Entretien

Patrick Fabre : “Méga Stock, c’est un trois en un !”

Patrick Fabre : “Méga Stock, c’est un trois en un !”

Après avoir visité 10 enseignes leaders mondiales, le groupe Créo crée un mix, pour couper la vie chère en deux.

Pourquoi décidez-vous de lancer un nouveau concept de magasin dans l’univers très concurrentiel de la grande distribution ?

Le secteur de la grande distribution traverse une crise sans précédent. Dans le monde d’avant, l’hypermarché était le roi. Aujourd’hui, ce modèle a atteint ses limites : sa rentabilité est à 24% à cause de ses coûts de structure, elle ne pourra pas être ramenée à 20.

Contrairement à ce qui se dit, le segment des hypers est très bataillé aux Antilles-Guyane. Des opérateurs, de qualité, se livrent à une vraie bagarre pour attirer le client grâce à de la promotion, à du service, à du parking, à du choix, etc. Le problème est que ce modèle n’est rentable qu’à 24% de marge. L’arrivée de Leclerc fera certes baisser les prix, mais ne changera rien à ce fondamental du modèle.

Quant au hard-discount, il ne s’est jamais vraiment développé en France : alors que les marques de distributeurs représentent 30% des achats en Allemagne et en Belgique, nous plafonnons à 12% en France.

Vous y avez cru pourtant…

Oui. En implantant les Leader Price en Martinique voilà 25 ans, nous avons cru que ce modèle allait nous permettre de baisser de manière significative les prix. Certes, les marques de distributeurs, aussi bien les nôtres que celles des autres enseignes, se sont développées, et le différentiel avec les prix des marques nationales s’est resserré. Nous pouvons dire que nous avons contribué à faire baisser les marges, mais ici aussi, nous sommes parvenus à nos limites.

Le contexte local a-t-il pesé sur votre décision ?

Evidemment ! La vie chère est un vrai sujet qu’il faut arrêter de mettre sous le tapis : il en va de notre responsabilité de distributeurs. Malgré les propositions que nous avons faites lors des Etats-généraux, après les événements de 2009, rien n’a vraiment changé aux Antilles-Guyane. Nous ne pouvons plus attendre que l’octroi de mer évolue, que CMA CGM se décide de faire enfin un tarif supportable pour les produits de première nécessité et à faible prix, que la Chambre de commerce imagine quelque chose, que l’Etat, etc.

L’Insee le démontre : alors que pour les deux tranches les plus aisées, à savoir 40% de la population, l’alimentation représente 12,5% de son pouvoir d’achat, pour les deux tranches les plus modestes, toujours 40% de la population, l’alimentation représente 25% de leur pouvoir d’achat. Deux Martinique cohabitent !

Voilà quatre ans, à l’image du nom de notre groupe qui s’appelle Créo, nous avons décidé de créer un nouveau modèle : pour sortir de la vie chère et pour sauver la peau du commerce physique !

Comment cela ?

Nous sommes dans une phase de grandes difficultés qui ne va pas être simple à gérer. Tous les grands groupes de la distribution sont en situation de sauvegarde, qu’il s’agisse de Carrefour, d’Auchan, de Casino. Ils vont devoir vendre des pans de leurs activités à la découpe car ils n’ont plus les moyens de payer leurs dettes. Nous étions dans une période où l’argent était facile à trouver : des engagements ont été pris qui ne peuvent plus être honorés. Nous sommes même en déflation, ce qui veut dire qu’ils ne parviennent plus à payer le capital emprunté parce qu’ils ne sont plus rentables. La grande distribution est dans l’obligation de se réinventer.

Quels pays et enseignes avez-vous visités pour imaginer votre concept ?

Pendant deux ans et demi, nous avons visité une dizaine d’enseignes leaders dans leurs pays en Amérique du Sud, du Nord, au Magreb et en Europe, tels l’américain Costco Wholesale Corporation qui opère 715 entrepôts à travers le monde ; Atacadão au Brésil et au Maroc ; BJ’S à Miamie, Supeco en Afrique, Colruyt qui détient 30% de la distribution alimentaire en Belgique ; Makro également en Belgique ; les Electro Dépôt d’Auchan ; Price Smart, entre autres dans la Caraïbe, etc.

Qu’avez-vous imaginé ?

Avec nos équipes, nous lançons Méga Stock, trois magasins en un, à savoir le regroupement des activités de centrale d’achats, de grossiste et de commerce de détail dans un espace aux charges de structure les plus allégées possible, accessible pour les particuliers et les professionnels grâce à une carte de membre. C’est le premier club entrepôt des Antilles françaises.

Y seront vendus les 4 000 produits du quotidien, de marques locales, nationales et internationales à des tarifs bas toute l’année. C’est un modèle à gros flux avec peu de références vendues à prix de gros et à marge faible car nous avons peu de charge de fonctionnement. Plus il y aura d’utilisateurs, plus les prix seront bas. La loi Lurel qui a cassé les exclusivités des agences de marque, nous a aidé à construire ce nouveau modèle.

Cette carte est payante ?

Oui, 2e par mois. Elle est nominative et permet d’avoir accès à des tarifs particulier en fonction du volume acheté : unité, multiple ou colis.

Comment distinguerez-vous les professionnels ?

Ils auront une carte particulière et plus ils achèteront, plus les tarifs seront compétitifs.

Quel a été le montant d’investissement pour créer Mega Stock  ?

Nous avons investit 4M dans ce concept et visons 30M de chiffre d’affaires.

 

 

Les cinq enjeux de la grande distribution aux Antilles

Selon le Pdg du groupe Créo, la distribution aux Antilles est face à cinq enjeux : la vie chère ; l’e.commerce qui lamine la distribution physique, alimentaire comme non-alimentaire ; la baisse du nombre d’habitants ; le vieillissement de la population qui consomme moins ; la double baisse du pouvoir d’achat des retraités, notamment des fonctionnaires dont les 40% n’est pas pris en compte de leur retraite.

 

Mega Stock : le modèle

Le concept : proposer des produits en circuits courts, réduire le nombre d’intermédiaires pour proposer des prix les plus bas possible dans un contexte d’entrepôt : 2500m2 dans lesquels  les produits sont présentés sur des racks,. L’objectif du groupe Créo est de “couper” la vie chère, estimée à 30%, en deux, à savoir rendre l’équivalent de 500e par an de pouvoir d’achat à une famille de quatre personnes.

L’originalité du système est qu’il faut être membre pour avoir accès à ce magasin entrepôt. La carte peut être souscrite sur Internet ou dans le magasin.

Pour les professionnels, Mega Stoc propose deux cartes additionnelles qui donnent accès à des produits aux prix les plus bas, hors taxe, délivrés sur facture. Plus les volumes seront importants, plus les prix baisseront annonce le distributeur. En outre, le groupe Créo veut conseiller ces petits commerces indépendants-membres dans l’implantation et le merchadising de leur magasin afin qu’il soit plus rentable.  Il leur proposera également du transfert de savoir-faire sous forme de formations avec les outils dématérialisés en matière de gestion, de management, d’offre commerciale et d’expérience client.

Pour atteindre le point mort, Mega Stock vise 10 000 membres professionnels comme particuliers. Pour y parvenir, Méga Stock sera très actif sur les réseaux sociaux et sur internet.

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