On en parle

La leçon de Gilles

Mené 5/0 dans le premier set, voilà qu’il aligne neuf jeux gagnants et finit par remporter le match, contre toute attente

Mené 5/0 dans le premier set, voilà qu’il aligne neuf jeux gagnants et finit par remporter le match, contre toute attente. L’exploit s’est produit lors du premier tour de la Coupe Davis, mettant face à face la France et le Canada, en Guadeloupe.

Même Yannick Noah n’y croyait pas : alors que personne ne donnait ce premier set gagné par lui, Gilles Simon est allé chercher quelque chose au fonds de lui qui lui a permis, déjà de remporter ce premier set et ensuite, de construire sa victoire pour donner ce second point à la fin de cette première journée ; Gaël Monfils ayant apporté le premier.

Ce quelque chose, “Je sais que c’est là, je sais que cela va se déclencher”, m’a-t-il déclaré en marge de la conférence de presse. Il ne parvient pas de suite à dire ce que c’est. “J’ai bien joué toute la semaine… physiquement, je suis bien… J’ai déjà fait plein de matchs sur de la terre battue…”. Mais ça ne peut pas être que cela insistais-je. Et puis il lâche : “C’est la confiance ” en lui, en son travail, en la certitude qu’il trouvera une voie. Comme un diamant brut poli au fil des expériences. Pas seulement tennistiques.

Cette remontée, même le capitaine l’a jugée exceptionnelle, lui qui, du haut de ses 55 ans, fréquente les cours depuis de nombreuses années. Elle est d’autant plus remarquable qu’elle s’est faite sans lui : “Gilles m’avait dit, je t’appellerai quand j’en aurai besoin”, il ne l’a fait qu’au troisième set.

Cette expérience au Vélodrome Amédée-Detraux, à Baie-Mahault, peut être mise en rapport avec la période que traverse la France. La pensée du moment ne parle que de peur, que de défiance, que de replis sur soi, que d’inégalités dans l’appréciation de qui est l’Autre, faisant croître la certitude qu’on n’y arrivera pas. Alors que la période de mutation profonde à l’œuvre pourrait être traversée avec moins de dommages si le levier de la confiance était activé. Confiance en ses capacités personnelles pour se dépasser, confiance en la capacité du groupe proche et plus large pour faire corps pour s’en sortir.

Gilles Simon en a fait la démonstration. On serait tenté de penser que c’est un être exceptionnel : pour l’avoir croisé et observé, je dirais que c’est juste quelqu’un qui suinte d’une tranquille confiance. Une densité à la portée de chacun.

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