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Questions à François Perret, ambassadeur de l’épargne salariale “Il ne faut plus opposer profits et salaires”

Questions à François Perret, ambassadeur de l’épargne salariale “Il ne faut plus opposer profits et salaires”

Pour l’ambassadeur de l’épargne salariale, les Antilles sont culturellement prêtes à mettre en place les dispositifs d’intéressement.

Quel est votre rôle auprès des ministères de l’Economie et du Travail  ?

Avec Thibault Lanxade, nous sommes ambassadeurs de l’intéressement auprès des ministres de l’Économie et du Travail jusqu’en 2020, c’est-à-dire que notre mission est de sensibiliser les entrepreneurs et les salariés sur un sujet qui me paraît fondamental : celui du partage des richesses des entreprises, d’une meilleure association des salariés aux résultats des entreprises. Nous croyons que l’entreprise du futur se développera grâce aux nouvelles technologies et à l’innovation et que cette innovation sera aussi sociale.

 

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire que nous devons tendre vers un meilleur alignement des salariés avec leurs dirigeants, pour partager une vision commune et les fruits de cette collaboration réussie.

 

Qu’est-ce qui a poussé le gouvernement à s’intéresser à cela ?

Le gouvernement a pris conscience du fait qu’il y a un enjeu important sur l’épargne salariale pour les Françaises et les Français. Le premier est la distribution du pouvoir d’achat. Aujourd’hui, au niveau national, 19 Md€ font l’objet de redistribution chaque année, ce qui correspond à un versement moyen de 2512€ par an par personne et constitue un montant non négligeable, en sachant que le salaire médian est en France de 1800€. L’épargne salariale peut donc être un ajout de rémunération non négligeable.

Le deuxième enjeu est l’objectif d’apporter plus de cohésion sociale dans le monde du travail. Ne plus opposer les profits d’un côté et les salaires de l’autre. Par ailleurs, à travers l’épargne salariale, les PME et TPE ont la possibilité de fidéliser les talents : c’est un élément d’attractivité de l’entreprise.

 

Selon vous, les dispositifs d’intéressement et d’épargne salariale qui existent depuis un certain temps sont encore méconnus ?

Ces dispositifs sont effectivement encore largement méconnus et donc peu utilisés un peu partout en France. Notre travail est de les expliquer, de démontrer que les entrepreneurs et les salariés peuvent, de manière plus simple, passer un accord d’intéressement et de participation, même quand on est une TPE ou une PME.

 

Sur quoi porte la simplification de ces dispositifs qui apparaissaient effectivement comme complexes à mettre en œuvre ?

La loi Pacte a introduit deux nouveautés importantes : tout d’abord, la suppression du forfait social, c’est-à-dire la contribution payée par l’employeur chaque fois qu’il y avait de l’argent qui était distribué par le biais de l’intéressement et de la participation. Ensuite, le ministère du Travail met à disposition des accords simplifiés qui serviront de socle aux chefs d’entreprise qui n’auraient pas su jusque-là comment rédiger un accord. L’entrepreneur et les salariés ne sont plus seuls pour avancer sur l’épargne salariale : désormais, ils sont aidés par un environnement fiscal et réglementaire stabilisé et plus avantageux.

Rappelons que les objectifs ne sont pas seulement financiers : il y a aussi un enjeu de développement social ou environnemental. Par exemple, l’entreprise peut choisir la baisse du taux d’émission de CO2 et récompenser ses collaborateurs par le biais de l’intéressement.

 

Aux Antilles et en Guyane, à quel point en est-on de la signature de tels accords ?

Dans ces trois territoires, il y a un peu moins de 400 contrats de participation signés, dont précisément 107 en Martinique et 280 en Guadeloupe. Au-delà de ces chiffres, nous avons constaté que ces territoires ont de grands potentiels sur ce sujet. Culturellement, ils sont prêts. Cependant, il faut garder à l’esprit que pour pouvoir distribuer des résultats, il faut que l’entreprise dégage des excédents : la volatilité des résultats est une réalité de la vie d’entreprise. Quoi qu’il en soit, en Guadeloupe comme en Martinique, il reste une majorité d’entreprises qui sont éligibles, quelle que soit leur taille. Même dans une entreprise de trois à quatre salariés, il peut y avoir une réflexion sur la performance collective et comment y associer tout le monde. Des réflexions vont être menées par les acteurs économiques représentants des salariés comme du monde patronal des Antilles pour intensifier leur utilisation à travers des accords de branches notamment.

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