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Question à François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, “Transformer nos défis en opportunités”

Question à François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France, “Transformer nos défis en opportunités”

Pour le Gouverneur de la Banque de France, l’instabilité du moment ne devrait pas conduire à la peur, au repli et à la nostalgie.

Le coronavirus fait peser de grandes incertitudes sur l’économie mondiale. Comment la Banque de France appréhende-t-elle ce problème ?

Le coronavirus fait effectivement peser de grandes incertitudes sur le monde. Plus le phénomène dure, plus il aura des effets sur l’économie mondiale. Il est certain que les investisseurs et les entreprises n’aiment pas les incertitudes.

Nous sommes donc très attentifs.

Nous observons également que cette crise sanitaire de grande ampleur est survenue dans un contexte de stabilisation économique relative, suite à l’accord intervenu entre la Chine et les États-Unis, cela doit contribuer à diminuer les incertitudes. La Chine doit donc continuer à donner de l’information pour redonner espoir et faire revenir la confiance.

Une telle crise sanitaire présente-t-elle un risque pour le système financier européen ?

L’Euro est stable et mondialement reconnu. Depuis la crise de 2009, les règles pour sécuriser nos institutions financières ont été renforcées. Tous les risques n’ont bien sûr pas disparu, mais le système est plus solide qu’avant 2009. Il peut mieux résister aux aléas actuels.

Cependant, si cette crise sanitaire et le ralentissement  se prolongent, les différentes banques centrales auraient à leur disposition suffisamment d’instruments financiers. Elles ne peuvent toutefois porter seules la responsabilité de l’action : les États doivent aussi y contribuer grâce à des marges de manœuvre budgétaires.

La France semble avoir peu de marges de manœuvre budgétaires…

Je ne pense pas prioritairement à la France.

 

Au-delà de cette crise, comment caractériseriez-vous la période ?

Le monde change vite et des bouleversements s’enchaînent. Le défi est d’abord géopolitique : par exemple, la politique commerciale des Etats-Unis est porteuse de tensions. Les défis sont également climatiques, numériques, etc. Ces défis obligent à s’adapter, cette nécessité crée de l’inquiétude.

 

Quelle serait la bonne attitude dans ce monde incertain ?

Dans ce monde incertain, ce qui importe est de savoir ce que veulent l’Europe, la France et les Outre-mer singulièrement. Est-ce que nous ne regarderons que nos problèmes ou bien nous concentrerons-nous sur nos atouts pour retrouver de l’allant ?

Est-ce que nous allons choisir la peur, le repli et la nostalgie, ou bien la confiance en nos capacités à transformer ces défis en opportunités ?

 

Donnez-nous un exemple de cette transformation indispensable…

La Banque de France est leader sur la finance verte. Le Network for Greening the Financial System (NGFS) qui ne comptait que huit banques à son lancement en 2017 en compte aujourd’hui cinquante. Et la Banque centrale des États-Unis vient de faire part de son intérêt pour notre réseau. Nous sommes mobilisés pour aider le système financier à prendre toute sa part à la baisse du risque climatique.

 

Nous entendons effectivement cette volonté de verdir la finance. N’est-ce pas encore un effet d’annonce ?

Non ! Pour la Banque de France, par nos actions, nous réduisons de 10% notre production de gaz à effet de serre. De même, pour les banques que nous supervisons, nous exigeons de publier leurs impacts sur le climat et de nous indiquer comment elles pilotent la réduction de ce risque.

 

Comment la France est-elle perçue par vos collègues étrangers ?

Nous nous rencontrons souvent et je constate que la France est regardée plus positivement, en raison de sa force économique : plus de 1 million d’emplois créés depuis quatre ans. Elle est aussi considérée pour de la qualité de sa main d’œuvre, la solidité de ses institutions et de ses services publics.

Certes, nous avons en ce moment un débat difficile sur la réforme de la retraite, mais depuis vingt ans, notre pays a su faire des réformes.  Regardez le succes de l’euro: cette monnaie unique est même  attrayante pour nos voisins, ceux de l’outre-mer compris. La réforme de l’emploi ainsi que le prélèvement à la source ont été menés avec succès. La perception de l’extérieur sur nous-mêmes est souvent meilleure que la nôtre !

La Banque de France s’intéresse à la monnaie virtuelle : pourquoi ?

Nous avons en effet décidé de mener une première expérimentation au sein de l’Eurosystème d’une monnaie digitale, qui ne serait pas une monnaie virtuelle. L’idée est venue d’Asie et de Suède . Elle part du constat de la baisse de la circulation du nombre de billets qui est la forme financière la plus solide, puisque la Banque de France garantit sa valeur faciale.

S’il y a moins de billets, les banques centrales doivent être en capacité de mettre à disposition des citoyens une monnaie digitale de la même qualité que celle des billets. Le sujet est complexe. Nous ouvrons le dossier : la Suède qui l’a fait voilà trois ans n’a toujours pas abouti.

 

Quelle différence avec le bitcoin ?

Le bitcoin n’est pas une monnaie. Ceux qui l’utilisent le font à leurs risques et périls. Personne n’est responsable de la valeur du bitcoin qui est très fluctuante.

 

Pourquoi vous venez d’effectuer un déplacement en Guyane ?

Je suis d’abord venu confirmer que l’outre-mer est très important pour la Banque de France. Rien ne peut remplacer le contact humain avec les équipes, les partenaires financiers, les élus, etc. Ce type de visite est donc nécessaire.

La Guyane illustre bien en outre les deux grandes caractéristiques de l’outre-mer : une dynamique forte, et des défis de toutes natures à relever. Si la Martinique et la Guadeloupe sont des économies plus matures, la Guyane est en phase  de rattrapage.

A travers l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (Iédom), nous garantissons la stabilité financière des places financières outre-mer dont celle de la Guyane. L’Iédom est en effet chargé de la lutte contre le surendettement, du droit d’accès au compte, de la cotation des entreprises et de la médiation du crédit. Par exemple, pour nous rapprocher des nombreux habitants de l’Ouest guyanais, nous avons ouvert un bureau d’accueil et d’information à Saint-Laurent-du-Maroni.

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