Stratégie

Crédit agricole Martinique-Guyane fait de la croissance externe en Guyane !

Crédit agricole Martinique-Guyane fait de la croissance externe en Guyane !

La banque mutualiste va enfin y implanter son modèle coopératif. La banque verte accélère son implantation dans ce territoire en croissance.

Nous aurions pu implanter des agences en face de celles de LCL en Guyane, mais cela n’aurait fait du bien à personne !” : avec son franc-parler, Didier Grand, directeur général du Crédit Agricole Martinique-Guyane, résume la situation dans laquelle se sont retrouvées ces deux banques qui sont dans le même groupe : LCL appartient en effet à Crédit Agricole SA qui est une filiale des caisses régionales, dont celle de Martinique-Guyane.

À la suite de l’absorption de la BFC-AG en 2015, LCL a en effet hérité de trois agences en Guyane. Qu’en faire ? Jusqu’alors, LCL ne déployait pas de stratégie particulière pour ce territoire.

Implanter le modèle coopératif en Guyane

De son côté, le Crédit Agricole Martinique-Guyane, un peu à l’étroit en Martinique, se décide à accélérer son développement en Guyane, un territoire en forte croissance. “Nous y travaillons depuis 2018. Nous ne voulons pas simplement ouvrir de nouvelles agences, mais véritablement implanter notre modèle coopératif en Guyane”, poursuit-il. Cela s’est traduit cette année-là par la création d’un poste de chargé de la relation avec le monde agricole. “Il est chargé d’aider le monde agricole à se structurer. Par exemple, sur les 4500 agriculteurs en activité en Guyane, seuls 1500 d’entre eux sont inscrits à l’Amexa, la caisse qui verse les prestations maladie et invalidité de l’assurance maladie, invalidité et maternité aux exploitants agricoles. Nous leur donnons l’information et les accompagnons pour le faire.” L’Amexa existe en effet depuis 1961 et couvre les soins engagés par l’exploitant agricole et sa famille, qu’il soit en activité ou retraité, et assure le versement d’une pension d’invalidité au chef d’exploitation et au collaborateur en cas d’inaptitude totale ou partielle, jusqu’à l’âge d’obtention d’une pension de vieillesse.

La banque participe également à la structuration des filières : “Nous aidons la filière wassaï en Guyane, tout comme celle des champignons en Martinique. Nous aidons les coopératives à renforcer leur rigueur de gestion : nous sommes un partenaire sérieux et exigeant. Notre objectif est de mieux structurer, de créer des emplois pour mieux nourrir la population”, martèle-t-il. Par le passé, le Crédit Agricole Martinique-Guyane n’a en effet pas hésité à se retirer de certaines coopératives martiniquaises à cause de la découverte d’actes anormaux de gestion, ces décisions ayant entraîné leur disparition. Le Crédit Agricole Martinique-Guyane ne lâche cependant pas l’affaire : elle travaille en ce moment sur un projet destiné à aider à l’installation de jeunes agriculteurs.

Toutes les décisions prises au niveau local

Outre d’être au service du monde agricole, le Crédit Agricole Martinique-Guyane veut également prendre racine dans le territoire guyanais. “Nous souhaitons développer le nombre de nos caisses locales. Chacune d’elles regroupe en général six à neuf clients sociétaires qui participent aux conseils d’administration, aux comités de prêt, qui aident la banque à accompagner l’initiative locale, et tout cela bénévolement. Nous sommes en effet la seule banque à prendre toutes nos décisions localement : c’est ce double regard de spécialistes de la finance et de sociétaires bénévoles qui connaissent le terrain qui fait que nous avons le taux de risque le plus faible au niveau des banques locales”, poursuit-il.

Le Crédit Agricole Martinique-Guyane possède aujourd’hui une caisse locale en Guyane, qu’elle a dû restructurer en raison “de l’attitude non compatible” de la présidence de cette caisse. Elle souhaite en implanter une seconde à court terme.

En intégrant les trois agences de LCL, le Crédit Agricole Martinique-Guyane fait d’une pierre deux coups. Le premier : “Grâce à ces trois agences, nous renforçons le maillage du territoire : en plus du grand Cayenne, nous serons également à Saint-Laurent-du-Maroni et nous reviendrons d’ici 2022 à Kourou.” L’agence de Kourou sera effectivement fermée, car considérée comme mal placée par l’acheteur, mais réimplantée dans un meilleur site. De même, un arbitrage sera fait entre les deux qui se retrouvent côte à côte à Cayenne : “Et nous nous implanterons partout où ce sera nécessaire”, précise-t-il.

Le second : “Avec les 12 000 clients et les parts de marchés que nous apporte LCL, à savoir 10 % en crédit et 9 % en collecte, nous passons respectivement de 15 % à 25 % et de 5 à 14 % de part de marché : nous devenons le second acteur bancaire de Guyane, juste derrière la Bred”, précise-t-il. Sans cette croissance externe, le Crédit Agricole Martinique-Guyane aurait pris une dizaine d’années pour atteindre une telle performance.

Maîtrise encore plus les risques

Une telle croissance n’est pas sans risques, et la gouvernance du Crédit Agricole Martinique-Guyane le sait : “Même si le projet est bien accueilli, nous devons être très vigilants, d’une part, pour bien intégrer les salariés qui migreront sur notre informatique et notre organisation ; d’autre part, pour bien accueillir les clients à qui nous devons expliquer qu’ils changeront de numéro de compte puisque LCL disparaît en Guyane ; enfin, en étant encore plus vigilants en termes de risques – par exemple, le blanchiment est un vrai sujet en Guyane.

Du côté des salariés, la stratégie a en effet été adoptée : “Le comité d’entreprise a validé l’intégration des trois agences de Guyane avec leurs 32 collaborateurs. Et nous allons créer cinq emplois en Guyane : des postes de conseillers pros, particuliers, agricoles et de chargés d’affaires entreprises. Avec nos 25 salariés déjà sur place en Guyane, nos deux territoires sont encore plus reliés et dessinent un avenir commun”, déclare celui qui regrette avec d’autres l’éclatement de l’université et tout ce qui peut conduire à l’éloignement de ces territoires français d’Amérique entre eux.

Implanter une vraie banque coopérative en Guyane

Le modèle de la banque coopérative existe depuis le XIXe siècle mais n’est implanté aux Antilles françaises que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle a été imaginée et développée par le monde agricole qui ne trouvait pas de financement. À cette époque, elle ne s’est pas implantée en Guyane, qui ne comptait “que” 25 000 habitants et un système agricole peu développé selon la vision continentale des choses. C’est en 1985 que le Crédit Agricole Martinique ouvre sa première agence en Guyane et devient Crédit Agricole Martinique-Guyane. Entre-temps, la Guyane s’est développée : elle compte aujourd’hui 300 000 habitants et plus de 4500 agriculteurs.

Depuis dix ans, le Crédit Agricole Martinique-Guyane y a accéléré son développement : elle y possède trois agences, toutes implantées sur le littoral autour du grand Cayenne, et détient 15 % de part de marché globale ; précisément 15 % de part de marché en octroi de crédit et 5 % en collecte d’épargne.

Après l’intégration de LCL Guyane, Crédit Agricole Martinique-Guyane comptera 140 000 clients, 392 collaborateurs, 27 agences dont 6 en Guyane. D’ici cinq ans, la banque verte veut devenir le premier opérateur bancaire de Guyane.

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