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Entretien

“Le digital, une opportunité  de développement et de différenciation”

“Le digital, une opportunité  de développement et de différenciation”

Pour Rodolphe Saadé, le digital doit permettre de gagner des parts de marché et le coût de la réglementation environnementale sera répercuté sur les clients.

Vous êtes Président Directeur Général de CMA-CGM : quelle est votre vision de l’évolution des lignes maritimes du monde, et la nouvelle vision stratégique que vous impulsez à votre compagnie ? 

Tout d’abord, permettez-moi de souligner l’importance que représentent les Antilles françaises et la Guyane pour notre Groupe et le lien fort qui nous unit. Je suis particulièrement heureux de partager avec les Antillais le baptême du CMA CGM Fort-de-France, symbole de notre fidélité et de notre attachement aux Antilles où CMA CGM est présent depuis 1996.

Ce nouveau navire est le premier d’une flotte moderne de quatre navires battant tous pavillons français qui permettra de renforcer encore notre rôle dans le rayonnement économique des Antilles françaises dans la région, mais aussi vers l’Hexagone et le reste du monde.

Justement, à l’échelle internationale, les échanges économiques sont en croissance. Que ce soit au départ de Chine, en Asie du Sud Est, en Afrique ou aux Etats-Unis, on constate aussi de plus en plus d’échanges sur les marchés intra-régionaux, que ce soit intra-européens ou intra-asiatiques. Cette croissance génère un besoin de transport maritime accru et les perspectives sont donc bonnes pour les années à venir.

Nous devons cependant rester vigilants face à aux tensions géopolitiques persistantes qui créent de l’incertitude et pourraient peser sur la croissance mondiale.

Mais CMA CGM est un groupe dynamique, agile, à même de saisir les opportunités qui se présentent et de s’adapter en permanence à l’économie mondiale, aux enjeux de sociétés tels que l’environnement et aux besoins de ses clients.

C’est en ce sens que nous avons mis en œuvre une stratégie autour de cinq piliers : la profitabilité, essentielle à la poursuite de notre développement ; le développement maritime et logistique ; l’expérience clients et le renforcement de nos liens avec eux ; l’innovation et la digitalisation ; la dimension humaine de l’entreprise avec le renforcement de l’expertise

Aujourd’hui, le Groupe est en train de franchir une nouvelle étape avec l’acquisition de la société logistique CEVA. Cette opération stratégique nous permettra de proposer à nos clients une solution complète et performante combinant transport maritime et services logistiques.

Nous devenons un groupe de 110 000 personnes réalisant 30 milliards USD de chiffre d’affaires, leader à la fois dans le maritime et la logistique.

Observez-vous un déplacement des lignes maritimes mondiales depuis l’élargissement du canal du Panama ?

L’élargissement du Canal de Panama nous permet de faire passer des navires de plus grande taille desservant depuis l’Asie la côte est des Etats-Unis et la Caraïbe en massifiant les volumes. Chaque année, ce sont quelques 15 000 bateaux qui l’empruntent, environ 40 par jour, transportant plus de 250 millions de tonnes de marchandises.

Pour la Caraïbe plus spécifiquement, CMA CGM a un service passant par ce Canal et reliant l’Asie au Hub de Kingston. Par transbordement depuis Kingston, nous desservons les marchés d’Haïti, de Cuba, du Venezuela, de Trinidad, de Colombie, du Centre Amérique, précisément le Costa Rica, le Guatemala et le Honduras.

Les Antilles françaises sont desservies depuis l’Asie via la Méditerranée avec des transits times compétitifs. Pour la Guyane, les marchandises venues d’Asie transitent plutôt via le nord de l’Europe puis sont rechargées sur le service Guyane avec là aussi des transit times très compétitifs.

La compagnie CMA CGM a amorcé son virage numérique : quelle est votre vision sur ce que doit devenir une compagnie maritime grâce à ce nouveau contexte technologique et à quel point en est votre compagnie dans ce processus de transformation ?

Le monde se digitalise. Nos habitudes en tant que consommateurs changent. Prenez l’exemple d’Amazon qui a révolutionné nos habitudes d’achat mais aussi la livraison des colis.

Dans le monde du transport maritime et de la logistique, le digital est une opportunité de développement, de différentiation vis-à-vis de ses concurrents et de gain de performance.

Nous travaillons aussi bien sur la blockchain, l’internet des objets que l’intelligence artificielle appliquée au “shipping”

Pour accélérer cette transformation digitale, nous avons notre fonds d’investissement, CMA CGM Ventures, et nous avons ouvert à Marseille un incubateur, ZEBOX, qui accueille d’ores et déjà 15 start-ups venant du monde entier. Si des start-ups antillaises ou guyanaises souhaitent rejoindre ZEBOX, elles sont d’ailleurs les bienvenues.

Financièrement, comment se porte CMA CGM ?

CMA CGM est un groupe solide comme le montrent les résultats de l’année 2018 où nous avons enregistré une forte hausse des volumes avec près de 21 millions de conteneurs transportés et un chiffre d’affaires record s’élevant à près de 23,5 milliards USD.

Cette solidité nous permet d’être confiant dans l’avenir et de poursuivre notre développement. Nous avons récemment passé commande de 10 nouveaux navires de 15 000 EVP, dont cinq qui seront propulsés au GNL, et avons réalisé l’acquisition de CEVA pour engager un mouvement majeur dans la logistique.

Vous annoncez pour 2019 un nouveau plan de réduction des coûts de 1,2Md$ par “une optimisation des lignes, des marques et une industrialisation renforcée des process” : comment cela se traduira-t-il, singulièrement dans la zone Antilles/Guyane/Caraibe/Amérique du Nord et latine ?

Notre objectif est d’offrir le meilleur service à nos clients au meilleur prix. Sur les Antilles, nous offrons un service de très grande qualité et avons réduit nos prix de 50% au cours des 10 dernières années. Pour y parvenir, il est nécessaire de maitriser nos coûts, en optimisant en permanence nos opérations, notre offre de services et en industrialisant nos process.

Une nouvelle règlementation en matière d’émission de soufre rentrera en vigueur à compter du 1er janvier 2020 et aura un coût majeur pour l’industrie estimé à 15 milliards USD, et pour nous à 2 milliards USD. Ce coût devra être obligatoirement répercuté sur le prix du transport.

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