Vision

Rencontres bilatérales Guadeloupe-Martinique : pour construire enfin une vision commune

Les Présidents des Régions Guadeloupe et Martinique se remettent au travail. Ils ont initié un calendrier de rencontres bilatérales pour aborder tous les problèmes qui perturbent les relations. Voilà les premières avancées.

Les Présidents des Régions Guadeloupe et Martinique se remettent au travail. Ils ont initié un calendrier de rencontres bilatérales pour aborder tous les problèmes qui perturbent les relations. Voilà les premières avancées.

Enfin, oui, enfin, les deux exécutifs de Guadeloupe et de Martinique se remettent au travail autour de problématiques communes qui perturbent les échanges entre la Martinique et la Guadeloupe. Victorin Lurel, président du Conseil régional de Guadeloupe, et Serge Letchimy, président du Conseil régional de Martinique, ont donc décidé d’initier des rencontres bilatérales, avant de réactiver l’Union régionale Antilles-Guyane (URAG) avec Rodolphe Alexandre, président du Conseil régional de Guyane. A Inter-Entreprises, nous ne pouvons que saluer cette initiative : même si c’est pour acter des désaccords, cela vaut toujours mieux de se parler. Deux premières réunions de travail ont donc eu lieu fin décembre et début janvier. Premier point d’étape.

Les ports de Guadeloupe et de Martinique

Les deux présidents ont réaffirmé les synergies indispensables entre les deux ports, la nécessité que les deux plates-formes soient modernisées, agrandies et qu’elles développent entre elles une stratégie interportuaire pour saisir les opportunités. Ils ont décidé d’avancer d’un même pas pour renforcer les échanges entre la Martinique et la Guadeloupe. Le transport RO-RO sera favorisé. Plus largement, tout ce qui pourra favoriser la fluidité des échanges entre les deux îles, voire avec leurs voisins immédiats, sera étudié. Aujourd’hui, plus de 100 000 tonnes de marchandises et 300 000 tonnes de carburants sont échangés entre les deux îles. Les deux présidents ont affirmé de concert la nécessité de développer un système de cabotage efficace entre eux. La Martinique envisage d’ailleurs d’organiser, d’ici juin, une conférence sur la connectivité aérienne et maritime.

La mise en place du cyclotron

Le cyclotron est un système produisant des radioéléments destinés à soigner les cancers. Sur ce sujet, les deux présidents ont acté leur désaccord. La Martinique privilégie l’implantation d’un gros cyclotron coûtant 18M€ et alimentant trois tep-scan installés en Guadeloupe, Guyane et Martinique. Il pourra en outre servir, selon elle, à développer une coopération sanitaire avec les voisins de la Caraïbe. La Guadeloupe préfère la mise en place d’un cyclotron de petite taille pour son territoire, coûtant 9M€. Pour ce faire, la Région a d’ores et déjà fléché 8 M€ pour l’acquisition du matériel et a obtenu l’autorisation de l’Autorité santé nucléaire pour utiliser des éléments radioactifs. Elle négocie en ce moment avec le ministère de la Santé une contribution d’1M€.

L’octroi de mer

C’est sans doute le dossier le plus ardu parce qu’il touche aux finances des collectivités ! Commencé sous la présidence d’Alfred Marie-Jeanne, l’harmonisation des taux d’octroi de mer entre la Guadeloupe et la Martinique n’a guère avancé sous celle de Letchimy. Lors des rencontres bilatérales, un principe a été acté : pour l’octroi de mer concernant les produits importés d’un DOM à destination d’un autre, et les produits locaux empruntant le même circuit, la taxe sera reversé au lieu de consommation finale. Ce premier accord va refermer les brèches dans lesquelles s’étaient engouffrés bien des acteurs économiques à cause de la différence de taux.

Concernant ces écarts proprement dit, des discussions doivent encore être menées. Les taux d’octroi de mer pratiqués en Guadeloupe étant plus bas, la Martinique milite pour leur relèvement, ce que ne souhaite pas forcément la Guadeloupe.

Le troisième sujet concerne les relations avec la Guyane. Aujourd’hui, le déséquilibre est tel que la Guyane souhaite une clause de sauvegarde voire sortir du marché unique. Les Guyanais considèrent en effet anormal que les produits fabriqués aux Antilles entrent sur leur territoire sans s’acquitter de taxes et sont donc vendus moins chers que les produits locaux, ce qui empêche, selon eux, le développement de leur industrie. Des rencontres sont d’ores et déjà programmées à ce sujet. Elles devront obligatoirement aboutir d’ici le 30 juin 2015. Les présidents se sont d’ailleurs engagés à relancer les rencontres au sein de l’Union régionale Antilles-Guyane (URAG) créé en 2010, justement pour aborder tous les sujets qui coincent entre les trois régions Antilles-Guyane. Cette instance ne s’était pas réunie depuis deux ans.

Tarifs et fiscalité sur le tabac

Voilà un sujet délicat. La fiscalité des tabacs n’est pas de la compétence des Régions, mais de celle des Conseils généraux. Le problème vient de la loi Raffarin. Elle a changé l’assiette de la taxe sur la consommation de tabac. Depuis cette date, le droit local de consommation subit les augmentations aussi bien nationales que locales. Conséquence : en dix ans, les prix ont augmenté de 3400%, entrainant l’effondrement des ventes des entreprises de ce secteur d’activité, le développement de la contrebande et l’explosion des ventes en duty-free. Cette question sera abordée au niveau parlementaire. Cependant, les députés craignent d’être taxé pro-fumeurs et d’œuvrer contre les intérêts de la Sécurité sociale.

L’Université, Pépite et Interreg

En ce qui concerne la bonne gestion et répartition des moyens dans la nouvelle Université des Antilles (UA), le dossier est loin d’être stabilisé. D’une part, l’élection du président de l’UA et celle des présidents des deux pôles seront des étapes sensibles. D’autre part, la répartition administrative n’est pas finalisée et encore moins celle du budget. Enfin, sur certaines formations, notamment sanitaires et sociales, de meilleurs équilibres sont encore recherchés afin qu’ils correspondent d’avantage aux besoins des territoires. Les équipes commencent à évoquer cependant élaboration de schémas régionaux de l’enseignement supérieur cohérents. De même, les deux présidents se sont mis d’accord pour une participation conjointe au comité de pilotage du Pôle étudiant pour l’innovation, le transfert et l’entreprenariat (Pépite). De même, ils ont acté la mise en commun des formations artistiques et culturelles proposées par l’Institut régional d’art visuel de la Martinique (IRAV) et le Pôle régional des arts et spectacles (PRAS) de Guadeloupe. Un inventaire des besoins a été lancé.

Quant à Interreg, les Présidents ont reconnu leurs difficultés, mais réaffirment cependant leur volonté de continuer à gérer ces fonds européens dédiés à la coopération avec les voisins caribéens conjointement.

Géothermie

Après avoir réaffirmé leur soutien au projet géothermique avec la Dominique, la question est en fait de savoir qu’elle sera la première ile interconnecté, la poche découverte étant moins puissante que prévue. Le principe semble être acté, au regard de ses besoins, que ce sera d’abord la Martinique.

Les habilitations

La Guadeloupe a donné gratuitement ses travaux sur l’habilitation énergie à la Martinique. La Région Martinique fera-t-elle de même pour l’habilitation sur la formation professionnelle voire sur celle du transport ? Les deux Présidents ont convenu de poursuivre leurs échanges d’expérience.

Les problèmes environnementaux

En ce qui concerne la pollution des sols au chlordécone, le président du Conseil régional de la Martinique a manifesté sa volonté de rejoindre l’action entreprise par le Conseil régional de Guadeloupe à l’encontre de deux entreprises américaines dont Dupont de Nemours pour obtenir réparation. Ce pourra être une plainte conjointe ou en se portant partie civile. Pour rappel, il est estimé que 30 000 hectares sont pollués dans les Antilles françaises, dont 5 000 hectares en Guadeloupe. Les élus du Conseil régional de Guadeloupe ont émis un avis favorable à cette demande. Les élus de la Martinique doivent se prononcer dans les prochaines semaines.

Contingents rhum et banane

Les plafonds des contingents à l’export attribués à la Martinique et la Guadeloupe pour le rhum et la banane sont atteints. Des négociations sont en cours pour les augmenter. Les présidents se sont mis d’accord pour que les surplus qui seront obtenus au-delà des 120 000 hectolitres d’alcool pur (HAP) actuels soient attribués en priorité à la Guadeloupe et à la Guyane qui n’en disposent respectivement que 11 285 HAP et 500 HAP. La Martinique dispose déjà de 43 157 HAP qu’elle a quelques fois du mal à exporter.

Bureau de représentation à Bruxelles

Les présidents ont reconnu qu’il faut améliorer le fonctionnement du bureau de la représentation de l’Association des régions ultrapériphériques françaises à Bruxelles.

Partager cet article :

Suggestion d'articles :