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Question à Patrick Vial Collet, président de la CCI des îles de Guadeloupe : “Faire preuve de civisme !”

Question à Patrick Vial Collet, président de la CCI des îles de Guadeloupe : “Faire preuve de civisme !”

Pour le président de la CCI des îles de Guadeloupe, il faut recréer les conditions de l’expression des besoins par la confiance. Si les frontières demeurent fermées en Europe, les Antilles peuvent connaître un effet report.

Quel bilan tirez-vous des vacances pour le secteur du tourisme en Guadeloupe ?

Nous avons sauvé les meubles ! Les Antillais ont moins voyagé et ont donc redécouvert les vacances dans leurs îles. Au lieu des 50% d’activité en moins par rapport aux vacances en 2019 que nous attendions, la baisse oscille entre -30% et -10%. Mais attention : cette embellie est éphémère. Nous n’avons aucune visibilité pour la saison à venir à partir d’octobre et la clientèle locale ne pourra pas supporter seule l’industrie touristique de nos îles !

 

Comment les choses se sont-elles passées dans vos hôtels plus précisément ?

Nos hôtels ont bien fonctionné en juillet et en août. Par exemple, La Toubana a fait +25 % en juillet et +30 % en août. Nous expliquons cette performance par trois actions que nous menions de longue date et que nous avons amplifiées pendant cette période particulière. Tout d’abord, nos hôtels bénéficient d’une forte notoriété : nous l’avons encore davantage mise en avant.

Nous avons ensuite construit une offre commerciale qui a été plébiscitée par les Guadeloupéens, mais aussi par les Martiniquais, les Saint-Martinois et les Saint-Barthéloméens, à savoir que nous avons rétrocédé à nos clients les remises que nous concédons habituellement aux tour-opérateurs, à savoir entre -15 et -20 %. Enfin, nous avons été encore plus actifs sur les réseaux sociaux pour soutenir cette offre. Ce sont ces trois leviers qui nous permettent, sur l’ensemble de nos établissements, de n’avoir une baisse générale “que” de -10 %.

Cette «performance» vous rend-elle plus confiant face à l’avenir ?

Non, pas forcément ! Le secteur du tourisme n’a jamais été dans une telle situation d’imprévisibilité ! Après un cyclone, on évalue les dégâts et on fait des projections : ici, c’est impossible ! Si les frontières demeurent fermées en Europe, nous pourrons éventuellement connaître un effet report vers les Antilles à la prochaine saison, mais rien n’est certain.

 

Au niveau national comme au niveau régional, des plans de relance se préparent : quels sont les ingrédients indispensables selon vous ?

Tout d’abord, plus l’annonce des plans de relance tarde, mieux ils devraient être ajustés à la réalité. Selon moi, le premier élément qu’ils devraient contenir est la mise en place de mesures pour accélérer les chantiers de la commande publique. L’objectif doit être de pallier l’activité qui manque.

Le second ingrédient indispensable est le soutien aux entreprises. Le gouvernement et les régions ont déjà mis des instruments de prêt de trésorerie, à savoir les prêts Rebond, les PGE, les PGE saison pour le tourisme. Maintenant, il faut rentrer dans quelque chose de plus actif, mais le problème est que l’activité ne se décrète pas !

Par exemple, pour le tourisme, on peut faire des campagnes de communication, travailler sur une garantie de remboursement en cas d’annulation et sur d’autres artifices pour recréer la confiance avec les clients pour les inciter à partir en vacances, etc. Mais nous devons reconnaître la limite de la subvention à la consommation : elle constitue souvent un effet d’aubaine. La prime ne fait pas le marché, c’est le besoin qui le fait. Il faut recréer les conditions d’expression des besoins par la confiance.

Dans la construction de la relance, il faut selon moi éviter un écueil : se recroqueviller sur soi. Ce qui fait l’économie, ce sont les échanges. En clair, l’économie endogène, oui, mais sans enfermement.

 

Quel est le troisième ingrédient ?

Le troisième ingrédient : cette période de mutation profonde doit être l’opportunité de changer le prisme par rapport à la fiscalité, des entreprises notamment. L’État doit profiter du moment pour se réorganiser, dépenser moins pour son fonctionnement afin qu’il taxe moins les individus et les entreprises. Les objectifs de l’État doivent être le retour véritablement à l’intérêt collectif et rendre à tous, individus et entreprises, des moyens.

 

Comment appréciez-vous le port du masque obligatoire dans les entreprises à partir du 1er septembre ?

Dans ce domaine, même les spécialistes n’ont pas une réponse claire. Personnellement, je plébisciterais davantage la distanciation, parce que ce virus ne vole pas. L’important dans tous les cas doit être le développement du civisme.

 

A quel point en est le projet que vous menez sur l’ancien site du Kalenda en Martinique ?

Le projet de construction d’un 5* aux Trois-Îlets avance bien. Nous avions lancé un concours d’architectes. Cinq candidats ont été retenus. La finale aura lieu en octobre. Entre-temps, nous avons acquis le terrain comme cela était convenu et le recours déposé par un concurrent malheureux a été jugé par le tribunal administratif, qui l’a débouté. Donc, le projet avance bien : avec le confinement, nous n’avons perdu qu’un mois et demi.

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