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Iédom : l’outre-mer résiste en 2020 et faible rebond en prévision en 2021

Iédom : l’outre-mer résiste en 2020 et faible rebond en prévision en 2021

Dans son bilan annuel, l’Iédom confirme l’impact de la crise sanitaire sur les TPE outremer. En 2021, les entrepreneurs des Antilles-Guyane envisagent de restructurer leur activité.

Outre-mer, l’impact de la crise sanitaire du covid-19 a été plus sensible dans les TPE que dans les PME” : c’est le constat fait par Marie-Anne Poussin-Delmas, présidente-directrice générale de l’Iédom, lors du bilan annuel pour l’année 2020 de l’institut. L’onde de choc a été sans précédent, et les effets se prolongent durant cette année 2021.

Globalement, aux Antilles-Guyane, l’Iédom a constaté une baisse de chiffre d’affaires moyenne de 8 %. Ce chiffre médian cache des disparités : 58 % des entreprises ont eu des baisses entre 5 et plus de 25 %.

Les entreprises du secteur touristique sont celles qui sont les plus touchées (76 %), suivies de celles de l’agriculture et de l’agroalimentaire (24 %), qui n’ont pas profité de l’effet confinement et de la construction (21 %). Parmi ces entreprises qui ont vu leur chiffre d’affaires lourdement chuter, 53 % emploient moins de 10 salariés. Les entreprises de 10 à moins de 50 salariés sont également dans la tourmente : 54 % d’entre elles ont vu leur chiffre d’affaires baisser dans les mêmes proportions.

Problèmes de trésorerie

Face aux problèmes de trésorerie engendrés par la crise sanitaire, 33 % des entrepreneurs des Antilles-Guyane n’ont mis aucune mesure en place pour résorber le problème : on peut imaginer qu’elles n’avaient aucune réelle solution. 43 % d’entre elles ont pris des mesures pour accélérer la relance des impayés des clients, 23 % ont allongé leurs délais de paiement à leurs fournisseurs et 24 % ont eu recours à des aides directes ou indirectes, comme le report ou l’annulation d’échéances fiscales ou sociales, le recours à des prêts garantis par l’État (PGE) et autres.

Ce sont les commerces, les industries hors agroalimentaire et l’hébergement/restauration qui ont eu le plus recours aux PGE. Les PGE ont diminué le recours à l’affacturage (3 % en 2020 contre 7 % en 2019), aux créances commerciales (2 % en 2020 contre 5 % en 2019), et moins de comptes courants se sont retrouvés débiteurs (11 % en 2020 contre 28 % en 2019). Notons que 22 % d’entreprises n’ont connu aucun problème de trésorerie.

En matière de délais de paiement, les derniers chiffres connus par l’institut datent de 2019 : la campagne de collecte des bilans 2020 n’est pas encore clôturée. Il sera en effet intéressant d’observer si les PGE et autres aides ont permis de conserver une certaine fluidité des paiements entre fournisseurs. Quant à la médiation du crédit, même par temps de crise, elle est demeurée à un faible niveau d’activité : une quarantaine de dossiers pour toutes les Antilles-Guyane.

Progression de l’épargne

Sur le front de l’emploi, pendant le premier trimestre 2020, les entreprises des outre-mer ont massivement utilisé les outils à leur disposition : chômage partiel (62 %), mise en congé (54 %), télétravail (51 %). En revanche, au quatrième trimestre, une majorité d’entre elles n’ont pris aucune mesure (43 %), sans doute arrivées au bout des possibilités en termes de mise en congé, de chômage partiel ou de télétravail. Des entreprises ont toutefois embauché au quatrième trimestre (15 %) : la tendance est encore trop ténue pour y voir un moindre signe.

Pour l’année 2021, sans se lancer dans des prévisions, l’Iédom pointe les éléments qui peuvent porter une certaine confiance : la collecte de l’épargne a progressé de 13 % en 2020, dont +11 % pour ce qui est appelé épargne forcée du fait de l’impossibilité de consommer à cause du confinement. Cette progression est particulièrement remarquable en Guyane. Ensuite, les plans de relance doivent permettre de transformer les économies avec le déploiement des énergies renouvelables, la transformation agricole, le verdissement de l’économie et la transition numérique. L’institut prévoit un rebond de 5 % avec une chute d’activité de 8 % en 2020.

Restructuration à venir dans les banques

Les nuances viennent des 1000 entrepreneurs des outre-mer interviewés régulièrement par l’Iédom : ils déclarent avoir touché les limites du recours à la mise en congé des collaborateurs, du chômage partiel et du télétravail. Les entrepreneurs cherchent donc des solutions parce que, selon eux, la crise va durer. L’idée est clairement d’adapter leur business model à cette instabilité profonde du fait de la crise sanitaire et de sa gestion par le gouvernement. En clair, ils annoncent à mots couverts des restructurations pour adapter leur organisation au volume de business.

Pour l’Iédom, les réseaux bancaires des Antilles-Guyane ne sortent pas indemnes de l’année 2020. Si elles ont toutes fait une bonne année grâce à la mise en œuvre des PGE, elles ont expérimenté sous la contrainte d’autres formes de travail qui les poussera à recalibrer leur réseau, voire à questionner leur présence sur place une fois que les flux financiers reviendront à un niveau plus normal. Dans ce secteur aussi, les prochaines années seront teintées de restructurations.

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