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Question à Thierry Coat, directeur général d’Assurance Outremer : “Travailler en réseau”

Question à Thierry Coat, directeur général d’Assurance Outremer : “Travailler en réseau”

Pour le directeur général d’Assurance Outremer, la proximité et la compétence relationnelle sont les clés.

Assurance Outremer est l’un des rares assureurs locaux encore indépendants. Comment votre métier a-t-il évolué ces dernières années ?

Assurance Outremer existe depuis 1994. Nous assurons les professionnels et les particuliers de Guadeloupe et de Martinique avec nos 45 collaborateurs répartis dans nos huit agences. Nous sommes une société d’assurance mutuelle et nous disposons en interne un service technique, d’un service de contrôle interne, de maîtrise des risques ainsi que des fonctions-clés de l’assurance, à savoir conformité, audit interne et actuariat. C’est notre conseil d’administration qui a pris la décision de demeurer indépendant et Assurance Outremer est née pour faire face à la valse des compagnies d’assurance qui, à l’époque, se retiraient à la moindre catastrophe. C’est une réponse pérenne qui a été construite pour faire face à nos risques particuliers.

Durant les dix dernières années, nous avons effectivement assisté à une diminution importante du nombre d’acteurs dans le secteur des assurances et des mutuelles, notamment aux Antilles. Il y a eu des fusions, des regroupements techniques pour répondre à des enjeux économiques, financiers et stratégiques, imposés entre autres par la législation devenue de plus en plus contraignante.

La seconde forte évolution a porté sur la complexité des risques. Ils sont aujourd’hui multiformes : juridiques pour les assurés avec la responsabilité civile ou encore corporels. Leur nombre a en effet explosé à cause de la judiciarisation des relations. Ce sont aussi les risques informatiques, environnementaux, d’image, etc. Cette évolution demande davantage de technicité et de capacité d’analyse.

Parallèlement, le contexte financier a changé : le rendement des placements est en forte diminution à cause des taux d’intérêt bas. Pour bien comprendre : l’assurance est de la production inversée, c’est-à-dire que nous recevons des primes pour une prestation qui interviendra dans le futur. Entre-temps, nous plaçons les primes que nous avons en provisions sur les marchés financiers. Auparavant, les clients acceptaient un manque de rentabilité des produits d’assurance parce qu’elle était compensée par des produits financiers. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Qu’est-ce qui a changé ?

Les produits financiers n’existant plus, nous, assureurs, sommes obligés de revenir sur notre cœur de métier, c’est-à-dire maîtriser la rentabilité technique du produit par rapport au risque encouru. C’est notre enjeu capital, c’est-à-dire que si nous vendons un produit mal conçu ou sous-tarifé, nous pouvons encaisser des primes, mais au moment de la survenance du risque, nous pouvons nous retrouver à dépasser les montants reçus et ainsi mettre en difficulté l’entreprise. En période faste, une telle erreur pouvait être couverte par des gains financiers. Aujourd’hui, elle est simplement fatale.

La tarification est d’autant complexe qu’elle intervient avant la survenance des sinistres, ce qui veut dire que nous devons maîtriser de la donnée statistique, segmenter notre portefeuille de clients, et anticiper autant que possible l’évolution des comportements. Nous travaillons donc énormément avec de la data en y incluant des éléments qualitatifs, comme les évolutions de la réglementation, les coûts externes, etc.

Cette complexité vous amène-t-elle à faire des choix au niveau des risques couverts ?

Oui. Assurance Outremer ne couvre pas n’importe quel type de risques. Chaque branche, chaque produit doit trouver sa rentabilité, ceci toujours dans l’optique de nous préserver, mais surtout pour demeurer dans les contraintes de la norme Solvabilité II mise en place en 2009 à la suite de la crise financière de 2008 et contrôlée de manière stricte par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) qui supervise l’activité des banques, des assureurs et des mutuelles.

Comme les autres assureurs, Assurance Outremer a donc un profil de risques qui détermine le niveau indispensable de nos fonds propres pour couvrir nos activités.

Notre métier est devenu une activité de pilotage technique rigoureux assortie d’une vraie connaissance des clients. Auparavant, nous étions sur une analyse classique de bilans, de comptes de résultat et de comptes sociaux. Aujourd’hui, nous sommes dans une gestion prudentielle avec des reportings tous les trimestres à nos autorités de tutelle.

La législation vient encore de changer avec la Directive de distribution d’assurance (DDA) entrée en application ce 1er octobre, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) depuis mai dernier : comment Assurance Outremer absorbe-t-elle ces évolutions ?

Le législateur veut clairement protéger le client. À Assurance Outremer, l’intensification de la réglementation est consommatrice de ressources humaines et a généré une élévation de notre niveau d’expertise avec de la formation et l’intégration d’experts dans nos équipes. Dans le cas de la DDA, ce sont nos équipes qui l’ont mis en place : nos salariés sont très impliqués dans les évolutions et les créations de produits. Pour la RGDP, qui est très spécifique, nous avons fait appel à une expertise externe qui a validé nos processus.

De grandes mutations se profilent à l’horizon : comment les anticipez-vous ?

Pour ne pas être décrochés, nous collons aux évolutions du marché. Par exemple, nous proposons des services autour des objets connectés, dans les maisons ou à nos jeunes conducteurs pour surveiller leur conduite. Nous nous intéressons aux voitures autonomes : théoriquement, elles devraient générer moins d’accidents, ce qui risque d’entraîner un moindre besoin d’assurance. Où sera alors la responsabilité : chez Google, chez le constructeur, ou chez celui qui est derrière son écran ? Tout cela induit une évolution de l’assurance que nos équipes suivent.

Nous absorbons aussi les évolutions techniques dans nos métiers, avec la digitalisation pour améliorer les parcours clients, mais aussi pour conserver l’intérêt du travail pour nos équipes par rapport à nos concurrents. Nous sommes en outre en prise directe avec la mondialisation lors de la réassurance de nos risques auprès des sept réassureurs de classe mondiale avec lesquels nous travaillons. Quand ils subissent un tremblement de terre quelque part dans le monde, ce qui baisse leur rentabilité, ils le répercutent sur les primes. Nous devons être attentifs.

Un autre enjeu important : le désengagement de l’État en matière de couverture santé. Il est couplé dans nos territoires à une population qui a moins de moyens, entraînant des impayés et chez nous une gestion des contentieux forcément plus fine. Nous devons être en constante proximité avec tous nos clients particuliers mais aussi entreprises pour que leurs risques soient parfaitement couverts.

Comment voyez-vous l’avenir ?

La législation va encore se renforcer ; Solvabilité II va devenir plus contraignant. Au niveau technologique, nous voyons poindre l’intelligence artificielle ainsi que la blockchain. Les risques de nos clients vont se complexifier. La faiblesse des taux et les catastrophes naturelles créent définitivement un contexte incertain. Pour répondre à ces contraintes fortes, la réponse pour les structures moyennes et petites est de travailler en réseau de compétences local, national, voire mondial.

Comment exister dans ce monde changeant ?

L’important est la compétence relationnelle, pouvoir comprendre la nature humaine. L’important est aussi d’avoir un esprit critique face au monde, avoir des compétences diversifiées sans être expert pour développer une pensée complexe et travailler sur des projets transversaux. C’est que souhaitent les jeunes.

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