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Emmanuel Macron en Martinique : les agriculteurs remettent leurs dossiers sur le haut de la pile !

Emmanuel Macron en Martinique : les agriculteurs remettent leurs dossiers sur le haut de la pile !

Pour se faire entendre, les agriculteurs de Martinique ont bloqué la résidence préfectorale où se trouvait le Président Emmanuel Macron. Ils ont été reçu pendant 2 heures par son conseiller spécial.

Pendant tout le mois de préparation de cette visite présidentielle, ni vos élus, ni l’administration ne nous ont remonté des problèmes concernant l’agriculture !” : Stanislas Cazelles, le conseiller spécial de l’Elysée pour l’outre-mer, n’a pas caché sa surprise face au “coup de sang” du monde agricole qui a bloqué la résidence préfectorale hier soir en Martinique, après s’être retrouvé, lors d’une réunion négociée avec le Préfet, devant un chargé de mission au ministère des Outre-mer en charge de l’éducation.

Une colère éruptive d’autant que les problèmes ne manquent pas.

Une délégation de onze membres constituée par les représentants de la FDSEA, du CDJA, des Fruits et légumes, de la canne, de la banane et de l’élevage a donc exposé ses difficultés. Aucune trace de représentants de la chambre d’agriculture, de l’interprofession : “Ces structures sont inefficaces ici !”, nous a lancé, lapidaire, un membre de la délégation, comme pour rappeler les nombreuses affaires judiciaires qui concernent l’interprofession notamment .

Aides non versées

Pendant deux heures, les agriculteurs ont donc égrainés leurs problèmes : les aides non versées suites aux mesures phytosanitaires de 2015 ainsi que celles suite au passage des cyclones Matthew de 2016 et Maria en 2017 ; l’arrêt de l’Asulox, cet herbicide utilisé jusqu’en avril dernier dans la canne (alors qu’il n’est interdit depuis 2012 en France continentale), qui entraîne un renchérissement du coût de la récolte de la canne parce que l’herbe est désormais arrachée à la main par le personnel principalement d’origine haïtienne qui acceptent de travailler sur les exploitations. Selon les planteurs, leur nombre a doublé depuis avril. Pour l’instant, le préfet de la Martinique a prolongé de deux mois leur autorisation de séjour en Martinique ; ils ne pouvaient demeurer jusqu’alors que six mois. Les planteurs réclament une aide pour faire face à l’accroissement subite de leur masse salariale.

Il a également été question de l’importation de fruits et légumes de Saint-Domingue via la Guadeloupe, ou encore de Sainte-Lucie ou de la Dominique voisines, sans contrôles sanitaires et à des tarifs très bas, concurrençant les mêmes productions locales. Ou encore de l’importation de viande congelée d’Europe à des coûts de revient à 0,9 centimes d’euros alors que le coût de production de la viande locale oscille entre 2,50€ et 3€ le kilo. Ils ont regretté que la viande locale soit si peu présente dans les linéaires des grandes surfaces, en mieux 15% aujourd’hui, alors que la loi sur l’Alimentation exige qu’elle atteigne 60%.

Arrêté suicidaire

Les agriculteurs ont également évoqué l’arrêté pris début juillet par le préfet de la Martinique en ce qui concerne les conditions d’obtention de l’agrément pour les coopératives. Ainsi formulé, il exclut de facto  du bénéfice des fonds du Programme d’Options Spécifiques à l’Eloignement et à l’Insularité (POSEI) les nouvelles coopératives. Dans son arrêté, le Préfet de la Martinique précise en effet que pour obtenir l’agrément, la coopérative doit justifier de 10% part de marché en année N-1. Selon les éleveurs, cette condition ne pourra jamais être remplie et relève d’une confusion entre une organisation professionnelle qui doit justifier d’un montant de chiffre d’affaires pour pouvoir être représentative et une structure collective telle qu’une coopérative qui se crée dans l’objectif de se développer, n’étant pas soumise à des critères de représentativité. Un recours est d’ailleurs été déposé auprès du tribunal administratif.

Les agriculteurs ont également regretté les lenteurs de la justice : “Une véritable organisation mafieuse a été mise en place pour aspirer les fonds européens sans résultats pour les filières. Nous la dénonçons depuis de nombreuses années et de nombreuses plaintes ont été déposées, de longue date, et aucune n’a pour l’instant abouti alors que les preuves là !”, ont martelé plusieurs membres de la délégation.

Stanislas Cazelles a assuré que les choses changeront. Il se donne trois mois pour résoudre ces problèmes et à proposé des clauses de rendez-vous avec les services de l’Etat et la représentation agricole toutes les semaines pour faire le point de l’avancée.

Tous les membres de la délégation se sont déclarés satisfaits de cette séance de travail qui s’est achevée à 22h. Ils demeureront cependant vigilants, ne voulant plus être victimes de paroles non suivies d’actes.

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