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France-Antilles/Digicel : le coup double de Xavier Nel aux Antilles-Guyane

France-Antilles/Digicel : le coup double de Xavier Nel aux Antilles-Guyane

Semaine importante pour Xavier Niel aux Antilles-Guyane : le tribunal de commerce étudie son offre de reprise des quotidiens des Antilles françaises et de la Guyane… et les discussions avec Digicel Group sont en bonne voie.

En temps qu’opérateur téléphonique, il est en retard sur le déploiement de Free Mobile aux Antilles-Guyane… et pourtant l’Autorité de régulation des communications électroniques et des Postes (Arcep) ne réagit pas vraiment.

Xavier Niel est en effet le propriétaire de l’opérateur téléphonique Free Mobile, attendu aux Antilles-Guyane depuis 2016, suite à la décision de l’Arcep d’introduire sur ces marchés un quatrième opérateur. Free Mobile dispose donc de fréquences en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin.

Free Mobile a été lancé en 2018 à  Saint-Martin, mais aucun déploiement réel sur la Martinique, sur la Guadeloupe, sur la Guyane et à Saint-Barthélemy, alors que dans les attendus de l’Arcep, ils devraient être effectifs au plus tard au 30 juin 2020.

L’Arcep avait même précisé des paliers de déploiement par territoire et par année : pour la Guadeloupe, 50% de la population couverte en 2018 et 90% en 2022 ; pour la Guyane, 30% en 2018 et 70% en 2022 ; pour la Martinique, 50% en 2018 et 90% en 2022 ; pour Saint-Barthélemy, 75% en 2018 et 90% en 2022…

L’Arcep a attribué fin 2019 des blocs de numéros téléphoniques à Free pour la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane. Quelques pylônes ont été installés en Guadeloupe (5) et en Martinique (4), un nombre insuffisant pour couvrir l’ensemble de ces territoires. Et dans l’état actuel de la concurrence, Orange Caraïbes n’envisage pas de recevoir ce nouvel arrivant sur ses pylônes. Quant à SFR…

Soutien de l’Arcep et du gouvernement

Les cartes pourraient être rebattues si Xavier Niel rachète le business de Digicel aux Antilles françaises et en Guyane. Digicel, opérateur téléphonique de premier plan sur 31 marchés dans les Caraïbes dont Haïti, en Amérique centrale et en Asie Pacifique, a pris pied aux Antilles françaises et en Guyane en 2000. Challengé par Orange et SFR, fragilisé dans son développement lors de l’attribution des fréquences en 2016, Digicel est un peu à la peine. Sortir des Antilles françaises ne devrait pas perturber la transformation mondiale d’ici 2030 lancée par Digicel Group.

Les discussions sont lancées et avancent.

Quant au dossier de reprise de France-Antilles et France Guyane, l’offre de Xavier Niel sera jugée le 10 mars par le tribunal de commerce de Fort-de-France. Elle a été présentée en visioconférence aux représentants du personnel. Il y aurait une reprise de 126 salariés sur 235, un tour de table composé de NJJ, la holding personnelle de Xavier Niel, apportant 3M€ ; 3M€ viendraient également de l’Etat et le reste des collectivités locales pour un total de 10M€.

Les éditions de Guadeloupe et de Martinique devaient toujours être quotidiennes, mais avec une pagination plus réduite. Elles seraient imprimées en Guadeloupe ; l’édition en Guyane demeurerait uniquement numérique. Aucune indication en revanche quant à la ligne éditoriale. Aucune indication non plus sur le renfort financier apporté pour le personnel qui sera touché par le plan social.

Dans l’état actuel de dossier, rien ne semble pouvoir empêcher cette reprise, soutenue par le gouvernement.

Ce coup double de Xavier Niel aux Antilles-Guyane a donc de bonnes chances de réussir.

Pour Orange comme pour SFR,  ce sera de mauvaises nouvelles : d’une part, parce que ces marchés contribuent de manière significatives aux résultats de ces deux opérateurs. Même si Free Mobile se détourne de sa stratégie historique low-cost depuis quelques mois pour préférer des offres plus chères, il a fort à parier que la bagarre sera tout de même réelle entre les trois opérateurs.

D’autre part, pour Orange comme pour SFR, se retrouver avec un concurrent qui possède les uniques quotidiens des trois territoires pourra être de nature à piper les affaires. L’Autorité de la concurrence pourra alors s’en mêler, comme il l’a fait dans le cas du rachat de Nice-Matin, Var-Matin et Monaco-Matin par Xavier Niel, pour éviter des ventes publicitaires liées qui sont de nature à déstabiliser les marchés.

A suivre donc.

 

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