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Christian Marchand : “Nous manquons de techniciens avion !”

Christian Marchand :  “Nous manquons de techniciens avion !”

Le Pdg d’Air Antilles se désole de cette pénurie alors que la demande des compagnies est là. Selon Christian Marchand, les décisions de formation ne sont pas adossées aux besoins de développement des territoires.

Comment se déroule le déploiement de Caire dans la zone Caraïbe  ?

Caire, avec sa compagnie Air Antilles Express, est le seul acteur régional français de l’aérien qui a la volonté d’ouvrir les Antilles françaises aux autres territoires de la Caraïbe. Nous allons à la fois à Barbade, à Porto Rico, à Sainte-Lucie, à Dominique, à Aruba, à Curaçao, à Bonaire, etc., via des alliances avec d’autres compagnies. Nous combinons des trafics pour rendre la chose rentable.

À quelles difficultés vous heurtez-vous  ?

Nous nous heurtons à des incompatibilités réglementaires. Nous sommes une compagnie européenne qui souhaite travailler avec des compagnies de la zone, par exemple néerlandaises. Chaque fois, nous devons démontrer que les exigences qui nous sont imposées par l’aviation civile correspondent aux mêmes exigences chez elles. Par exemple, pour nos techniciens, nous devons démontrer que nos spécificités correspondent aux leurs, même si nous volons sur le même type d’avions. C’est long, c’est difficile parce que notre vision d’ouverture de lignes dans la Caraïbe n’est pas accompagnée et portée suffisamment par les politiques et les acteurs opérationnels, aussi bien dans la partie française que dans les autres îles. Donc cela prend du temps et ralentit notre progression.

En interne, avez-vous suffisamment de ressources pour faire face à votre volonté de développement  ?

C’est effectivement le second sujet. Nous manquons dans la région de pilotes et de techniciens avion. Voilà dix ans, nous avions formé des jeunes sur ces métiers. Nous sommes même parvenus à l’implantation, en Guadeloupe, d’un bac pro aéronautique, option mécanicien, systèmes cellules au lycée de Blanchet du Raizet. Le secteur de l’aviation étant en développement, ils font aujourd’hui le bonheur de compagnies en Asie, dans le golfe…

Alors que l’aérien est en développement dans notre zone, il n’y a pas une action suffisamment soutenue pour inciter les jeunes à entrer dans cette filière : ils peuvent y accéder après un CAP ou un BEP technique, suivre au moins cinq à huit ans de formation et se destiner à de belles carrières.

Est-ce uniquement votre compagnie qui rencontre ce problème  ?

Non : nous avons tous le même problème. Pour le palier, nous faisons appel à des intérimaires qui viennent de l’extérieur, qui ne sont pas forcément les meilleurs et qui coûtent très cher aux compagnies, alors que nous avons des jeunes qui pourraient embrasser ces métiers où il y a de la demande.

Comment faudrait-il faire selon vous  ?

Nous, compagnies, devrions bien sûr être encore plus proactives auprès des jeunes et des circuits scolaires d’orientation, comme nous le faisons avec la section aéro du lycée de Blanchet. Cependant, cette seule démarche à ses limites. Elle devrait obligatoirement être couplée à une approche politique plus volontariste, faite d’une vision de territoire mettant en face les métiers et les compétences nécessaires.

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