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“Le tourisme est le moteur de nos économies” Pour Patrick Vial-Collet, le cadre doit être retravaillé

“Le tourisme est le moteur de nos économies” Pour Patrick Vial-Collet, le cadre doit être retravaillé

Selon le Pdg du groupe Leader Hôtels, seules une approche défiscalisée du secteur couplée à une vision qualitative et de l’événementiel en basse saison transformeront le modèle.

L es bilans annuels de la Guadeloupe et de la Martinique sont formels : les chiffres du tourisme ont été bons en 2018, mais qu’en sera-t-il de 2019 et les années suivantes ? Le soufflet, porté par le report de touristes suite aux événements climatiques Irma et Maria, peut retomber, tant ces deux territoires semblent être encore à la recherche de leur stratégie touristique durable. Tant ils semblent aussi peu préoccupés par les fondamentaux de cette industrie.

Alors que le tourisme paraît être une évidence au regard de leur situation géographique, de leurs qualités naturelles et de leurs bons niveaux d’infrastructures, les territoires français d’Amérique reçoivent peu de touristes par rapport à leur potentiel. Ils plafonnent en dessous du million de visiteurs, alors qu’ils devraient en recevoir deux millions, permettant ainsi à l’industrie touristique de jouer pleinement son rôle de moteur de ces économies.” Qui exprime cette sidération ? Patrick Vial-Collet, créateur en Guadeloupe, avec Daniel Arnoux, du groupe Leader Hôtels qui commercialise sous la marque Des Hôtels et des Îles cinq établissements : Le Jardin Malanga, La Toubana Hôtel & Spa, La Créole Beach Hôtel & Spa, Le Mahogany Hôtel Résidence & Spa et le Bwa Chik Hôtel & Golf. C’est un véritable militant de la chose touristique qui ne lâche pas l’affaire depuis 33 ans.

Selon lui, s’ouvre devant les Antilles françaises une période faste durant laquelle, si chacun joue bien sa partition et rien que sa partition, en évitant de jouer les uns contre les autres, le secteur touristique aux Antilles aura davantage à gérer du surplus de touristes que de la rareté.

Tout d’abord, ceux qui sont en charge du développement économique doivent créer les conditions de ce développement. En matière touristique, il y a trois indispensables : disposer de l’eau, pouvoir bien circuler et gérer les déchets pour les îles soient propres”, poursuit-il. Si en matière de gestion de l’eau, les choses semblent mieux se passer en Martinique, la perspective d’encore deux années de coupures d’eau en Guadeloupe est juste insupportable.

En matière de réseau routier, les deux îles ont pris du retard, aussi bien pour l’entretien que pour l’extension de l’existant, et pour une meilleure organisation des déplacements afin de désengorger les grands axes. La perspective de passer des heures dans des embouteillages est rebutante pour les touristes. Ni en Guadeloupe, ni en Martinique, il n’y a aucun grand projet dans les tuyaux pour fluidifier le trafic. Il y a certes l’expérimentation des bus des mer en Guadeloupe (p27)

En matière d’environnement et de gestion des déchets, les deux îles doivent également progresser, même si la Martinique semble un peu mieux équipée que la Guadeloupe sur le sujet. Cet item deviendra de plus en plus important à l’avenir.

Quoi qu’il en soit, ces trois indispensables relèvent d’une vision politique et de bonne organisation de territoire. Sur ces parties-là, le personnel politique local a toute la main. Le manque d’efficacité dans cette partie ne peut que lui être imputable.

Autre item sur lequel le politique a également sa partition à jouer : celui de créer les conditions de la formation pour que le secteur du tourisme trouve sur place des ressources humaines capables d’accompagner son développement. Ces prévisions et ces actions de formation doivent être construites avec les professionnels de toutes les branches du secteur touristique. Les besoins de ce secteur sont de nature à faire baisser durablement le chômage. Faire venir du personnel qualifié de l’extérieur est toujours possible, mais il présente plusieurs inconvénients : il coûte cher, ne s’adapte pas forcément, vient dans les territoires pour des périodes plus ou moins longues, repart en laissant quelquefois des organisations déstabilisées. Ces risques sont moins grands avec du personnel issu des territoires.

Outre ce cadre général, deux structures sont indispensables à la bonne marche du tourisme : il s’agit des ports et des aéroports. “Ils ne doivent pas être des éléments limitant l’entrée et la sortie des visiteurs. Le port et l’aéroport doivent développer un bon niveau de services : confort, parking, bagages, enregistrement, etc. Ce sont des outils techniques. Ils peuvent avoir des zones commerciales, mais aucun touriste ne vient dans un pays pour visiter un aéroport ou un port”, explique-t-il.

Sortir définitivement de la saisonnalité

Quant au secteur privé, c’est lui qui, par son dynamisme, créera les emplois. Pour que le développement soit durable, il doit être rentable, c’est-à-dire en mesure de créer suffisamment de richesses pour faire face aux charges, pour mener à terme les indispensables programmes de rénovation et pour rémunérer l’actionnaire. Selon lui, il n’est pas concevable que les grands investisseurs aillent à la Dominique, à Antigua, à Saint-Domingue, aux Bahamas, aux îles Vierges et évitent les Antilles françaises. “Il faut que le gouvernement accepte de faire du tourisme une activité où il n’y a pas de charges fiscales et sociales jusqu’à 2,5 fois le Smic, pas de taxe foncière… Dans l’environnement concurrentiel dans lequel nous sommes, il n’est pas possible de baisser les salaires, mais l’État peut baisser les taxes et permettre ainsi la réduction du chômage. Et chaque chômeur qui retrouve de l’activité, ce sont 20 000€ de gagnés pour la collectivité”, martèle-t-il.

Quant au développement de l’hébergement chez l’habitant, Patrick Vila-Collet comme de la création de richesse : “Il faut vivre avec son temps. Ce type d’hébergement mis sur le marché, ce sont des revenus complémentaires qui arrivent dans ces territoires.” Pour lui, en revanche, ce sont les conditions d’exploitation qui posent un problème : “Il n’est pas acceptable que les exploitants de ce type d’hébergement ne payent rien. Cela relève du travail au noir qui gangrène beaucoup de secteurs d’activité.

Autre difficulté : la saisonnalité. Depuis 20 ans, le secteur du tourisme aux Antilles françaises est resté sans solution face à la saisonnalité de son activité : “Il y a une époque de l’année, de novembre à avril, où tout le monde gagne de l’argent. Les recettes sont 30 à 40 % plus élevées que durant la période de basse saison, de mai à octobre, pendant laquelle tout le monde perd parce que les charges sont les mêmes tout au long de l’année”, détaille Patrick Vial-Collet. Selon lui, tant que le secteur ne parviendra pas à lisser l’activité tout au long de l’année, il demeurera fragile. “On ne peut pas demander à une industrie d’être à 90 % de son activité pendant six mois, à 40 % pendant cinq mois et à 10 % pendant un mois. Ce ne sera jamais viable économiquement.” La saisonnalité génère un cercle vicieux dans lequel se trouve l’hôtellerie : quand un compte d’exploitation ne génère pas suffisamment de marge, l’entreprise ne peut pas investir, l’hôtel vieillit, la qualité de l’exploitation se dégrade (climatisation en panne, matelas non changés, draps usés jusqu’à la corde…). S’y greffent immanquablement des problèmes de personnel et les établissements ferment. “Nous sommes les seuls territoires du monde où les deux Méridien ont fermé : ailleurs, ce sont des success story ! Et que l’on ne mette pas ces échecs sur le dos des Martiniquais et des Guadeloupéens qui ne sauraient pas recevoir : c’est simplement faux. Nous sommes des peuples qui, dans notre structure même, aimons recevoir : les salariés n’ont pas de comptes à régler avec les touristes, ce n’est pas vrai de le dire.

Les Antilles françaises sont liées à des pays émetteurs, la France et de manière un peu plus large maintenant l’Europe, qui recherchent de la chaleur pendant l’hiver. Mais dès que le beau temps arrive, cette clientèle privilégie les lieux de villégiature de son territoire parce que cela leur revient moins cher. D’autres pays pourraient être intéressés par les Antilles françaises durant la basse saison. “Les actions qui ont été menées durant toutes ces années ont été trop “petit bras” et de trop courte durée”, constate Patrick Vial-Collet.

Il a également été tenté de créer des événements en basse saison : certaines destinations ont par exemple deux carnavals, l’un en haute saison, l’autre en basse saison. “Il faut intensifier la création d’événements en basse saison, la coupler avec une offre d’hébergement attractive, ce n’est que de cette manière que drainerons du monde. Économiquement, c’est indispensable, c’est la clef du succès.”

La question également à se poser est pourquoi les capitaux vont partout dans la Caraïbe, évitant la Guadeloupe et de la Martinique ? La réponse est que les investisseurs pensent que dans ces îles, il n’est pas possible d’y gagner de l’argent.

Pour lui, l’objectif doit être l’emploi avec une vision qualitative de l’activité touristique.

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