Économie

Martinique : Stratégie de désendettement pour seul horizon

Martinique : Stratégie de désendettement pour seul horizon

L’agence de Martinique de l’Iédom est la seule qui n’a mis qu’une synthèse de son bilan économique 2018 en ligne, alors que ses collègues ont publié la totalité de leurs chiffres.

Est-ce un signe ? L’agence de Martinique de l’Iédom est la seule qui n’a mis qu’une synthèse de son bilan économique 2018 en ligne, alors que ses collègues ont publié la totalité de leurs chiffres. En effet, des trois, la Martinique est le département d’outre-mer des Amériques qui est en moins bonne forme. La collectivité territoriale de Martinique (CTM) n’a pour l’instant comme seul horizon que le désendettement : elle a diminué ses investissements de 32,5 % entre 2015 et 2018, soit -108 M€. Quant aux communes, en aussi mauvaise situation financière que leurs collègues de Guadeloupe, elles ont diminué leurs investissements de 32,1 % sur la même période, soit -47 M€. Les Établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) ont pour leur part réduit leurs investissements de 23 %, soit -9 M€ entre 2015 et 2018.

Seule la consommation des ménages a soutenu l’activité : les crédits à la consommation ont augmenté de 7,7 %, qui se sont retrouvés dans les bons résultats de la vente de véhicules (+5,3 %) et du chiffre d’affaires des hypermarchés (+1,7 %).

De son côté, le secteur privé fait preuve d’un optimisme mesuré : le climat des affaires est erratique. Après une chute vertigineuse passant en dessous de l’indice de référence entre 2017 et 2018, le regain est tout aussi brutal, signe de fébrilité. Les crédits d’investissement des entreprises ont progressé de 9,9 % et les achats de véhicules utilitaires neufs de 6,8 %. Mais ceux concernant la modernisation des entreprises, c’est-à-dire l’importation de biens d’équipement, ont diminué de 4,2 %.

Au niveau des secteurs d’activité, ici aussi la situation est contrastée : les exportations de banane progressent de 10,3 %, retrouvant leur niveau d’avant les cyclones, les filières viande sont déclarées stables, mais dans le détail elles sont structurellement désorganisées : Madivial ne s’occupe plus que de la commercialisation du porc et du poulet, les filières lait et lapin dont elle s’occupait sont inexistantes aujourd’hui, cette coopérative ayant d’ailleurs perdu ces deux agréments. Cette structure accumule en outre un certain nombre de procès avec la Coopérative des éleveurs bovins de Martinique (Codem), avec certains éleveurs de lapins, des producteurs de lait, des vendeurs d’aliments, dont les montants n’apparaissent pas comme faisant l’objet de provisions dans les comptes, faisant peser des suspicions sur le résultat réel de cette coopérative de commercialisation créée en 2014. Selon ses comptes 2017, Madivial déclare réaliser 16 M€ de chiffre d’affaires avec notamment 5 M€ de subventions et présente un résultat positif de 700 000€. Or, pour la seule affaire concernant le non-paiement de viande commercialisée pour la Codem, la coopérative vient de perdre en appel et doit verser l’équivalent de 500 000€ (lire aussi p32).

La filière canne/sucre/rhum, qui elle aussi paraît en bonne forme avec un accroissement de la commercialisation de 3 %, un contingent supplémentaire pour l’export de 64 116 HAP, présente cependant des faiblesses structurelles (IE avril 2019). La Banque de France a d’ailleurs demandé une note spécifique sur ce secteur d’activité à l’Iédom Martinique pour décembre 2019.

Quant au BTP, la baisse d’activité continue : les ventes de ciment sont au plus bas, ainsi que les importations de matériaux de construction (bois, carrelage, acier…). Espoir : le nombre de mises en chantier a légèrement progressé en 2018.

Le tourisme présente également une situation cyclique : globalement, le nombre de touristes est stable (+0,5 %), l’effet report pour les croisiéristes est encore important suite aux épisodes cycloniques Irma et Maria qui ont impacté les infrastructures d’autres îles de la Caraïbe. Cet effet ne devrait plus exister en 2019. Le nombre de touristes de séjour est stable. Seule la plaisance fait l’objet d’un réel dynamisme (+16,3 %), secteur qui, pour l’instant, contribue globalement peu au secteur, car n’ayant fait l’objet d’aucune attention particulière jusqu’alors.

L’activité bancaire en Martinique est à l’image du dynamisme économique : les crédits à la consommation tirent l’activité (+5,7 %) ainsi que ceux aux entreprises (+6,2 %). En revanche, la collecte de fonds diminue (-2,9 %), ce qui veut dire que les Martiniquais puisent dans leur bas de laine pour vivre. Comme leurs collègues de la Guadeloupe, le secteur bancaire martiniquais se restructure sans l’afficher. Il a perdu 2,5 % d’emplois durant la période, soit 300 personnes également.

En résumé : une contribution publique en diminution importante, un manque de dynamisme privé, un secteur touristique sans vision, un climat des affaires incertain du fait, entre autres, de la mauvaise santé globale des collectivités locales, une perte importante d’habitants… La Martinique est dans un creux de vague.

Partager cet article :

Suggestion d'articles :