Économie

Rhums Neisson : le pari du bio !

Rhums Neisson : le pari du bio !

Pour cette distillerie familiale, le rhum AOC bio va dans le sens de l’histoire.

Nous avons toujours eu une sensibilité particulière à l’environnement : nous avons toujours coupé la canne sans la brûler, nous avons toujours utilisé le minimum d’intrants chimiques, en privilégiant un mélange de bagasse et de vinasse, nous nous sommes toujours intéressés à l’agriculture biodynamique, comme pour en quelque sorte rendre à la terre ce qu’elle nous a donné.” Pour Claudine Vernant-Neisson, se lancer dans la production de rhum bio AOC était presque une évidence. La distillerie a sorti ses premiers flacons de rhum bio en 2016 après une période de conversion amorcée en 2013 : “140 flacons que nous avons intitulés Esprit Bio 66. Nous les avons rapidement écoulés, démontrant que ce produit répond à une attente de la clientèle aussi bien en termes d’esthétique que de goût.

AOC et Bio

La distillerie Neisson consacre 12 hectares sur les 42 qu’elle possède à la conversion bio. “La première difficulté à surmonter a été de faire coïncider les cahiers des charges de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) pour la certification Appellation d’origine contrôlée (AOC) avec celle d’Ecocert pour la certification bio pour une culture de canne. Nous avons ensuite dû choisir une nouvelle variété de canne pour le bio, comme nous sommes une exploitation mixte, pour éviter que ce soit la même variété de canne pour l’AOC et le bio. Tout cela nous a obligés à changer notre mode cultural et notre process de fabrication.

Trois années sont nécessaires avant que les produits puissent bénéficier de certification bio. La création d’un rhum bio est une stratégie de différenciation forte pour la distillerie Neisson, malgré les risques : “Nous sommes les premiers à nous être lancés dans cette production qui pour l’instant ne bénéficie d’aucune aide, ni pour la culture, ni pour la distillation. Par exemple, nous avons constaté une baisse des rendements de 60 % la première année, pour être aujourd’hui aux alentours de -30 % par rapport à la culture sur une parcelle classique. Cette approche vertueuse de l’agriculture a un surcoût qui ne fait pour l’heure l’objet d’aucune compensation depuis six ans, alors que l’Europe comme la France et la collectivité territoriale veulent que les producteurs soient dans une démarche plus vertueuse par rapport à l’environnement.

Sens de l’histoire

Cette ténacité paye : le rhum agricole blanc 52,5° Conversion Bio parcelle T3 de Neisson a reçu le Nova Diamant 2019 à la 8e édition du Concours international “Femmes et Spiritueux du Monde” à Monaco, après avoir obtenu le Green Trophy en 2018 au Concours international des vins et spiritueux de Hong Kong.

Pour Claudine Vernant, la culture bio dans la canne va dans le sens de l’histoire : “En 2030, nous devrons inclure des mesures environnementales dans le cahier de l’AOC : c’est une tendance irréversible.” Cette petite entreprise familiale a en outre été la première distillerie des DOM et la première entreprise de Martinique à obtenir en 2018 le label Entreprise du patrimoine vivant : “Ce prix distingue les entreprises qui portent le plus et le plus loin la maîtrise de l’art et de la technique : en n’arrêtant pas d’innover, c’est ce que nous faisons depuis 87 ans.”

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