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Guillaume Boudy : “Nous proposons des outils financiers, aux acteurs locaux de s’en saisir !”

Guillaume Boudy : “Nous proposons des outils financiers, aux acteurs locaux de s’en saisir !”

Pour le secrétaire général du Secrétariat général pour l’Investissement, les fonds des Programmes  d’investissements d’avenir peuvent aider les outre-mer dans leur transition. Les PIA régionalisés gérés par les préfets sont sensé apporter un œil ultramarin à l’utilisation des fonds.

Vous êtes secrétaire général du secrétariat général pour l’investissement : en quoi consiste votre fonction ?

Placé sous l’autorité du Premier ministre, le secrétariat général à l’investissement est l’ancien Commissariat général pour l’investissement. Nous sommes une petite équipe chargée de veiller à la cohérence de la politique d’investissement de l’État. Cette politique s’appuie d’une part sur le Grand plan d’investissement lancé en 2017 et doté de 57 Md, qui doit permettre la modernisation de l’économie française ; d’autre part sur le Programme d’investissements d’avenir, lancé en 2010, qui permet le financement de projets innovants.

Le Grand plan d’investissement doit permettre d’accélérer la transition écologique, d’édifier une société de compétences, d’ancrer la compétitivité sur l’innovation et de construire l’État de l’âge du numérique.

Que veut dire “édifier la société de compétences” ?

C’est notre premier axe de travail : il consiste à accompagner de manière volontariste la recherche & développement parce que nous avons de bons chercheurs. En revanche, nous rencontrons des difficultés pour la transférer vers l’entreprise. Nous finançons tout un écosystème constitué d’instituts de recherche et de technologie, de transition écologique, de consortiums de valorisation technique (CVT) comme le CVT Sud (1), très actif outre-mer.

Il s’agit aussi pour nous d’accompagner les universités de toutes tailles dans leurs capacités d’organisation dans les écoles doctorales, d’orientation des jeunes vers l’université avec un système d’accompagnement financier pour professionnaliser la licence afin que les jeunes en sortent avec un métier.

Quelle est votre action vers les entreprises ?

Pour les petites start-up, nous intervenons sous forme de subventions et d’avances remboursables. Quand elles grossissent, nous les accompagnons par une prise de participation minoritaire au capital, au maximum de 49,9 % en tant qu’investisseur avisé et patient, donc de longue durée, sur des failles de marché, c’est-à-dire là où les acteurs financiers classiques n’interviennent pas.

Comment ces dispositifs de déclinent-ils en région ?

Nous avons développé des PIA régionalisés qui sont gérés par les préfets pour tout ce qui concerne les crédits d’État. Le principe : quand l’État met 1e, les collectivités mettent elles aussi 1e. Nous avons défini trois guichets. Le premier concerne l’innovation : nous accompagnons les projets sous forme de subventions ou d’avances remboursables. Nous avons descendu les seuils d’intervention de 200 000 à 100 000. La Martinique dispose ainsi pour les trois prochaines années d’un fonds dédié à l’innovation de 5,4 M que nous avons abondé à hauteur de 2,7 M. Nous sommes en discussion avec la Région Guadeloupe. Celle de Guyane ne disposant pas de la contrepartie ne donne pas suite pour l’instant.

Pour les projets en dessous de 100 000, il existe les bourses French Tech gérées par Bpifrance.

Quel est le second guichet ?

Il concerne l’organisation des filières. Comment les aider à l’organiser ? Nous pensons par exemple aux filières tourisme, agricole, énergies renouvelables, marine, etc. Nous aidons des acteurs privés à s’organiser entre eux, par exemple avec des plates-formes numériques conjointes pour partager leurs données sur des fournisseurs, ou pour le recrutement d’animateurs de filière, etc.

Le troisième guichet concerne l’ingénierie de formation, c’est-à-dire la manière dont nous pouvons aider une filière à imaginer sa formation pour mieux coller au futur. Nous aurions pu par exemple accompagner le plan de montée en compétences des entreprises imaginé en Martinique pour le déploiement du très haut débit partout dans l’île. Nous venons en appui des chambres consulaires et des acteurs locaux.

Vous êtes donc d’avantage dans la démonstration…

Effectivement. Avec ces financements, l’État veut faire la preuve que cela marche. Ensuite, les relais doivent être pris par les acteurs privés, les collectivités territoriales, etc., pour la duplication et le déploiement. Et pour que l’outre-mer ne soit pas oublié, nous sommes attentifs aux remontées des préfets pour pouvoir, en permanence, adapter les outils. Par exemple, nous lançons un nouvel appel à projets concernant un démonstrateur de la transition énergétique : nous nous attachons à identifier des thématiques spécifiquement ultramarines.

Ainsi, nous accompagnons le Label Ceba (2) pour les cinq prochaines années, rajoutant 5,4 M aux 12 Mqui ont déjà été investis.

Le PIA finance également les Internats d’excellence, il y a en six en Guyane, trois en Guadeloupe et un en Martinique. Un second est en cours de création à Saint-Pierre, dans le nord de l’île, et devrait ouvrir pour la rentrée de 2021. Nous mettons en place des outils d’opportunité, aux acteurs locaux de s’organiser pour les saisir.

A quel point en sont vos dépenses ?

Pour les PIA 1 & 2, nous avons à notre disposition 57 Md, 44 Md ont été engagés, 20 Md ont été décaissés, il reste 13 Md à engager. Les organismes instructeurs sont Bpifrance pour les entreprises, l’Ademe pour les énergies renouvelables, la Caisse des Dépôts pour l’éducation, les infrastructures de territoire, l’Agence nationale de la recherche pour la recherche, et les préfectures.  

 

 

(1)Le CVT Sud a été créé en … Les membres fondateurs sont le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), l’Institut Pasteur, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et les universités de l’outre-mer tropical français (Antilles, Guyane, La Réunion, Nouvelle-Calédonie et Polynésie française). La Conférence des présidents d’université (CPU) a rejoint le consortium en 2014, en tant que membre associé.

(2) Le Laboratoire d’Excellence CEBA fédère un réseau d’équipes de recherche françaises étudiant la biodiversité en Amazonie. L’Université de Guyane est chef de file sur ce projet. LabEx Ceba favorise la recherche de pointe sur la biodiversité en Guyane, encourage les collaborations avec les pays d’Amérique du Sud, insiste sur la répercussion des résultats de recherche fondamentale à la société.

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