Économie

Guyane : Recherche vision de territoire désespérément !

Guyane : Recherche vision de territoire désespérément !

Saison des bilans Iédom en Guyane, en Guadeloupe et en Martinique : derrières les bons signes apparents, de grosses fragilités.

Selon l’Iédom, si l’activité économique en Guyane en 2018 a montré des signes d’amélioration, la situation demeure fragile. Ainsi, pour la première fois depuis 2011, l’indice du climat des affaires est demeuré au-dessus de la barre des 100 et la tendance s’est poursuivie durant le premier trimestre 2019. Cette tendance significative est observée auprès d’un échantillon de 150 entreprises qui représentent 5000 des 33 000 salariés du secteur privé répertoriés. L’emploi privé a d’ailleurs progressé de 5,3 % en 2018 en Guyane, mais principalement en intérim, ce qui est un signe tangible d’attentisme et de prudence de la part des chefs d’entreprise.

Le chômage affiche également une baisse de 3 %, soit 2500 personnes ayant trouvé une activité, pour se situer désormais à 19 %. Mais cette bonne nouvelle est à tempérer à cause des 1000 personnes qui sont sorties des fichiers et de la croissance de 4000 personnes par an de la population active dont un grand nombre d’entre elles ne s’inscrivent pas encore spontanément à Pôle Emploi. Au premier trimestre, l’Iédom a d’ailleurs observé une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi simplement parce que Pôle Emploi se rend désormais dans des zones où ses services n’étaient pas connus, notamment auprès des populations du fleuve.

La conjoncture est donc globalement porteuse, notamment avec le déploiement du plan d’urgence et avec les investissements dans les énergies renouvelables. De même, grâce au fait que l’État a injecté de l’argent dans les collectivités locales, notamment dans la Collectivité territoriale de Guyane (CTG), les entreprises ont amélioré leur trésorerie et leurs dépôts à vue ont progressé de 60 M€ pour se situer à 530 M€, au lieu des 400 M€ habituels.

La fragilité de cette place économique vient de la structure de son dynamisme. Il est porté principalement par les communes, la CTG ne pouvant en effet pas jouer à plein son rôle de moteur de l’économie à cause de sa situation financière. La seconde fragilité vient de la structure financière des communes de la Guyane : selon la Direction générale des collectivités locales, entre 2014 et 2017, leurs dépenses de fonctionnement ont progressé de 14 %, se situant désormais à 913 M€ ; celles de fonctionnement ont crû de 28 % sur la même période, soit 916 M€ ; les charges de personnel de +16 %, atteignant 333 M€ ; tandis que les dépenses d’investissement ont diminué de 27 % sur la même période, se situant désormais à 185 M€, soit 100 M€ de moins !

La troisième fragilité est l’incapacité dans laquelle se trouvent les collectivités à mobiliser les sommes qui leur sont attribuées par manque de technicité. Ainsi, dans le plan d’urgence lancé en 2017, alors qu’il est prévu d’investir 50 M€ par an dans la construction de lycées durant les cinq prochaines années, à septembre 2018, soit un an après la mise en œuvre, il n’y avait qu’une demande en cours pour un établissement pour un montant total de 2,5 M€. De même, pour l’électrification des communes de l’intérieur, 5 M€ sont programmés par an, or il n’y a aucun projet… et de jeunes Amérindiens continuent à se suicider par manque de perspective.

La situation de l’utilisation des fonds européens sur la période 2014-2020 est également affligeante : la maquette financière n’est pour l’heure programmée qu’à hauteur de 8 % entre 2014 et 2019 alors que la moyenne devrait approcher les 20 %. Ce qui fait craindre un dégagement d’office à hauteur de 140 M€ à fin 2019, dont 103 M€ de Feder et 34 M€ de Féader.

La Guyane souffre également de la faiblesse de son secteur productif : la production d’or a baissé de 15 % en 2018 ; celle des crevettes de 93 % ; la pêche ne ramène que 5000 tonnes par an alors que les voisins de la Guyane en pêchent 50 000 tonnes ; le bois est en recul de 14 % et le Code minier est toujours en cours de rédaction. L’activité spatiale, qui représente 15 % du produit intérieur brut (PIB) de la Guyane et emploie 4500 personnes, donne également des signes d’inquiétude, même si aucune information ne filtre du centre spatial. Outre que la totalité des vols d’Ariane 6 ne sont plus financés comme l’espérait l’Agence spatiale européenne, d’autres opérateurs internationaux sont aujourd’hui en capacité de mettre en orbite des satellites à moindre coût.

Pour les opérateurs économiques, la Guyane souffre d’un manque de vision de territoire. En outre, le personnel politique est dans une logique particulière : il préfère ne pas lancer de projets de peur que ceux-ci soient inaugurés par un concurrent s’ils perdent les élections. Donc, l’activité globale s’est améliorée en 2018, mais les fondamentaux de la Guyane ne permettent pas d’envisager sereinement l’avenir.

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