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Madivial-AMIV : les fruits sont presque mûrs !

Madivial-AMIV : les fruits sont presque mûrs !

Les malversations et les contorsions comptables de Madivial et les bagarres à la tête de l’AMIV sont mis à jour par le président du Conseil exécutif de la Collectivité de Martinique. Il déclare qu’il ne mettra pas un euro dans la filière animale tant que le ménage ne sera pas fait !

Alfred Marie-Jeanne, le président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale de la Martinique (CTM), n’en peut plus des dysfonctionnements de la filière animale en Martinique !

Après la constatation par huissier de tonnes de poulets congelés jetés à la décharge voilà quelques mois, c’est cette fois la désignation, contre toute attente, d’un administrateur judiciaire juste après l’élection “dans les règles” du nouveau président de l’Association Martiniquaise Interprofessionnelle de Viande (AMIV), pour en bloquer le fonctionnement. Sans doute, pour éviter la mise en lumière les bizarreries contenues dans les comptes, comme par exemple le transfert de fonds européens vers des comptes d’amis, d’enfants… Cette élection “au bénéfice de l’âge” montre que le scrutin a été bataillé : il doit y avoir un trésor à garder !

L’AMIV est en effet l’association qui gère en Martinique la distribution aux éleveurs les subventions européennes Poséi, soit une enveloppe de 10M€ par an dont 6M€ versés à Madivial. Elle le fait à sa discrétion : ce transfert de la distribution de fonds d’Etat à une association interprofessionnelle est unique en France. L’Office de développement de l´économie agricole des départements des outre-mer (Odéadom) ne trouve là rien d’original puisque selon elle, puisque les délégations ont été faites dans les règles et que les statuts de l’AMIV l’autorise à verser les subventions qu’à ses adhérents. Conséquence : la gouvernance de l’AMIV bloque ainsi depuis de nombreuses années toute nouvelle adhésion, voire écartant celles qui ne lui conviennent pas.

Pour le président Marie-Jeanne, ce qui se passe dans la filière animale avec l’Amiv  et Madivial n’est rien de moins qu’un “Ceregmia bis”, faisant ainsi allusion à cette “usine à consommer des subventions” notamment européennes qui a sans doute contribué à l’implosion de l’Université des Antilles et de la Guyane.

Le scandale Madivial

Madivial est la coopérative de commercialisation des viandes de poulet, de lapin, de porc et de volaille, créée voilà sept ans.

Première situation embarrassante : la création de Madivial fait suite au regroupement de quatre coopératives animales (volaille, porc, lapin, lait), dont deux étaient déficitaires, une situation financière qui aurait dû rendre cette fusion impossible. La création de cette structure unique de commercialisation est l’astuce qu’ont trouvé l’Odéadom et la Direction de l’agriculture et de la Forêt (DAF) pour couvrir le versement indu de subventions à des coopératives déficitaires, mal gérées puisque ne tenant pas leurs assemblées générales et leurs comptes depuis de nombreuses années, alors que leurs statuts l’exigent.

Pour mener à bien ce tour, un contrôleur a été nommé, transformant au passage les déficits en bénéfices. Officiant à l’Odéadom, il a alors pris une disponibilité pour se faire embaucher à Madivial afin d’assurer le contrôle des comptes de la nouvelle structure. Difficile alors, de pointer ses propres turpitudes et d’exercer ses fonctions en toute indépendance et sérénité. Une situation qui génère des bizarreries : comment en effet expliquer que des factures émises en 2009 se retrouvent compensées en 2017 pour être découvertes payées en 2014 après réclamation des éleveurs. Des méthodes qui ne créent pas la confiance entre les adhérents et la structure de commercialisation : les éclats de voix et les menaces sont fréquents les jours de paiement des éleveurs qui voient régulièrement apparaître de nouvelles taxes ponctionnant le fruit de leurs ventes.

Le conseil d’administration de Madivial est composé de représentants des filières volaille (3), porc (2), lapin (1) et lait (1).  Seconde situation grosse de déséquilibre : avec ses cinq administrateurs, la volaille et le porc sont majoritaires, représentés par un seul éleveur en position dominante qui a ainsi la mainmise sur un outil qui devait être un bien commun.

Au fil du temps, la dépendance des administrateurs à cette présidence unique a été renforcée par le versement d’indemnités pour participation à de nombreuses réunions mensuelles s’élevant jusqu’à 200€ par jeton de présence.

Troisième incongruité : le président de Madivial se trouve avoir également été pendant de nombreuses années le président de l’AMIV. Cette situation devait cesser avec l’élection d’un nouveau président à la tête de l’AMIV la semaine dernière. La nomination d’un administrateur judiciaire pour une structure déclarée en bonne santé a bloqué la passation.

Les filières exsangues

Durant ses premières années de vie, Madivial a en effet affiché une éclatante santé financière, soit 16M€ de chiffre d’affaires en 2015 avec 1M€ de résultat, tandis que les filières animales perdent des adhérents et sont de plus en plus exsangues.

Ainsi, alors que Madivial annonce 300 000 litres de lait produits en 2016 avec sept éleveurs (ils étaient neuf voilà trois ans), les quantités réellement produites avoisinent  les 230 000 litres avec plus qu’un seul éleveur autorisé à vendre directement son lait. La production des six autres éleveurs est vendu à des transformateurs locaux de lait par Madivial, ces industriels se montrant de plus en plus réservés sur la qualité du lait vendue.

Du côté du lapin, les 70 tonnes annoncées en 2016 sont en réalité 38 tonnes par un nombre d’éleveurs tombé à neuf contre 14 voilà trois ans.

Quant à la volaille, alors qu’en fin 2014, la grande distribution alertait les dirigeants de Madivial qu’elle ne pouvait plus absorber la production locale de poulet frais (20 000 poussins mis en élevage toutes les semaines), dix poulaillers ont tout de même été rajoutés, portant en 2016 à 28 000 poussins mis en production par semaine. Résultat, les frigos sont plein et des palettes entières finissent dans les décharges quand la date limite de vente (DLV) est dépassée.

Pour réduire les quantités, la gouvernance de Madivial a trouvé une solution : elle a passé un accord avec Caraïbe Agro, industrie fabricant des plats cuisinés, installée à Ducos, en Martinique. Madivial lui vend les poulets congelés non loin de la fin de la date de DLV à un tarif ultra-préférentiel, avec rétrocession de commissions uniquement pour la gouvernance.

Contorsions financières et comptables

Les poulets congelés qui restent sont intégrés dans les stocks et dans les comptes de Madivial  comme s’il s’agissait de produits frais, ne subissant aucune dépréciation tel que cela devrait être dans une comptabilité normale.

Tous les acteurs ne goûtent donc pas à cette prestidigitation financière : Madivial doit répondre à quelques 30 procès intentés soit par des fournisseurs non payés, soit par d’anciens collaborateurs, soit par des adhérents. C’est le cas de la Codem pour 500 000€, du producteur d’aliment pour le bétail Martinique Nutrition Animale (MNA) pour 3,04M€, de Kini pour abus de bien sociaux… Ces dettes ne sont pas provisionnées dans les comptes, comme elles devraient l’être.

En outre, l’Odéadom avait mis en place une aide pour la mise en congélation de poulets suite à sur-production : les éleveurs de la Réunion ont contesté ce dispositif en 2015 parce que la totalité de l’enveloppe est consommée plusieurs années consécutives par Madivial, dénonçant ainsi une situation de rente.

Ces contorsions par rapport à la règle et ces malversations sont connues de la tutelle qui ne s’en émeut visiblement toujours pas. Mais la levée de boucliers est aujourd’hui telle, avec le Président du conseil exécutif en chef de file, que les fruits Madivial et AMIV paraissent suffisamment mûrs pour tomber. Cependant, Madivial et sa gouvernance actuelle sont le fruit d’un système dont beaucoup tirent profit. Si ce système reste en place avec juste des changements de présidence, d’autres Madivial et ses avatars resurgiront.

 

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