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Les rêves de Philippe Gustin

Les rêves de Philippe Gustin

Sur un ton presque badin, Philippe Gustin, préfet de Guadeloupe, a fait part des rêves qui peuplent ses nuis d’insomniaque lors de l’assemblée générale de l’UDE-Medef. Cette liberté de ton serait-elle signe d’un prochain départ ?

Il n’est pas fréquent qu’un préfet raconte ses nuits d’insomniaque, et il est encore moins fréquent qu’il raconte ses rêves. C’est pourtant à ce à quoi s’est livré Philippe Gustin, préfet de la Guadeloupe lors de l’assemblée générale de l’UDE-Medef voilà quelques jours. Sa liberté de ton ce soir là, presque badin, serait-elle signe d’un prochain départ ? Quoi qu’il en soit, ce soir là, il a eu l’avantage de dire les choses sans détour. Sans travestir sa pensée, voilà en substance que qu’ont entendu les chefs d’entreprise en nombre, et quelques peu atterrés. Tout d’abord, son premier rêve : que chaque Guadeloupéen s’intéresse à sa sécurité et à celle de son territoire. Selon lui, même si le nombre de cambriolages a diminué entre 2016 et 2018, la violence domine encore trop ce territoire qui pourrait être un paradis. La sécurité du territoire passe aussi pour lui par un retour à une meilleure préparation de chacun aux risques naturels : sortir de l’approche continentale distillée pendant des décennies, pour le bonheur des affaires des grandes entreprises françaises, pour revenir à une attitude d’îlien qui n’aurait jamais dû être perdue.

Un autre de ses rêves concerne les collectivités : que chacune d’elle joue son rôle, participant à la création de richesse, maîtrise ses dépenses et tourne le dos définitivement au clientélisme. Rétablir en quelque sorte le cercle vertueux dans la chose publique en faisant preuve de courage politique. Un ange a virevolté dans la salle juste à ce moment…

Eau : toujours plus d’impayés

Son troisième rêve a concerné la gestion de l’eau. Il a confirmé les dires de Rémy Nainsouta d’il y a 73 ans : la Guadeloupe reçoit deux à trois fois plus d’eau que nécessaire, mais a un taux de perte de 75% dans ses canalisations, 15% de sa population n’a pas accès à l’eau courante et 25% de son territoire souffre de sécheresse ! Philippe Gustin a en outre indiqué qu’entre 2018 et 2019, le taux d’impayés des factures d’eau est passé de 38% à 49% ! Pour lui, les statuts d’une nouvelle organisation se rédigent en cinq minutes, mais si les mêmes personnes se retrouvent à la gouvernance, la situation sera la même dans dix ans : il était vraiment en forme ce soir là je vous dis !

Il a aussi eu un rêve que chacun paye ses impôts et ses charges en Guadeloupe, particuliers comme entreprises, et que ces dernières renoncent une fois pour toute au travail au noir. D’une part, parce que mettre et/ou maintenir des personnes dans une situation de précarité entraînera forcément à court, moyen ou long termes un retour de bâton ; d’autre part, parce que ce sont toujours les mêmes qui payent à la fin ; et enfin, parce que ce genre d’esquive déséquilibre le cercle vertueux “normalement” voulu par tous…

Enfin, il rêve d’un dialogue social apaisé : il a rappelé qu’en concluant enfin des accords de branche, 90% des conflits se retrouveraient réglés.

Mr Gustin exerce ses fonctions préfectorales en Guadeloupe, mais on aurait dit qu’il parlait également de ce qui se passe en Martinique et en Guyane : la similitude des situations est saisissante en effet.

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