par quinzaine à l’antenne de Saint-Laurent-du-Maroni, contre un jour par mois en 2018. L’objectif est de pouvoir financer un poste à temps plein dès la mi-2019. Des travaux de mutualisation avec la CCI, Initiative sont en cours.

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