Environnement

Pesticides : Prendre enfin en compte l’effet cocktail !

Pesticides : Prendre enfin en compte l’effet cocktail !

Plusieurs études récentes incitent à s’intéresser à ces mélanges.

Cent dix-neuf députés et sénateurs français et européens viennent de demander à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) de prendre en compte toutes les substances présentes dans les produits pesticides pour évaluer les risques. La justice pourrait être saisie en l’absence de retour satisfaisant. Cette démarche fait suite à une étude montrant la présence de produits toxiques non déclarés (résidus de pétrole, hydrocarbures polycycliques aromatiques, métaux lourds) sur les étiquettes de 14 pesticides. Ils demandent également le retrait du marché des pesticides mis en cause en France et en Europe, s’appuyant sur l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de 2019 précisant que “les procédures conduisant à l’autorisation d’un produit phytopharmaceutique doivent impérativement comprendre une appréciation non seulement des effets propres des substances actives contenues dans ce produit, mais aussi des effets cumulés de ces substances et de leurs effets cumulés avec d’autres composants dudit produit”. En effet, l’Efsa considère qu’elle ne doit étudier et vérifier que l’impact de la substance déclarée active seule et écarte les effets cumulés avec d’autres substances elles aussi actives, mais non déclarées, d’où la divergence d’évaluation du glyphosate entre le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) et l’Efsa. Le Circ, qui considère le glyphosate comme cancérigène probable, s’appuie sur l’ensemble des études publiées sur cette substance active, y compris celles portant sur des formulations complètes et les interactions avec d’autres composés, tandis que l’Efsa écarte les études sur les formules complètes. L’Efsa dispose d’un délai de deux mois pour répondre à ce courrier.

De même, une étude associant l’université Savoie Mont-Blanc, le CNRS, le c et le Cirad vient de démontrer les interactions existant entre le glyphosate (herbicide) et le chlordécone (insecticide). Cette étude révèle que les flux de chlordécone ont considérablement augmenté lorsque l’utilisation du glyphosate a commencé à la fin des années 1990, entraînant une contamination généralisée des écosystèmes de Guadeloupe et Martinique. En détruisant les racines des végétaux, le glyphosate a en effet augmenté l’érosion du sol, libérant ainsi du chlordécone stocké dans les champs pollués. Cet insecticide organochloré, interdit en 1993 en raison de sa cancérogénicité, réapparaît en grande quantité dans les sédiments fins des fleuves côtiers des Antilles françaises depuis plus de 20 ans.

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