Stratégie

Grands ports maritimes

Ports des Antilles-Guyane : accélérer la mutation

Ports des Antilles-Guyane : accélérer la mutation

La digitalisation et le télétravail ont touché en profondeur l’organisation des deux grands ports maritimes des Antilles et recentré les activités sur l’essentiel.

“Quand tout s’écroule, un port retourne à ses objectifs premiers : assurer les trafics essentiels à la vie !” : Pour Jean-Rémy Villageois, président du directoire du Grand port maritime de Martinique, l’expérience de l’arrêt volontaire de l’activité portuaire a montré la vulnérabilité du système du transport. “Pendant toute cette période, les questions économiques étaient mises de côté : l’essentiel était de savoir si le bateau de céréales était bien parti du Havre pour ne pas couper la chaîne de fabrication d’aliments en Martinique”, confirme-t-il. Une vision partagée par Valérie Séné, présidente du directoire par intérim du Grand port maritime de la Guadeloupe : “Depuis trois ans, nous avons mis en place des fiches réflexe de crise pour tous les métiers : elles ont permis à chacun de bien réagir à son poste, même si nous avons dû les mettre à jour par rapport au risque pandémie. Notre objectif était la continuité de l’activité.

Les autorités portuaires des GPM de Guadeloupe et de Martinique ont fait le choix de ne pas exposer leurs salariés. “Sur nos 150 agents, seuls 20 d’entre eux sont demeurés sur site pour activer les portiques ou effectuer les travaux de maintenance, par exemple. Cinquante d’entre eux ont été mis en télétravail et tous les autres en chômage partiel”, détaille Valérie Séné.

 

Télétravail et digitalisation

Mise en place d’équipes opérationnelles, télétravail et digitalisation renforcée également au GPM de la Martinique : “Outre l’activation du plan de continuation d’activité modifié au moins trois fois, un groupe de partage entre directeurs de ports de la même façade maritime a été constitué avec les ports du Havre, de Marseille, de Montoir, de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane : nous nous sommes beaucoup appelés ! Nous avons aussi constitué un poste de commandement opérationnel de trois personnes, à savoir le directeur des opérations, le commandant et moi-même pour être en mesure de réagir rapidement au moindre problème”, détaille Jean-Rémy Villageois.

Cette organisation quasi militaire a été nécessaire pour faire face à la brutalité de l’annonce du confinement et de ses conséquences. “La croisière, le trafic interîles de passagers et la réparation navale se sont arrêtés immédiatement. En revanche, le trafic containers a, lui, baissé de 50 % au bout d’un mois : nous avons été les derniers à nous arrêter le temps que le flux des commandes tarisse. Nous constatons depuis ces dernières semaines une diminution du nombre de containers sur les navires : nous serons sans doute les derniers à repartir”, craint-il.

 

Reprise plus tardive

En Guadeloupe, le trafic containers a également continué : “Dans un premier temps, nous avons absorbé le rapatriement des containers disséminés dans les ports à cause de la crise sociale de décembre 2019 et nous avons pu faire repartir les containers vides. Maintenant, les terre-pleins et parkings sont pleins”, prévient Valérie Séné. Pour les deux présidents de directoire, seule la reprise de la consommation pourra valablement relancer le trafic : rien de certain de ce point de vue pour l’instant.

L’heure est maintenant à la reprise d’activité pour les collaborateurs : “Nous avons tenu trois comité social et économique  (CSE) pour parvenir à établir un document de 18 pages qui rentre dans les moindres détails. Nous discutons également pour parvenir à un accord afin de poursuivre le télétravail en trouvant des règles qui respectent l’équité. Nous travaillons aussi pour accélérer la révolution qu’a constituée pour nous la dématérialisation de notre activité”, liste Valérie Séné. Pour elle comme pour Jean-Rémy Villageois, les chantiers sociaux seront importants dans les prochains mois pour réussir l’obligatoire mutation de l’organisation des GPM.

Dans les deux grands ports, la reprise des collaborateurs va s’étaler jusqu’au 30 juin, et sera également fonction de l’évolution du trafic. Comme dans la plupart des secteurs que nous avons interrogés, durant la période du confinement, le constat a été fait de l’inversion du rapport de force social pendant les deux mois de fermeture obligatoire : l’inquiétude face au virus a été propice à un dialogue social intense durant lequel la coopération a dominé. Il a aussi permis de faire taire les querelles syndicales et de développer des coopérations efficaces. À l’heure de la reprise, parce que l’inquiétude est encore palpable, les partenaires sociaux souhaitent le renforcement des mesures sanitaires, rendant le modèle économique encore plus coûteux… et les dirigeants constatent une reprise des stratégies de reconquête du “pouvoir”. Le risque de conflit est donc élevé, partout.

 

Repenser les plans stratégiques

Le manque de visibilité sur la reprise d’activité rend également nerveux : la croisière est durablement à l’arrêt, et personne n’est capable de prévoir sa reprise, même si des projections sont réalisées. Le trafic interîles redémarre doucement. La réparation navale se porte mal. La Sara reprendra-t-elle son activité de raffinage comme avant la crise ? L’activité vrac devrait, elle, être soutenue à la condition que les chantiers redémarrent vraiment dans les territoires.

Face à ces incertitudes, les deux grands ports revoient leur plan d’investissement : “Nous avions prévu 17 M€ cette année, nous l’avons ramené à 8 M€. Nous atteindrons peut-être 12 M€ si la relance se raffermit”, espère Valérie Séné. Le budget est donc rectifié, ainsi que le plan stratégique, dont une nouvelle version sera présentée au conseil de surveillance dans les prochaines semaines.

En Martinique, l’heure est aussi à la transformation : “La crise du Covid-19 a été un révélateur de la vulnérabilité de notre organisation. Nous accélérons la dématérialisation de nos métiers et nous réécrivons notre projet stratégique que nous avions pourtant voté le 30 mars dernier. Nous le réorientons sur le renfort des capacités de résilience de nos infrastructures, la protection de nos quais, sur l’autonomie énergétique, et nous accélérons certains investissements comme celui concernant l’acquisition d’un quatrième portique. Ce nouveau plan stratégique devrait être voté en septembre. Notre objectif est d’être encore mieux préparés pour la prochaine crise.

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