Économie

Guadeloupe : Fragilité intrinsèque du modèle

Guadeloupe : Fragilité intrinsèque du modèle

Selon l’Iédom, le bilan de l’activité 2018, l’activité économique de la Guadeloupe paraît en bonne forme : 3,4 % de progression pour le produit intérieur brut (PIB).

Selon l’Iédom, le bilan de l’activité 2018, l’activité économique de la Guadeloupe paraît en bonne forme : 3,4 % de progression pour le produit intérieur brut (PIB), un climat des affaires au-dessus de l’indice de référence durant trois trimestres sur quatre, une consommation des ménages qui ne faiblit pas, les crédits à la consommation qui progressent et les investissements des entreprises qui repartent. L’activité économique est soutenue par les programmes d’investissement de l’aéroport, du port, par l’activité touristique… Tout paraît bien.

Cependant, cette bonne forme apparente ne crée pas suffisamment d’emplois capables de faire baisser de manière sensible le taux de chômage, qui culmine toujours à 23 %, et la Guadeloupe perd des habitants : 5360 personnes depuis 2010, elle compte désormais 395 725 habitants. Ce sont les forces vives qui partent et les jeunes qui ne reviennent pas, faisant peser un risque de vieillissement accéléré de la population totale dans quelques années, ce qui transformera radicalement la structure du modèle économique tiré aujourd’hui par la consommation, simplement parce que les personnes âgées consomment moins.

En fait, la Guadeloupe se retrouve dans une situation duale qui explique sa fragilité : les entreprises “fonctionnent”, c’est-à-dire qu’elles semblent faire face à leurs frais, mais le contexte de détérioration des délais de paiement dans lequel elles évoluent (entre deux à cinq ans au lieu des 40 jours inscrits dans la loi) provoque un attentisme et une prudence qui ne sont pas favorables à l’emploi. Il entraîne a contrario un recours massif à des contrats à durée déterminée, voire à l’intérim, méthodes d’emploi qui ne permettent pas à la majorité de ceux qui le subissent de se projeter dans l’avenir.

De même, les indicateurs de vulnérabilité des ménages ne s’améliorent pas en Guadeloupe, rendant difficile de sortir de la précarité quand un accident de la vie survient (lire p. 8).

Autre signe de fragilité : aujourd’hui, la dynamique économique est portée par le seul conseil régional. Le département maintient un niveau stable de 137 M€ environ d’investissement par an, mais son budget est d’année en année amputé du manque de compensation totale du revenu de solidarité active (RSA) par l’État. En 2018, le différentiel était de 80 M€.

Les communes sont, elles, clairement dans une situation d’impossibilité d’investir aux côtés de la Région : leurs engagements ont diminué de 33,2 M€ entre 2015 et 2018, soit -8,3 %, et leur situation financière ne permet pas de prévoir une embellie à court voire à moyen terme pour beaucoup d’entre elles, qui peuvent rencontrer dans les mois à venir des difficultés ne serait-ce que pour payer les salaires des agents municipaux.

Quant aux Établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), ils ont diminué leur contribution à l’investissement dans le département de 35,7 % sur la même période et, ici aussi, leurs finances ne sont pas brillantes.

Donc, trois “moteurs” publics sur quatre de l’investissement public en Guadeloupe sont en difficulté avérée et le secteur privé est fragilisé par ce cadre administratif de mauvaise qualité : pas de quoi être serein pour l’avenir.

Au niveau des secteurs d’activité, la bonne santé est également en trompe-l’œil : le tourisme s’est bien comporté en 2018, grâce notamment aux effets reports des touristes des autres îles touchés par les cyclones Irma et Maria. Mais le secteur fait face à des contraintes fortes : le manque d’eau, le traitement des déchets, l’arrêt de la compagnie Norwegian, les sargasses…

L’exportation de la banane a retrouvé ses niveaux d’avant Irma et Maria et le melon continue à performer, cyclone ou pas. Les filières fruitières, légumières, animales perdent des points face à l’importation. Le BTP est en rebond après un long cycle baissier, augmentant le nombre de ses salariés, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps dans le secteur.

Quant au secteur bancaire, si l’activité a été soutenue en 2018 (+6 %), le versement des primes d’assurance suite au passage des cyclones Irma et Maria y est pour beaucoup. Globalement, ce secteur perd des emplois : -321 collaborateurs depuis 2012. Toutes les banques sont en phase de restructuration sans le dire vraiment, en travaillant leur pyramide des âges (départs à la retraite non remplacés), en rationalisant leur réseau d’agences, en transférant les back-offices en France continentale et en accélérant leur digitalisation. Comme pour leurs collègues nationales, le résultat des banques locales est impacté par les taux d’intérêt bas, voire négatifs, maintenus par la Banque centrale européenne (BCE). Elles se rattrapent en partie par l’augmentation de leurs taux de commission, mais là aussi la modération leur est demandée et l’État veille. Les restructurations vont donc se poursuivre, la dernière étant la dilution du Crédit Mutuel Antilles-Guyane dans le Crédit Mutuel Alliance Fédérale (IE juin 2019).

Pour repenser le modèle, lors de l’assemblée générale de l’UDE-Medef début juin, Philippe Gustin, préfet de Guadeloupe, a donné quelques pistes : que chacun participe à la création de richesse, sans prédation, surtout pour les fonds publics, en payant sa juste contribution à l’impôt, en gérant mieux l’eau, les déchets, en ayant un dialogue social apaisé… Un retour à la vertu en quelque sorte.

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