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Questions à Marie-Laure Ciprin, présidente du cluster de Guadeloupe : “La mer est le moteur de la relance économique de nos îles !”

Questions à Marie-Laure Ciprin, présidente du cluster de Guadeloupe : “La mer est le moteur de la relance économique de nos îles !”

La présidente du cluster de Guadeloupe milite pour qu’un autre regard opérationnel soit porté sur la mer. Il y a un fossé béant entre la stratégie maritime française et les ambitions du territoire.

Vous êtes la présidente du cluster maritime de la Guadeloupe qui regroupe l’ensemble des acteurs de la filière mer. Comment appréciez-vous la situation de ce secteur d’activité ?

Aujourd’hui encore, dans l’inconscient collectif, quand on parle mer, on ne parle que de pêche. Or, la mer, ce n’est pas que cela ! Cette approche minimaliste fait qu’il y a un fossé béant entre la stratégie maritime française et les ambitions du territoire.

En Guadeloupe, nous n’avons pas, par exemple, de lycée public tourné vers les métiers de la mer. Celui qui était prévu à Terre-de-Bas ne semble plus d’actualité. Il existe certes l’école privée de M. Coquelin, mais elle ne peut porter seule une stratégie de territoire tournée vers l’économie bleue !

De même, Guadeloupe Formation attend les agréments pour pouvoir proposer des formations maritimes. Tout est à construire, et en lien avec la Martinique : aujourd’hui, la Martinique possède un lycée maritime avec un internat où de jeunes guadeloupéens suivent des formations.

L’action du cluster maritime peut-elle faire évoluer cette situation ?  

Nous le croyons. Notre cluster a été créé en 2011 dans l’objectif de rassembler tous les acteurs de la filière autour de l’économie bleue. Nous regroupons une soixantaine de structures, comme l’Union maritime portuaire (UMEP), des entreprises privées comme l’Aquarium, les clubs privés et les services de l’État comme la Déal, etc.

Notre première réussite est d’être devenue l’interlocuteur unique de l’administration pour tout ce qui concerne ce secteur. Par exemple, nous avons pu échanger de manière efficace avec les services de l’État pour la mise en place de la taxe Barnier qui fait participer les passagers de transport maritime à la protection des espaces protégés qu’ils fréquentent, qu’ils débarquent ou non. Cette taxe s’élève à 7 % du prix hors taxe du billet aller dans la limite de 1,57€ et doit être reversée aux services des douanes, qui la reversent au gestionnaire public de l’espace protégé ou, à défaut, à la commune.

Nous sommes également l’interlocuteur du conseil régional, qui a créé une cellule Économie Bleue. Il faut maintenant passer à une autre échelle si nous voulons développer réellement tous les potentiels de ce secteur d’activité.

Le grand port maritime est un acteur majeur de cette économie bleue : quels sont vos liens avec lui ?

Nous discutons avec le grand port maritime. Les échanges sont quasi au point mort sur certains sujet. Son principal projet stratégique par exemple est Karukera Bay. Il a été présenté en 2017 et depuis aucun chantier n’a commencé. De même, pour la construction et la réparation de bateaux, le grand port ne propose pour l’instant que des autorisations d’occupation temporaire (AOT) de 11 mois rendant impossible d’investir durablement.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Dans l’avenir, encore plus qu’aujourd’hui, la priorité doit être donnée à la formation. Pour les professionnels en activité qui ne sont pas diplômés, la validation des acquis de l’expérience (VAE) avec des modules spécifiques est indispensable.

Nous devons en outre multiplier les formations vers les jeunes. Nous devons surtout leur faire savoir que s’ils font de la prison, ils se coupent de la possibilité de passer des diplômes d’État leur donnant accès à des métiers passionnants. Nous avons connu cette situation quand nous avons organisé voilà trois ans une formation à la conduite de scooter des mers. Nous avions des jeunes très motivés que nous n’avons pu accepter parce qu’ils n’auraient pas pu passer le diplôme à cause de leur casier judiciaire.

Nous travaillons également avec le RSMA afin qu’il puisse faire passer le brevet de capitaine 200 UMS qui permet d’embarquer en qualité de capitaine sur tous types de navires de commerce ou de plaisance professionnelle de moins de 200 UMS. Mais pour valider le diplôme, il faut douze mois de navigation : nous avons sensibilisé les patrons d’embarcations en Guadeloupe afin que chacun d’entre eux s’engage à prendre un jeune en stage. Le Covid-19 a arrêté ce projet, nous allons le reprendre.

Avez-vous d’autres projets ? 

Le démantèlement des navires est un vrai sujet. Par exemple, à Saint-Martin, plus de 700 épaves ont été recensées. Elles doivent être enlevées : cela représente du travail et la structuration complète d’une filière pendant de nombreuses années, de l’enlèvement au transport jusqu’au recyclage, avec beaucoup de travail à la clé.

Le traitement des sargasses est également un sujet : le ramassage en mer doit être privilégié ainsi que leur transformation. Ici aussi, il faut imaginer une filière.

Nous devons également nous intéresser aux énergies nouvelles, à l’éolien en mer notamment ou encore à l’énergie marine : la mer est vraiment le moteur de la relance économique de nos îles.

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