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Questions à Ary Chalus, Président de la Région Guadeloupe : “La période est faste pour débloquer les trésors de la Guadeloupe !”

Questions à Ary Chalus, Président de la Région Guadeloupe : “La période est faste pour débloquer les trésors de la Guadeloupe !”

Pour le Président de Région, la qualité du capital humain de la Guadeloupe et la révolution digitale sont les atouts maîtres.

Le Conseil régional que vous présidez a accepté d’être partenaire du colloque économique Rémy Nainsouta que nous organisons avec le Comité commémoratif Rémy Nainsouta. Cet ancien maire de Saint-Claude développait une pensée économique qui incitait chacun à entrer dans l’efficacité du développement économique en faisant déjà bien et mieux avec ce qu’il a : que pensez-vous de cette approche ?

Dans une “économie-comptoir” qui a toujours privilégié la spécialisation (une monoculture), qui a varié avec le temps, Nainsouta a développé très tôt une pensée originale : le développement endogène. Un développement utilisant avec efficience le potentiel de l’archipel : ses ressources naturelles, le commerce avec la Caraïbe, le potentiel humain. Ce sont les axes prioritaires de notre programme régional : l’économie verte et bleue, un territoire d’industrie tourné vers les technologies du futur, une structuration de l’économie agricole pour diminuer le degré de dépendance alimentaire, une industrie touristique diversifiée, une priorité donnée à l’équipement scolaire, universitaire et à l’apprentissage.

Rémy Nainsouta considérait que la Guadeloupe avait des trésors bloqués : pensez-vous que c’est encore le cas aujourd’hui ?

Nos “trésors bloqués” restent en grande partie ceux évoqués par Rémy Nainsouta. Tout d’abord, un potentiel énergétique renouvelable qui est lié à notre géographie : l’énergie solaire à proximité de l’Equateur, la maréthermie à partir de nos mers chaudes, le vent susceptible de nous permettre de développer, de manière raisonnée et en respectant l’environnement, l’énergie éolienne.

Le thermalisme reste une ressource dont les possibilités de mise en valeur sont à peine exploitées.

La coopération avec nos voisins, dans des domaines où nous avons un avantage comparatif incontestable (universités, équipement sanitaire, expertise en matière de prévention des risques), commence à connaître des développements prometteurs.

 

Sous cet éclairage, quelle pourrait être la vision économique efficace et gagnante pour un territoire tel que la Guadeloupe ?

Nos choix stratégiques sont “surdéterminés” par notre histoire, notre géographie (insularité, exiguïté, éloignement des grands marchés de consommation). Nous devons donc faire des choix d’activités à très forte valeur ajoutée, tournées vers le futur, rechercher l’autonomie des productions que nous avons choisi de privilégier ; c’est-à-dire veiller à ce qu’elles répondent aux besoins et aux goûts du marché intérieur. Enfin, notre situation d’archipel nous conduit à veiller soigneusement au rééquilibrage du territoire.

Dans le contexte d’une économie mondialisée, nos atouts pourraient être l’excellence des services, des savoir-faire, et la qualification de notre main-d’œuvre. Nous devons miser sur la qualité.

C’est la raison pour laquelle la Région Guadeloupe  accompagne les hôtels pour leur permettre de monter en gamme. C’est le cas avec La Toubana à Sainte-Anne. Dans le même temps, la Région a incité au développement des gîtes et des meublés de loisir pour diversifier l’offre et accroître les retombées directes pour la population (commerces de proximité, location de voitures…).  Cet intéressement au développement de l’activité touristique ne sera pas sans conséquences bénéfiques sur la qualité de l’accueil, dans une société “post-esclavagiste”.

Quand nous obtenons que la Guadeloupe soit reconnue comme “Territoire d’industrie”, en prenant appui sur son pôle d’excellence de Jarry, en même temps, nous avons le projet d’implanter un complexe agro-industriel dans le nord Grande-Terre, Lizin Centrale.

Nos ressources financières nous ont amenés à mettre l’accent sur les technologies du futur et à rechercher les coopérations extérieures pour renforcer les potentialités de la technopole du Mont Bernard, reproduire en Guadeloupe la pépinière de la  CMA CGM, la Ze Box, implanter dans notre île un simulateur de vol pour la formation des navigants des grandes compagnies aériennes.

Et puis il y a la mer ! Comme dirait Saint-John Perse : “Notre condition terrestre est difficile mais notre avoir immense sur les mers et notre profit incalculable.” Je crois au développement de l’économie bleue. Dans cet esprit, nous avons obtenu le soutien du gouvernement pour créer en Guadeloupe un véritable institut de formation aux métiers de la mer.

Enfin, comme Rémy Nainsouta, je souhaiterais que l’industrie du bâtiment utilisât plus abondamment les matériaux de construction locaux.

 

Quelles seraient les conditions pour que cette vision efficace et gagnante puisse se réaliser ?

Nainsouta avait raison de penser qu’un programme de développement basé sur une économie choisissant un degré minimal de dépendance alimentaire (le nationalisme alimentaire), privilégiant le développement de ses ressources naturelles, au détriment des importations, pour satisfaire la demande locale, est un projet de société. Je n’oublie pas, dans le contexte actuel, l’accent mis par Nainsouta sur l’eau dans “Sésame ou les clés de la prospérité créole”, afin de diminuer notre dépendance à l’égard des énergies fossiles et développer notre hydraulique agricole, clé de la diversification. Ce projet ne peut être mis en œuvre sans une adhésion très large des populations et un portage collectif fort.

Comme disait Nainsouta : “Guadeloupéens de toutes origines, soyons unis dans l’amour de la Guadeloupe.”

 

Pensez-vous que la période est propice à l’émergence de cette vision efficace et gagnante ?

Tout à fait. La période de l’État providence est révolue ! Les budgets sont contraints. Nous devons donc avoir comme objectif de faire avec ce que nous avons sans attendre constamment une aide providentielle.

Je crois que nous vivons une période charnière de notre histoire. Nous sommes sortis de la longue grève de 2009 avec des réflexes identitaires qui nous font regarder différemment notre environnement et qui ont fait disparaitre un certain nombre de préjugés alimentaires.

En outre, la révolution digitale doit nous permettre de mieux valoriser le potentiel de notre jeunesse à haut niveau de formation et de productivité : notre “capital humain” pour utiliser une formule que Nainsouta inventa, avant les théoriciens  du “capital humain” et du “facteur résiduel”.

J’ai été séduit dans les écrits de Nainsouta par l’idée que la responsabilité du développement repose en définitive sur l’homme et qu’un bon niveau d’éducation de la population “peut permettre un respect plus étroit des concitoyens et de la démocratie”.

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