Entretien

Marie-Anne Poussin-Delmas : “Revenir à une discipline monétaire”

Marie-Anne Poussin-Delmas : “Revenir à une discipline monétaire”

Selon la directrice générale de l’Idéom, il faut parachever la construction de la maison commune européenne. Les Européens sont parvenus à créer une monnaie à partir de rien : ce formidable pari sur l’avenir trouve sa place au niveau mondial et les attaques créent de la cohésion européenne.

La Martinique semble être à la recherche d’un nouveau souffle : qu’est-ce qu’il faudrait faire pour le retrouver ?

La situation de perte d’attractivité de la Martinique est réversible. Pour qu’elle le soit, il faudrait une prise de conscience collective des acteurs publics comme privés et une volonté commune d’en sortir. La question principale à se poser est : “que faire pour que les jeunes partis faire des études aient envi d’investir en Martinique, c’est-à-dire d’y revenir ?” 

Un campus d’ingénieurs de l’Institut national des sciences appliquées (INSA) qui devrait s’implanter en Martinique est un signal. Cela veut dire que les entreprises locales devront se mettre en capacité d’offrir des débouchés à ces jeunes sortis de la filière Martinique.

En décembre 2018, l’euro a fêté ses 20 ans dans la quasi indifférence à cause d’une actualité dominée par le mouvement des Gilets jaunes : quelle est votre lecture de cet anniversaire ?

La mission donnée par les traités européens à la Banque centrale européenne était de maintenir la stabilité des prix, c’est-à-dire de créer la confiance autour de la nouvelle monnaie, l’euro. Sur les vingt dernières années, le taux d’inflation moyen a été de 1,7%, soit en dessous de la barre des 2% fixée par les traités, ce qui est un bon résultat

Comment expliquez-vous alors que la problématique de la vie chère ait mis tant de personnes dans la rue outre-mer, mais aussi en France continentale et dans d’autres pays de l’Union ?

Ces mouvements traduisent une perte de pouvoir d’achat des classes moyennes.

Ne pensez-vous pas que la parité du franc par rapport à l’euro lors son installation n’a pas joué en la défaveur des Français ? Lors du passage à l’euro, ce qui valait 1F s’est transformé en 1e, ce qui n’est pas la même chose…

Les Français ne se sont sans doute pas rendu bien compte de la valeur de ce nouvel étalon. L’effet psychologique n’a en outre sans doute pas été bien mesuré. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, nous sommes dans un ensemble européen et nous devons en accepter les règles. Le Portugal et l’Espagne ont eu le courage de prendre les mesures structurelles nécessaires, aujourd’hui, ces pays en recueillent les fruits..

En France nous avons commencé les réformes, mais le chemin est encore long. Nous avons la même monnaie, mais nous n’avons pas la même discipline monétaire. Résultat, le déficit de la France équivaut à 100% du produit intérieur brut alors que la moyenne européenne est à 80%.

Nous payons cette indiscipline par les écarts en matière de taux d’intérêt.  Or, en 20 ans, parti de rien, l’euro représente aujourd’hui 20% des réserves mondiales, il a résisté aux crises, comme à celle de 2008, et 18 pays l’utilisent aujourd’hui contre 14 voilà 10 ans.

Dans cette période chahutée, y a-t-il un risque sur l’euro ?

Les gouvernements comme les habitants sont attachés à cette monnaie commune et ont conscience que le retour en arrière sera difficile : ils le voient avec le Brexit. L’euro est le plus petit dénominateur commun. Reste à finaliser les choix politiques, idéologiques, les marchés uniques des capitaux, social, fiscal et l’intégration financière.

 

 

CNES : silence radio sur l’avenir

Le Centre national d’études spatiales (CNES) prévoit un lancement par mois de janvier à décembre 2019. Malgré les tensions au niveau international visibles sur ce secteur d’activité, le CNES ne fait remonter aucune information quant à sa vision face à l’avenir.

 

 

> Martinique : sans rebond

Depuis plusieurs trimestres, l’activité économique de la Martinique est sans dynamique, et ce dans la plupart des secteurs. En 2018, la croissance sera aux alentours de 0,2 %, soit à un niveau identique à 2017 et le baromètre du climat des affaires ne laisse apparaître aucune dynamique sous-jacente. Le manque de reprise des investissements publics ne permet pas de parler de relance. L’investissement privé est en revanche bien orienté. De même, si l’activité touristique a connu une progression de 8 % aussi bien en termes de nombre de passagers que de nuités, ce niveau n’est malheureusement pas encore suffisant pour sortir le secteur de l’ornière. La Martinique est clairement à la recherche d’un nouveau souffle. Elle est en outre confrontée à une perte démographique importante, ce qui a tendance à tétaniser les acteurs.

 

> Guadeloupe : dynamique confirmée

L’activité économique de la Guadeloupe est mieux orientée. Les secteurs de l’agroalimentaire, du commerce, du tourisme, le BTP ont fait une bonne année 2018. Depuis quatre trimestres, le baromètre du climat des affaires est au-dessus de sa tendance de long terme. Les investissements, tant publics que privés, sont soutenus et la consommation des ménages est stable à un niveau élevé. Il y a un vrai souffle économique. En 2018, la croissance devrait atteindre +3 % et les perspectives sont d’ores et déjà favorables pour l’année 2019.

 

 

> Guyane : risque de surchauffe en fin 2020

En Guyane, l’indicateur du climat des affaires a légèrement fléchi durant le dernier trimestre 2018, mais reste sur une dynamique haussière durant l’année 2018. En 2018, les entreprises ont reconstitué leur trésorerie : toutes banques confondues, le volume de dépôts à vue des entreprises a progressé d’environ 50 M durant les 12 mois, soit un total de 400 M. Les crédits d’équipement ont également augmenté de manière sensible, une donnée corroborée par les données d’activité du Grand port maritime qui a progressé de 5,5 % par rapport à 2016, notamment les matières premières pour faire du ciment (+14,3 %). De même, les importations de véhicules neufs ont augmenté de 27,9 %, toutes catégories confondues. Du côté de l’emploi, le nombre de demandeurs d’emploi fin de mois a diminué de -0,9 % sur l’année et baissé de 3,3 % durant le dernier trimestre 2018. Le nombre d’emplois salariés a progressé de 7 % de janvier à septembre 2018 par rapport à la même période en 2017. Cette dynamique sera-t-elle suffisante au regard du déficit en infrastructures et de la dynamique démographique : la question demeure, d’autant que l’encours de crédit aux collectivités locales est en diminution sensible, ce qui veut dire qu’elles auront du mal à apporter leur contrepartie malgré le haut niveau des subventions présent dans le Plan d’urgence et du pôle Europe.

Globalement, la situation demeure fragile et difficile : pour le Comité consultatif d’agences, regroupant les principales entreprises des principaux secteurs, 2018 a été une année poussive en termes d’activité. Les projets sortent lentement, les collectivités locales rencontrent de vraies difficultés pour piloter et faire aboutir les projets : il y a un vrai problème d’hommes-clés. La réussite ou l’échec dépendent énormément de l’interlocuteur. Cette situation fait craindre un embouteillage en termes de sorties de projets avec un risque de surchauffe en 2020. Autre incertitude : l’insécurité fiscale du moment. Selon la Cellule économique régionale de la construction de la Guyane (CERC Guyane) qui suit l’activité du BTP, à novembre 2018, moins de 50 % des appels d’offres prévus ont été signés en 2018. Quelques projets emblématiques sont tous de même sortis, dont l’acquisition par l’État du terrain pour la nouvelle cité judiciaire pour 1,3 M : les 90 M de travaux vont donc pouvoir débuter.

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