Dossier

Rebond après la crise du coronavirus aux Antilles- Guyane : un chemin existe !

Rebond après la crise du coronavirus aux Antilles- Guyane : un chemin existe !

Il y a un demain. Fort de cette certitude, quelles sont les conditions pour que le rebond soit profitable au plus grand nombre ? Avis d’entrepreneurs des Antilles-Guyane.

De nos échanges, quatre mots ressortent : autonomie, créativité, aller à l’essentiel et faire ensemble.

Personne ne sort indemne de cette expérience qui ne ressemble à aucune autre vécue jusqu’à présent ! Seuls ceux qui avaient commencé à réfléchir à la vulnérabilité de leur entreprise avant le Covid-19 ont su garder un certain sang-froid en cette période troublée. Les plus volontaires avaient rédigé un plan de continuation d’activité, ce fameux PCA. Ils avaient essayé de cartographier tous leurs risques : sismique, cyclonique, tsunami, risque fiscal, social, financier… mais aucun n’avait vraiment pensé à une pandémie, même s’il y avait eu l’épisode du SRAS en 2003 qui avait touché 28 pays. Tous ceux qui avaient entamé cette réflexion ont dû se remettre d’urgence sur l’ouvrage, et ça a été dur ! Imaginez ceux qui n’avaient pensé à rien… Personne ne sortira indemne de cette crise sanitaire, même ceux qui roulent les mécaniques.

 

La crise fait mal !

Tous nos interlocuteurs l’ont reconnu : “La crise fait mal, mais ravive l’enthousiasme une fois dépassés le stress et la peur.”

Le coronavirus a en outre remis l’Homme au centre. C’est la première fois que l’humain est mis ainsi à l’abri, parce dans le monde d’aujourd’hui, aucun dirigeant ne veut porter la responsabilité de millions de morts. Jusqu’alors, l’homme était vécu comme une variable d’ajustement, une chair à canon dont les dirigeants se souciaient peu. Dans les entreprises, la “ressource humaine” était jusqu’alors considérée comme interchangeable : peu de cas était souvent fait d’elle en termes d’emploi, de salaire, de conditions de travail.

Les entrepreneurs ont compris, quelquefois dans la douleur, que ce sont les salariés qui porteront le rebond, des équipes soudées mais autonomes, avec une dose de télétravail librement consentie, qui propulseront les organisations dans le monde qui vient.

La loi du plus fort et l’obéissance sans réfléchir qui dominaient jusqu’alors n’avaient rien à faire de l’obtention de la coopération et de la confiance, qui sont pourtant les indispensables de demain. La mue sera difficile pour les anciens dirigeants : les jeunes, eux, ne respirent déjà que par ça !

 

Obtenir l’acceptabilité des populations

Le coronavirus révolutionne aussi la manière d’habiter. À cause d’un confinement massif obligatoire, à cause de la pratique du télétravail qui va s’accentuant, beaucoup de personnes se sont retrouvées dans des espaces de vie qui n’ont de vie que le nom, tellement petits, même pour une personne seule, tellement éloignés des lieux de vie qu’ils ne sont connectés à rien ou si peu et si mal, voire qui sont insalubres.

Le gouvernement et ses bras armés (CDC Habitat, Action Logement…) lancent des programmes tous azimuts, mais nulle part il n’est fait allusion aux humains qui vont utiliser ou habiter ces bâtiments. Obtenir l’acceptabilité des populations n’est pas dans les habitudes des capitaines d’industrie : or, elle sera encore plus indispensable demain pour donner aux projets davantage de chances de voir le jour.

Le coronarivus a également montré que tout ne se répare pas avec de l’argent. L’“argent magique” qui semble être déversé sans limites par le gouvernement sans qu’il semble produire d’impact tangible sur la crise sanitaire en est la preuve.

Un travail significatif, des relations significatives

Ce que je veux, c’est un travail significatif et des relations significatives par une vérité et une transparence radicales, car elles se renforcent mutuellement. Cette vérité radicale et cette transparence radicale, pour que les gens puissent voir les choses par eux-mêmes, a été ma formule miracle ! L’important, c’est que les individus choisissent eux-mêmes leurs principes. Je veux qu’ils réfléchissent sérieusement à ce qui fonctionne et ensuite qu’ils pensent à être clairs sur leurs propres principes, à se rendre compte que les mêmes choses se produisent encore et encore”, a déclaré au cœur de la crise Ray Dalio, un pape de la haute finance mondiale, fondateur et codirecteur de Bridgewater Associates, le plus grand fonds spéculatif au monde.

Cela ne sert à rien de mettre de l’argent sur des principes erronés

Que dit-il en clair ? Que cela ne sert à rien de mettre de l’argent sur des principes erronés. La société mondiale, et singulièrement la société française, guadeloupéenne, martiniquaise et guyanaise, ont fondamentalement un problème qui provoque à intervalles réguliers le soulèvement des peuples, la marche des femmes, la rage des plus faibles et le déboulonnage de statues.

Tant que chaque être humain ne prendra pas conscience de sa propre responsabilité dans la construction du monde dans lequel nous vivons, tant que chaque être humain ne décidera pas de manière déterminée de se détourner des actions qui perpétuent la peine et la souffrance, aucune transformation ne sera véritable.

Pour beaucoup de nos interlocuteurs, il faut désormais “penser avec encore plus d’attention à l’impact de ce qui est entrepris et donner du sens à ce qui est entrepris” : une bonne balise pour le nouveau chemin à construire, ensemble.

 

Monde d’après : le chemin d’Albioma

Chez Albioma, le chemin passe par la réduction de l’importation de la biomasse pour approvisionner ses usines en Martinique et en Guadeloupe.

> Les réalisations

– bascule de la première tranche de l’unité du Moule en 100 % biomasse. Bascule de la deuxième tranche du site en 2023.

> Les projets

– en Guadeloupe, transformation de 80 000 tonnes d’ordures ménagères en combustibles solides de récupération (CSR) pouvant se substituer à la biomasse importée. La Communauté d’agglomération de la Riviera du Levant (CARL) et la Communauté d’agglomération du Nord Basse-Terre (CANBT) doivent créer un syndicat commun pour valoriser ces déchets. L’appel d’offres pour la construction de l’usine est en préparation.

> Les conditions

– la prise en compte de l’intérêt général ;

– s’inscrire dans une dynamique de projet cohérente et rationnelle ;

– s’entourer de compétences et les orchestrer pour qu’elles aillent dans le même sens ;

– donner du sens aux choses, sinon cela ne fonctionnera pas.

 

Monde d’après : le chemin de la Sara

La Sara veut devenir une entreprise capable de fournir, d’ici à 2030, quelque 50 % d’énergie issue de sources autres que le fossile. Étape par étape, il s’agit d’assurer la transition énergétique en maintenant l’outil de l’énergie grise (la raffinerie) et en accélérant le développement de l’énergie verte.

> Les réalisations

– en Martinique, implantation d’une pile à hydrogène de 1 MW ; Greenwater afin que la Sara ne prélève plus d’eau du réseau public pour son fonctionnement ; modernisation de la raffinerie qui a permis de réduire de 1/3 les émissions de CO2 ;

– en Guadeloupe, avec Génergies, implantation de fermes agri-solaires ;

– en Guyane, une centrale électrique hybride dans l’Ouest guyanais de 10 MW en journée, 3 MW la nuit. La production intensive d’algues nutritives : démonstrateur labellisé Cap Énergie.

> Le projet

– Être encore là dans 20 ans.

> Les conditions

– conserver les synergies entre les trois territoires pour atteindre une taille critique ;

– poursuivre l’effacement total des émissions de CO2 d’ici à 2030 ;

– renforcer les différenciations de la Sara : travailler avec des ressources locales, transformer et produire localement, consommer localement et s’adapter à la réalité locale ;

– nouer des partenariats avec des acteurs locaux pour avoir accès à des technologies et participer à la structuration des filières ;

– développer des emplois qualifiés sur ces nouveaux métiers ;

– améliorer l’acceptabilité de la population locale, sur ces équipements structurants.

 

Monde d’après : le chemin des grands ports

La crise sanitaire oblige les grands ports maritimes des Antilles à revoir leur plan stratégique, leurs investissements et à retravailler leur résilience. L’activité croisière est durablement à l’arrêt : aucune perspective de reprise avant fin 2021, sur des formats encore aujourd’hui non imaginés. La crise sanitaire pousse les grands ports à se recentrer sur leur mission essentielle : approvisionner les territoires.

> Les réalisations

– dédier du foncier à l’implantation de la maintenance de la plaisance, notamment de luxe ;

– moderniser les plates-formes : doublement des réseaux d’eau (eau douce, incendie), changement de l’éclairage en tout Led, réfection du bitume des quais, numérisation des process…

> Les projets

– redimensionner le projet Karukéra Bay ;

– diversifier l’offre de services pour diminuer la pression du trafic containers sur la performance des ports ;

– monter en puissance les énergies renouvelables, notamment pour diminuer la production de CO2 ;

– développer l’avitaillement des bateaux, notamment en carburants et énergies renouvelables.

> Les conditions

– penser avec encore plus d’attention à l’impact de ce qui est entrepris et donner du sens à ce qui est entrepris ;

– accélérer les processus de prise de décisions ;

– que les projets soient appropriés par chaque membre des équipes ;

– décloisonner les échanges entre les directoires, les conseils de surveillance et de développement ;

– monter en puissance les travaux interportuaires ;

– poursuivre la fiabilité des ports avec la formation des personnels, avec un dialogue social encore renforcé.

 

Monde d’après : le chemin d’Antilles manutention services

La crise sanitaire est une lame de fond qui oblige les entreprises à accélérer leur mutation.

> Les réalisations

– les entreprises dans les secteurs de la distribution, de la logistique et de l’industrie des Antilles-Guyane ont profité de cette période pour moderniser leurs outils ;

– suppression des dépenses non essentielles sans faire des économies “idiotes” qui affaiblissent les capacités de l’entreprise ;

– investir dans le stock pour ne pas râter de ventes.

> Les conditions

– être au bon moment au bon endroit pour ne pas rater d’affaires ;

– prendre soin des femmes et des hommes clés en termes d’emploi, de formation, de salaire pour ne pas prendre le risque de les perdre car ce sont eux qui portent le rebond ;

– oser prendre des risques.

Monde d’après : le chemin du provendier martinique nutrition animale

La crise sanitaire a conduit la population à revenir à des fondamentaux alimentaires, à retrouver des activités délaissées et les habitudes d’élevage dans les jardins.

> Les réalisations

– certification Oqualim garantissant que la production d’aliments pour animaux de MNA est sans OGM ;

– se moderniser et garantir l’approvisionnement.

> Les projets

– travailler à la diversification de l’offre ;

– sensibiliser le personnel politique afin qu’il soit plus attentif au développement réel.

> Les conditions

– que les territoires d’outre-mer ne soient plus des territoires d’exportation pour les industriels européens, leur permettant de “dégager” dans ces territoires des produits de basse qualité ;

– ne pas appliquer dans de petits territoires des lois françaises et européennes prévues pour des pays de grande taille ;

– contrôler plus précisément l’utilisation des subventions : trop d’argent mal utilisé crée une situation malsaine ;

– comme cela se fait en Suisse, que l’importation vienne en complément de la production locale et non l’inverse, comme aujourd’hui.

 

Monde d’après : le chemin de la grande distribution

La crise du coronavirus est un accélérateur de la mutation pour la distribution outre-mer. L’enjeu de la vie chère va redevenir majeur pour les populations à cause de l’impact de la crise sur leur pouvoir d’achat. Parce qu’il peut désormais acheter aussi bien dans des magasins physiques qu’en ligne, le consommateur a repris la main dans le processus d’achat.

> Les réalisations

– l’arrivée de l’enseigne Leclerc, la montée en puissance des Auchan, la modernisation des supermarchés de différents groupes ;

– au niveau national, le petit commerce non alimentaire, regroupé, a pu faire valoir ses positions face au gouvernement et faire fermer temporairement des rayons dans les grandes surfaces.

> Les projets

– repositionnement stratégique de groupes ;

– offre de mise en réseau du petit commerce indépendant ;

– informatisation plus poussée de la logistique ;

– mutualisation intelligente des process entre les partenaires pour gagner en efficacité et ôter des camions sur les routes.

> Les conditions

– une nouvelle relation avec le client lui garantissant la préservation de sa bonne santé ;

– transparence de tous les coûts d’approche pour tendre enfin vers la réalité des prix de revient.

 

Monde d’après : le chemin de la banque des territoires
Parvenir à une meilleure visibilité des territoires, ne plus attendre que tout vienne de l’extérieur et accélérer vers l’atteinte de l’économie.

> Les réalisations

– plan logement avec Action Logement ;

– rénovation énergétique des bâtiments publics ;

– organiser la filière ouassaïe en Guyane ;

-plate-forme d’assistance téléphonique aux TPE/PME “Clic&Connect”…

> Les projets

– digitaliser tout ce qui est sans valeur ajoutée ;

– identifier les leviers qui vont porter la transformation : pour la première fois, le terrain est écouté ;

– priorités pour 2021 : la transition énergétique, le tourisme, retravailler l’action cœur de ville, travailler sur l’habitat des jeunes.

> Les conditions

– se parler ;

– dépasser les enjeux politiques et électoraux ;

– faire bloc ;

– ne plus faire de superflu, se concentrer sur quelques priorités sans se disperser pour maximiser l’effet levier.

 

Monde d’après : le chemin de l’UFR

La crise sanitaire oblige à une prise de conscience et à modifier les fonctionnements pour tendre vers une organisation territoriale impliquant globalement tous les acteurs. La santé et le social ne devraient plus être considérés comme un mal nécessaire.

> Les réalisations

– mise en place de services et de l’assistance au-delà du simple remboursement des dépenses de santé, tels de l’accompagnement scolaire, la carte à puce, le tiers payant généralisé, Quinsax, etc., pour tendre vers une prise en charge globale.

> Les projets

– avec le numérique, accentuer la simplification administrative au plus près des territoires.

> Les conditions

– se donner une obligation d’innovation avec une exigence de qualité ;

– nouer des partenariats forts permettant d’avancer ensemble sans perdre son autonomie ;

– avoir l’obsession des besoins des clients pour leur proposer des produits en rapport avec leur problématique ;

– évaluer les réalisations, être en capacité de faire des bilans à chaque étape et prendre des correctifs dans l’intérêt des clients ;

– intensifier le dialogue social ;

– s’appuyer sur le local pour la transformation en recréant des coopérations, en privilégiant les circuits courts.

 

Monde d’après : le chemin des medef Guadeloupe et Martinique

Le mauvais temps, les grèves touchant la France continentale, auxquels s’est ajoutée la crise sanitaire ont perturbé les circuits alimentaires habituels des îles.

> Les réalisations

– durant la crise sanitaire, la production locale a fait face aux besoins, a montré sa pertinence et son savoir-faire pour nourrir les populations.

> Les projets

– Dans 10 ans, produire sur place la moitié de la nourriture en produit frais consommée localement.

> Les conditions

– travailler à la structuration des filières locales ;

– revaloriser les métiers de la terre auprès des jeunes générations ;

– améliorer la mise à disposition et la transmission des terres aux jeunes générations ;

– développer les pratiques culturales qui préservent la qualité des terres ;

– privilégier les productions destinées à l’alimentation de la population locale ;

– mieux utiliser les subventions à l’agriculture : sortir des situations de rente ;

– tendre vers une agriculture qui rémunère les agriculteurs.

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