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Questions à Annick Minatchy-Celma, ingénieur prévention Caisse générale de Sécurité sociale : “Répondre à la pression mentale des entrepreneurs ”

Questions à Annick Minatchy-Celma, ingénieur prévention Caisse générale de Sécurité sociale : “Répondre à la pression mentale des entrepreneurs ”

La crise s’est installée, provoquant un stress important chez les entrepreneurs : la CGSS expérimente une cellule d’écoute. Un service original d’écoute imaginé et expérimenté par la Sécurité sociale, le Conseil départemental et la préfecture.

La Caisse générale de Sécurité sociale de la Guadeloupe vient de créer une cellule d’écoute à l’attention des employeurs et dirigeants : pourquoi l’avoir fait ?

C’est une demande qui nous est venue de la préfecture et à laquelle nous nous sommes immédiatement associés avec le Conseil départemental. La période est en effet difficile : la crise s’est installée dans la durée, les fermetures administratives se sont succédé, entraînant une pression mentale importante pour les entrepreneurs et les dirigeants. C’est à cette problématique que nous allons répondre avec cette cellule d’écoute.

Comment s’organise-t-elle ?

Cette cellule s’articule autour d’un numéro de téléphone, le 05 90 69 66 64, disponible du lundi au vendredi, également équipé d’un système de rappel. À ce numéro répondent quatre psychologues spécialisés qui apporteront une première écoute et un soutien psychologique aux entrepreneurs.

Pour les cas les plus préoccupants, la cellule proposera aux chefs d’entreprise, s’ils le souhaitent et dans la plus stricte confidentialité, de bénéficier d’une prise en charge par un psychologue spécialisé. Pour les autres cas, la cellule d’écoute proposera une réorientation vers des structures publiques ou privées spécialisées dans ce type d’accompagnement.

Quelle est la structure derrière cette cellule d’écoute ?

C’est le cabinet Acoa qui est chargé de la réalisation opérationnelle de ce dispositif expérimental sur notre territoire. En effet, ce n’est pas un dispositif national que nous avons implanté en Guadeloupe, mais un service que nous avons imaginé avec la préfecture et le Conseil départemental pour répondre à un problème qui a été pointé par tous les représentants des entrepreneurs tout au long de cette période de crise.

À la caisse générale de Sécurité sociale de Guadeloupe, nous avons également associé notre service de prévention et de suivi parce que nous souhaitons prolonger cette expérimentation. En effet, tout en garantissant une totale confidentialité des échanges aux entrepreneurs, nous repérerons toutefois les secteurs concernés, les tranches d’âge, les types de problèmes rencontrés de manière à ce que nous puissions déployer des actions vers les autres secteurs. Nous sommes en effet convaincus que les effets de cette crise touchent tout le monde.

Pour preuve, une de nos assistantes sociales se rend régulièrement à Marie-Galante auprès des exploitants agricoles : elle nous remonte des problèmes de fort stress au sein de cette population d’entrepreneurs.

Combien de temps durera cette expérimentation ?

Nous n’avons volontairement pas décidé d’une durée dans le temps. Nous nous fixons plutôt un objectif de 200 appels.

 

Comment inciterez-vous les chefs d’entreprise à contacter cette cellule d’écoute ?

Outre la communication, nous sensibiliserons les organisations patronales à la mise en activité de cette cellule d’écoute et nous positionnons des affiches dans tous les lieux de passage où les entrepreneurs se rendent.

Nous encourageons les chefs d’entreprise à se saisir de cet outil et chaque acteur à s’en faire le relais auprès des personnes qui en auraient besoin. Ce dispositif expérimental intervient également à la suite des travaux menés par l’Aract Guadeloupe portant sur la santé du dirigeant qui révèle que “32 % des répondants guadeloupéens sont en pré-burn-out, et que le risque d’épuisement professionnel pèse sur les dirigeants. Les chefs d’entreprise souffrent également d’isolement et les difficultés du quotidien leur donnent le sentiment d’être coincés, limités dans leur action”. La cellule d’écoute devrait permettre d’apporter une première réponse à ces constats.

 

Une expérimentation guadeloupéenne

C’est au sein de la cellule de crise de la préfecture de Guadeloupe que le sujet a été pointé, et plus précisément le commissaire à la vie des entreprises et au développement productif qui a alerté, dès la sortie du premier confinement en juin 2020, de l’impact de la gestion de la crise sanitaire sur le mental des entrepreneurs. En contact avec les entreprises, il a constaté que si leur moral s’était quelque peu revigoré entre novembre 2020 et janvier 2021 avec la levée de certaines restrictions, l’augmentation de la charge mentale était de nouveau visible en mars 2021, à cause de la nouvelle fermeture des entreprises. Les entrepreneurs des secteurs du tourisme, de la restauration, des discothèques et de l’événementiel notamment, fermés depuis 14 mois, sont concernés par cette cellule d’écoute, mais pas seulement.

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